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Commission Charbonneau: « Et si t'as pas de soupe, t'as plus de travaux... » - Marcel Pouliot

27/02/2014 12:47 EST | Actualisé 28/02/2014 06:22 EST
Agence QMI

Un entrepreneur de l'Estrie a raconté à la commission ses déboires récents sur le chantier de La Romaine, un cocktail fait de mauvaises surprises, de tensions avec Bernard Gauthier et de bris mystérieux d'équipements coûteux.

Un texte de Bernard Leduc

La fin du témoignage de M. Pouliot vient clore le volet syndical de la commission Charbonneau, qui abordera de nouveaux sujets au retour de la pause, le 10 mars prochain.

À l'été 2013, l'entreprise Couillard Construction, de Marcel Pouliot, raflait, grâce à une soumission de 38 millions $, l'appel d'offres d'Hydro-Québec pour la construction d'une route entre La Romaine 3 et 4.

M. Pouliot soutient que le prix de sa soumission, bien qu'inférieur à celui de plusieurs de ses compétiteurs, était plus élevé que ce qu'il aurait proposé ailleurs au Québec, conscient « que ça coûtait plus cher sur la Côte-Nord ».

Et encore, la réalité lui réservait des surprises, ce qui lui fait dire que, s'il avait su, il n'aurait pas soumissionné en bas de 42 millions $.

Ainsi, a-t-il démontré, la seule tâche d'aller chercher puis de distribuer chaque jour une soupe chaude aux travailleurs, une vieille tradition de chantier chez Hydro-Québec, lui coûte 150 $ par jour, soit 52 500 $ par année.

« Et si t'as pas de soupe, t'as plus de travaux… »

— Marcel Pouliot

Confronté à son propre contrat pour La Romaine fourni ce midi à la commission par Hydro-Québec, M. Pouliot a dû reconnaître qu'il existe bel et bien une clause particulière pour la soupe. Il n'en avait cependant pas compris la portée financière...

M. Pouliot a aussi déploré que, dès l'arrivée de son entreprise à La Romaine en septembre 2013, le représentant du local 791 des opérateurs de machinerie lourde de la FTQ-Construction, Bernard « Rambo » Gauthier, ait tenu des propos désobligeants à l'endroit de son entreprise lors d'une assemblée syndicale.

« Il arrive un petit nouveau: si c'est un autre qui pense venir faire de l'argent sur le dos de nos entrepreneurs, il va apprendre qui on est. »

— Propos attribués à Bernard Gauthier par M. Pouliot

Il reconnaît avoir par la suite reçu des téléphones anonymes disant que Couillard Construction n'était pas la bienvenue sur la Côte-Nord, des actes qu'il ne peut attribuer à la FTQ, mais dont il n'avait jamais été témoin ailleurs au Québec.

« J'imagine Madame la présidente, c'est toutes des hasards »

M. Pouliot a par la suite été confronté aux exigences de Bernard Gauthier qui a exigé que la FTQ-Construction ait la haute main sur l'embauche lors d'une rencontre, début octobre, en compagnie de son délégué syndical Rock Deschênes.

Mais le président de Couillard Construction insiste pour garder son droit de gérance, bref, d'avoir son mot à dire sur l'embauche, notamment pour s'assurer de la compétence des travailleurs.

La situation ne se dégradera cependant qu'après la période des Fêtes, au moment de réembaucher le personnel. Car même si tous les travailleurs de la région retrouvent leur emploi, M. Gauthier n'appréciera pas que Couillard Construction décide, sans le consulter, la distribution des quarts de jour et de nuit.

Le délégué syndicay Deschênes l'avertit alors : « à partir d'aujourd'hui la convention, ce sera by the book ». Dès lors, les tâches de tout un chacun seront surveillées par la FTQ .

Lors du témoignage de M. Gauthier, il a été démontré que ce dernier était intransigeant quant à l'application de la convention qui détermine, notamment, les tâches que peuvent faire les travailleurs, voire qu'il allait au-delà de ce qui était permis pour s'assurer qu'un maximum de personnes travaille sur un chantier.

Le 31 janvier 2014, un travailleur récemment renvoyé pour incompétence avertit un des hommes de M. Pouliot : « averti tes patrons, votre machinerie va commencer à briser ».

Le 7 février, une foreuse est emboutie en pleine nuit par un mystérieux camion, causant des dégâts de 75 000 $. L'acte ne sera jamais revendiqué, le coupable jamais trouvé.

Puis, deux camions s'emboutissent l'un l'autre, et un appareil d'arpentage est plus tard brisé...

« Ça coïncide avec le by the book et le congédiement d'un employé... J'imagine Madame la présidente, c'est toutes des hasards », a-t-il ironisé.

Marcel Pouliot a été suspendu du chantier par Hydro-Québec, pour trois mois, le 16 novembre 2013, pour un accrochage avec un de ses employés. La société d'État lui reproche de ne pas avoir suivi la hiérarchie lorsqu'il a décidé de confronter cet employé sur des questions liées au travail. Il doit retourner à La Romaine dans les prochains jours.

Une entreprise d'expérience

L'entreprise Couillard Construction, spécialisée en génie civil, en construction et réfection de routes, ponts et viaducs, obtient 90 % de ses contrats avec le ministère des Transports du Québec, notamment pour la construction d'autoroutes. Son chiffre d'affaires frôle les 100 millions de dollars.

Le contrat à La Romaine, obtenu à l'été 2013, est pour la construction d'une route de 27 kilomètres entre La Romaine 3 et La Romaine 4. M. Pouliot a tenu à souligner que ce contrat n'implique aucune difficulté pour l'entreprise, les travaux à faire étant relativement simples. Couillard construction, a-t-il fait valoir, a l'habitude de faire des viaducs, alors qu'elle n'a que des ponceaux à faire à La Romaine.

M. Pouliot a expliqué que Couillard Construction emploie à La Romaine 60 % de main d'œuvre régionale, et 40 % hors région, pour un total de 85 employés. Il a précisé que 80 % de la main d'œuvre régionale est compétente, et 20 % peu productive (soit, dit-il, un peu plus qu'ailleurs au Québec). Il ajoute que 79 % du temps double est effectué par ses employés locaux.

Bernard Gauthier critique Couillard Construction

Devant la commission Charbonneau, Bernard Gauthier a soutenu que l'entreprise Couillard Construction avait reçu de nombreux avis d'infraction et de non-conformité sur le chantier, une situation qu'il attribue au manque d'expérience de cette entreprise sur les grands chantiers d'Hydro-Québec.

« Quand tu es habitué de travailler dans des rangs, puis tu arrives devant des inspecteurs et des surveillants comme ça, c'est vraiment différent la façon de faire parce qu'il faut que tu respectes l'environnement, la santé et sécurité,... parce que c'est vraiment surveillé », a-t-il fait valoir, soutenant que les déboires de l'entreprise sur le chantier étaient documentés par Hydro-Québec.

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