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L'épouse de Saadi Kadhafi aurait été payée par SNC-Lavalin

27/02/2014 05:02 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

Alors que la guerre civile libyenne battait son plein et que les bombes pleuvaient sur Tripoli, SNC-Lavalin aurait payé un salaire à l'épouse de Saadi Khadafi, un des fils de l'ex-dictateur Khadafi, pour aider financièrement la famille.

Un texte de Anne Panasuk

Ces nouvelles allégations sont faites par Riadh Ben Aïssa, l'ancien vice-président de SNC-Lavalin dans le litige qui l'oppose à la firme. Le géant canadien de l'ingénierie lui reproche d'avoir utilisé des fonds de la compagnie illégalement pour aider le fils de l'ancien dictateur de la Libye et lui réclame le remboursement. Dans sa défense pour démontrer l'étendue de la connaissance de la haute direction dans son soutien aux membres du clan Kadhafi, on peut lire :

« Saadi Khadafi's wife was temporarily on the payroll of Plaintiff's Moroccan office during the Libyan conflict, despite the fact that she was not one of Plaintiff's employees, to help her and Saadi Khadafi's children financially. Pierre Duhaime was aware of this; »

(Traduction libre : L'épouse de Saadi Khadafi a été temporairement payée par le bureau du Maroc, pendant le conflit libyen, malgré le fait qu'elle n'était pas une employée de SNC-Lavalin; ceci afin de l'aider financièrement ainsi que les enfants de Saadi Khadafi. Pierre Duhaime était au courant de cela.)

Une résolution de l'ONU empêchait pourtant d'aider financièrement les autorités libyennes et gelait les avoirs de personnes identifiées. Or, Saadi Khadafi était nommément sur la liste... mais pas son épouse.

La résolution 1973 de l'ONU prévoyait quand même que les entreprises ou citoyens canadiens devaient s'abstenir de mettre des fonds ou autres ressources économiques à la disposition de personnes ou entités agissant pour le compte des autorités libyennes.

Rappelons que Pierre Duhaime était le pdg de la firme d'ingénierie à ce moment-là. Il a depuis pris sa retraite et a été accusé de complot, de fraude et d'usage de faux, lié à un pot-de-vin qui aurait été versé pour obtenir le contrat de construction du Centre universitaire de santé de McGill (CUSM).

Riadh Ben Aïssa, ancien vice-président de SNC-Lavalin, est encore emprisonné en Suisse dans le cadre d'une enquête pour fraude et blanchiment d'argent.

Aide de SNC-Lavalin au clan Khadafi

Il faut rappeler que la GRC allègue dans son enquête en cours contre les dirigeants de SNC-Lavalin qu'au même moment, Riadh Ben Aïssa aurait été impliqué dans une tentative avortée de fuite de la famille de Saadi Kadhafi vers le Mexique. Il aurait été aidé par un subalterne, Stéphane Roy, responsable des finances, et par une consultante externe, Cynthia Vanier.

Le 31 janvier dernier, la GRC a accusé Stéphane Roy d'avoir violé les résolutions de l'ONU. Stéphane Roy poursuit SNC-Lavalin pour mise à pied illégale.

Des documents montrent que l'ancien responsable des finances de la division construction avait payé les frais du condo de plus d'un million de dollars que possédait Saadi Kadhafi à Toronto. SNC-Lavalin aurait aussi déboursé 200 000 $ pour le rénover.

SNC-Lavalin ne veut pas commenter les allégations de Riadh Ben Aïssa puisque le litige est devant la Cour supérieure. La gestionnaire des relations publiques, Lilly Nguyen, a précisé :

« Bien que généralement nous ne commentons pas les litiges qui sont pendants devant les tribunaux ou les cas de litiges potentiels, nous nous permettrons ici de souligner, que si elle s'avère être vraie, l'allégation faite par M. Ben Aïssa concernant l'épouse de Saadi Kadhafi en 2011, cadre parfaitement avec les allégations qui sont formulées par SNC-Lavalin dans sa poursuite concernant diverses utilisations inappropriées des fonds de la compagnie qui ont été faite par M. Ben Aïssa alors qu'il était à l'emploi de celle-ci. »

« Précieux services » rendus à SNC-Lavalin

Encore une fois, Riadh Ben Aïssa se défend d'avoir agi seul dans toute cette affaire et prétend que la relation privilégiée qu'il avait développée avec les Kadhafi servait d'abord et avant tout les intérêts de l'entreprise et était cautionnée par ses dirigeants.

Rappelons qu'en 2008, SNC-Lavalin avait songé à engager Saadi Khadafi comme vice-président de la firme au Maghreb. Dans l'offre d'emploi d'une durée de trois ans, la firme s'engageait à verser un salaire annuel de 150 000 $ au fils de l'ancien dictateur.

La GRC, citant une lettre de Ben Aïssa qui décrit la contribution de Saadi Khadafi aux succès de la firme en Libye, souligne :

« Ben Aïssa affirme que Kadhafi avait rendu de « précieux services » à SNC-Lavalin en 2001 et 2002 pour lui permettre de décrocher un contrat de 475 millions de dollars pour l'opération et l'entretien de l'usine de fabrication de tuyaux de Sarir, en Libye. »

L'ex-pdg de SNC-Lavalin, Jacques Lamarre, a aussi raconté à l'émission Enquête avoir déboursé plus de deux millions de dollars pour accueillir Saadi Khadafi au Canada, en 2008 et 2009, payant pour des restaurants, hôtels et limousines.

Le mois dernier, Sami Bébawi, le prédécesseur de Riad Ben Aïssa à la division construction de SNC-Lavalin, a été accusé de fraude, blanchiment des produits de la criminalité et de possession de biens criminellement obtenus, en contravention à la Loi sur la corruption d'agents publics étrangers. Radio-Canada avait révélé que pour des travaux effectués en Libye par SNC-Lavalin, M. Bébawi avait utilisé des « agents commerciaux » pour camoufler des pots-de-vin à des dictateurs et des commissions personnelles.

Un mandat d'arrestation a aussi été lancé à l'encontre de M. Bébawi, car les autorités ne savent pas où il se trouve.