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Enseignement de l'histoire: l'approche par compétences en prend pour son rhume

27/02/2014 05:53 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Québec remet en question l'approche par compétences «radicale» au coeur de l'actuel programme d'enseignement de l'histoire et de l'éducation à la citoyenneté, et propose l'implantation d'un nouveau cours intitulé «Histoire du Québec et du Canada» dans les écoles secondaires de la province.

La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a annoncé jeudi l'implantation de projets-pilotes en histoire dès septembre 2014 dans plus de 90 classes de 3e année du secondaire au Québec.

Le nouveau cours qui sera mis à l'essai s'articulera davantage autour du «fait national», et s'appuiera sur «le recours à la trame nationale comme principe intégrateur ou explicatif» tout en s'attardant à «la question sensible de la mise en scène du fait national».

Historiens, intellectuels et groupes sociaux exigeaient depuis des années une modification en profondeur du programme d'histoire mis en oeuvre en 2006, reprochant à celui-ci de faire la promotion du multiculturalisme au détriment de l'histoire du Québec.

Mais il ne s'agit pas simplement d'une réforme sur le plan du contenu: l'approche pédagogique est également à reconsidérer, peut-on constater à la lecture du rapport rédigé par Jacques Beauchemin, sous-ministre associé au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, et Nadia Fahmy-Eid, professeure d'histoire à la retraite de l'Université du Québec à Montréal.

Sans rejeter catégoriquement l'approche pédagogique privilégiée dans le programme mis en oeuvre en 2006, le duo d'experts questionne toutefois sérieusement sa pertinence et son efficacité.

Car la littérature scientifique témoigne «des limites des programmes fondés sur une version radicale de l'approche par compétences»; les programmes devraient ainsi contenir moins de «demandes étrangères à la discipline historique» et «prendre au sérieux la sélection des contenus enseignés», peut-on lire dans le rapport présenté jeudi par la ministre Malavoy.

Ce sentiment semble être partagé sur le terrain: «une majorité d'enseignants» semble allergique à l'approche par compétences, se disant en désaccord avec le «dogmatisme» et l'«imprécision» des formules employées dans le programme, souligne-t-on dans le document.

Un nouveau programme davantage axé sur la transmission de connaissances de l'enseignant vers l'étudiant devrait donc être mis en place, concluent les auteurs du rapport.

Le ministère de l'Éducation devrait par ailleurs s'assurer que les tâches d'enseignement de l'histoire soient dévolues à des enseignants pourvus d'une formation dans cette discipline.

En plus de s'intéresser à l'approche pédagogique, les auteurs du document intitulé «Le sens de l'histoire» se sont penchés sur les contenus d'apprentissage et la structure du programme.

«Prendre de front les interprétations divergentes de divers épisodes sensibles devrait éveiller l'élève à la nature interprétative de l'histoire, au rapport distancié entre histoire et mémoire, et à la pluralité des récits qui circulent dans notre société», soutiennent les auteurs.

«Cette insistance sur le caractère interprétatif de l'histoire respecte les demandes d'un vaste éventail d'intervenants en faveur d'une histoire à la fois ouverte et apte à rendre compte d'une dimension essentielle de la société québécoise», poursuit-on dans le rapport.

La Coalition pour l'histoire, qui était notamment montée aux barricades, s'est réjouie jeudi de «la grande majorité des recommandations formulées dans le rapport».

«Nous saluons la sagesse de la ministre qui a décidé d'élaborer un nouveau programme plutôt que renforcer celui déjà en place», a déclaré le regroupement par voie de communiqué.

L'application obligatoire du programme en 3e secondaire est prévue pour septembre 2015. Pour la 4e secondaire, les projets-pilotes débuteront à compter de l'automne 2015 en vue d'une application obligatoire en septembre 2016.

Les auteurs du rapport ouvrent maintenant la porte à une révision des programmes d'enseignement de l'histoire à l'école primaire pour favoriser un meilleur arrimage avec celui du secondaire.

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