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Ukraine: Iatseniouk Premier ministre, tensions en Crimée

27/02/2014 09:01 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Le leader pro-européen Arseni Iatseniouk a pris jeudi les rênes d'une Ukraine au bord du gouffre, menacée de banqueroute et en plein bras de fer avec la Russie, tandis que l'Occident s'alarme de la situation en Crimée, où stationne la flotte russe.

Le Parlement ukrainien a désigné jeudi à l'unanimité le leader Arseni Iatseniouk comme Premier ministre du gouvernement de transition. "L'Ukraine voit son futur en Europe, en tant que membre de l'Union européenne", a-t-il lancé devant les députés.

A 39 ans, cet ancien ministre de l'Economie et des Affaires étrangères, membre du parti de l'égérie de la Révolution orange de 2004 Ioulia Timochenko, va diriger le gouvernement d'union nationale jusqu'à l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai, à laquelle il a déclaré ne pas être candidat.

M. Iatseniouk n'a pas fait mystère de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le pays sur tous les fronts. "L'intégrité territoriale est menacée, on assiste à des manifestations de séparatisme en Crimée", a-t-il souligné en allusion aux événements de la matinée à Simféropol, chef lieu de la Crimée.

"Je dis aux Russes, ne nous affrontez pas, nous sommes des amis et des partenaires", a-t-il ajouté.

Sur le plan économique, "les comptes publics sont vides, tout a été volé. Je ne promets pas d'amélioration, ni aujourd'hui ni demain. Notre objectif principal est de stabiliser la situation".

Selon lui, la dette publique s'élève à 75 milliards de dollars maintenant, soit le double de son niveau de "2010, quand Ianoukovitch est arrivé au pouvoir". "Les réserves d'or et de devises s'élèvent à 15 milliards de dollars, contre 37 il y a trois ans", a-t-il dit.

Le chômage a pris un rythme "galopant", ainsi que la fuite des investissements, selon lui.

"Nous n'avons pas d'autre solution que de prendre des mesures impopulaires", dont la réduction des programmes sociaux et des subventions, la réduction des dépenses budgétaires. Aucun fonctionnaire n'aura plus le droit d'utiliser des vols privés et ils peuvent oublier les voitures de fonction", a-t-il lancé.

L'Ukraine avait auparavant indiqué avoir besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir.

- Inquiétudes sur la Crimée -

Les événements se sont aussi accélérés en Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, provoquant l'inquiétude des Occidentaux.

Tôt dans la matinée de jeudi, plusieurs dizaines d'hommes armés se sont emparés du siège du parlement et du gouvernement local, sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev. Elle a d'abord appartenu, au sein de l'URSS, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954.

"L'action d'un groupe armé ce matin est dangereuse et irresponsable", a jugé le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui s'est déclaré "extrêmement inquiet des évolutions les plus récentes en Crimée", et a exhorté la Russie à éviter "toute action pouvant provoquer une escalade" dans la crise ukrainienne.

Pour le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, il s'agit d'"un jeu très dangereux". "Nous suivons le cours des événements en Crimée avec une grande attention et une grande préoccupation", a-t-il déclaré.

Pour Rifat Tchoubatov, président du Medjlis, l'assemblée représentant les Tatars de Crimée, "tout ce qui se passe actuellement en Crimée (...) n'aurait pas pu se produire sans le soutien des responsables politiques russes. C'est pourquoi je considère que le plan actuellement mis en oeuvre en Crimée, c'est le plan de Moscou".

Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police et des forces spéciales afin d'éviter "un bain de sang parmi la population civile" et "l'évolution de la situation en affrontements armés".

Au Parlement, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a mis en garde Moscou contre la tentation de faire intervenir sa flotte, basée dans la ville voisine de Sébastopol.

"Je m'adresse aux dirigeants militaires de la flotte de la mer Noire: tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire", a-t-il déclaré lors d'une séance qui devait initialement être consacrée à la confirmation d'un nouveau gouvernement.

L'Ukraine a aussi convoqué le chargé d'affaires russe Andreï Vorobiev pour lui rappeler que la Russie "s'était portée garante de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine". "On lui a remis une note pour demander que les militaires de la flotte russe de la mer Noire (stationnée à Sébastopol, en Crimée) s'abstiennent de tout mouvement en dehors du périmètre où ils sont cantonnés".

La Russie a répliqué jeudi qu'elle respectait les accords signés avec l'Ukraine. "La flotte russe de la mer Noire applique strictement les accords en question", a indiqué le service de presse du ministère russe des Affaires étrangères.

- Ianoukovitch sous protection russe -

Parallèlement, l'ex-président Viktor Ianoukovitch, qui n'avait pas donné signe de vie depuis sa destitution au Parlement samedi et qui est recherché en Ukraine pour "meurtres de masse", a refait surface en Russie, dont il a réclamé et obtenu la protection face aux "extrémistes".

"Je me considère toujours comme le chef légitime de l'État ukrainien", a-t-il dit dans une déclaration "au peuple ukrainien" transmise aux agences de presse russes.

"Tout ce qui se passe actuellement au Parlement d'Ukraine est illégitime", a-t-il ajouté.

"Je me vois contraint de demander aux autorités de la Fédération de Russie d'assurer ma protection personnelle face aux actions menées par des extrémistes", a-t-il ajouté. "Des menaces physiques me sont adressées personnellement ainsi qu'à mes partisans".

"Il devient évident que le peuple dans le sud-est et en Crimée n'accepte pas le vide du pouvoir et l'arbitraire qui règne dans le pays, quand les ministres sont désignés par la foule sur la place publique", a-t-il aussi déploré.

Aucune indication n'a été donné sur le lieu exact où se trouverait Viktor Ianoukovitch.

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