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Ukraine : des hommes armés et masqués envahissent le parlement de Crimée

27/02/2014 05:59 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Des dizaines d'hommes armés et vêtus d'uniformes militaires ont pris le contrôle d'un aéroport de la capitale de la péninsule ukrainienne de Crimée, tôt vendredi, selon un reportage médiatique, mais un deuxième reportage a cité un représentant de l'aéroport qui a précisé que les hommes en question se sont excusés et ont quitté les lieux après avoir découvert qu'aucun militaire ukrainien s'était posé.

Des témoins ont déclaré à l'agence de nouvelles Interfax qu'une cinquantaine d'hommes portaient les mêmes vêtements que ceux qui avaient investi des édifices gouvernementaux dans la ville de Simferopol, jeudi, et y avaient dressé le drapeau russe.

La véracité du reportage n'a pu être confirmée. Un autre reportage d'Interfax, originant de Moscou, a cité un représentant de l'aéroport qui disait que les hommes avaient offert leurs excuses et quitté, et que l'aéroport opérait de façon normale.

Une femme qui a plus tard répondu au téléphone à l'aéroport s'est contentée de dire «sans commentaire», et le site internet de l'aéroport relatait que le premier vol, en direction de Moscou, vendredi matin, partait à l'heure prévue.

Jeudi, des hommes lourdement armés et masqués avaient investi le parlement régional de Crimée, alors que des avions de combat russes patrouillaient les frontières et qu'un gouvernement intérimaire nouvellement formé et approuvé par l'Occident s'engageait à prévenir une rupture nationale, une menace qui inquiète les pays voisins.

Les hommes armés, qui portaient des uniformes à imprimé camouflage non identifiés, ont dressé une pancarte portant l'inscription «la Crimée est la Russie» à Kiev, alors que le premier ministre par intérim, Arsenyi Iatseniouk, déclarait que ce territoire de la mer Noire «a toujours fait et fera partie de l'Ukraine».

Le conflit qui s'intensifie a durement affecté l'économie du pays, ce qui a mené les dirigeants des pays occidentaux à préparer un plan de sauvetage d'urgence.

Le président destitué Viktor Ianoukovitch a quitté son pays par hélicoptère la semaine dernière, après que ses alliés l'eurent progressivement laissé tomber. Selon l'agence de nouvelles d'État, il se trouverait dans un luxueux bâtiment présidentiel et prévoierait donner une conférence de presse vendredi près de la frontière ukrainienne.

Cette fuite représente un dur coup pour le président russe Vladimir Poutine, qui rêve depuis longtemps de rapprocher l'Ukraine, un pays considéré comme le berceau de la civilisation russe, de l'orbite de Moscou.

Pour les voisins de l'Ukraine, le spectre d'une séparation du pays ravive les douloureux souvenirs de siècles de conflit sanglant.

«Les conflits régionaux commencent ainsi», a affirmé le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, qualifiant la confrontation de «jeu dangereux».

Bien que la Russie ait promis de respecter les frontières de l'Ukraine, elle a déployé des avions militaires pour patrouiller les frontières et 150 000 soldats russes, soit la quasi totalité de ses forces dans l'ouest du pays. Ces opérations sont interprétées comme un message clair que le pays ne cèdera pas l'Ukraine à l'Occident.

Le conflit en Ukraine a éclaté il y a trois mois, lorsque l'ancien président Ianoukovitch a abandonné une entente avec l'Union européenne pour favoriser les liens économiques avec la Russie.

Les développements de jeudi ont présenté un défi de taille pour le gouvernement intérimaire tout juste nommé, le matin même, pour diriger jusqu'à des élections en mai la population, dont l'opinion politique est divisée entre la Russie et l'Ouest. La Crimée, dont les forces russes ont pris possession au 18e siècle sous le règne de Catherine II de Russie, a longtemps représenté un joyau de la couronne sous les empires russe et soviétique.

La région a été intégrée à l'Ukraine en 1954, mais cette formalité n'est devenue concrète qu'en 1991, lorsque la chute de l'empire soviétique a rendu l'Ukraine indépendante.

Le parlement ukrainien a entériné jeudi la nomination au poste de premier ministre d'Arsenyi Iatseniouk, qui a déclaré que l'avenir de l'Ukraine passait par un rapprochement avec l'Union européenne mais aussi par le maintien de relations cordiales avec la Russie.

M. Iatseniouk doit maintenant relever le défi d'empêcher l'Ukraine de s'effondrer politiquement et économiquement. Âgé de 39 ans, il a servi comme ministre de l'Économie, ministre des Affaires étrangères et président du parlement avant que M. Ianoukovitch ne prenne le pouvoir en 2010. Il est perçu comme un technocrate réformateur et serait bien vu par Washington.

Le pays dit avoir besoin de 35 milliards $ pour survivre d'ici à la fin de l'année prochaine. Le Fonds monétaire international a indiqué, jeudi, être prêt à lui venir en aide.

Le président russe Vladimir Poutine a également ordonné à son gouvernement de considérer d'apporter de l'aide humanitaire en Crimée, une province russophone, et de discuter d'aide économique avec l'Occident et le Fonds monétaire international. Il s'agit de la première réaction de M. Poutine sur la situation en Ukraine.

Le nouveau premier ministre a indiqué que l'Ukraine ne voulait pas se quereller avec la Russie, tout en prévenant que le pays n'accepterait jamais la sécession de la Crimée.

À Simféropol, la capitale régionale de la Crimée, des hommes armés ont hissé le drapeau russe au sommet du parlement criméen et portaient, sur leurs uniformes, le ruban noir et orange de la victoire russe lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Oleksandre Tourchinov, qui assume la présidence par intérim depuis la fuite de M. Ianoukovitch, a vertement dénoncé l'intervention des hommes armés en Crimée, estimant qu'il s'agit d'un «crime contre le gouvernement de l'Ukraine». Il a prévenu que toute tentative de la part des soldats russes de quitter leur base en Crimée «sera perçue comme une agression militaire».

«J'ai ordonné à l'armée de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les citoyens, punir les criminels et libérer ces édifices», a-t-il dit.

Selon les experts, une manoeuvre brusque dans cette situation délicate pourrait aggraver le conflit.

«La principale inquiétude, en ce moment, est que Kiev pourrait décider d'intervenir en envoyant des forces de l'ordre pour restaurer l'ordre constitutionnel, a expliqué Dmitri Trenin du centre Carnegie de Moscou. C'est quelque chose qui amènerait des confrontations et entraînerait les Russes dans le conflit.»

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