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Sierra Leone: le boom économique ne profite pas aux habitants, dénoncent des ONG

26/02/2014 02:50 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Musu Conteh, 28 ans, chantait et dansait avec une cinquantaine de femmes réclamant le respect de leurs droits et de meilleurs salaires à la mine de fer de Bumbuna, dans le nord de la Sierra Leone, quand la police a tiré et l'a tuée.

Pour se protéger des gaz lacrymogènes tirés par la police, "elle s'est penchée pour ramasser des feuilles (...) quand elle a été touchée par un tir" à balles réelles, raconte un témoin dans un rapport de l'organisation Human Rights Watch (HRW) publié le 19 février sur ces évènements remontant à avril 2012, lors desquels 11 personnes ont aussi été blessées.

Pendant deux jours, la police a violemment réprimé les manifestations à la mine, conduisant Amnesty International à s'interroger sur ses relations ambigües avec l'exploitant, la compagnie internationale d'African Minerals Ltd.

HRW appelle le gouvernement à faire en sorte que le développement économique du pays ne se fasse pas au détriment du respect des droits.

Ravagée par onze ans de guerre civile (1991-2002) dont les images d'enfants soldats drogués et surarmés, de rebelles financés par "les diamants du sang" commettant les pires atrocités ont choqué le monde, la Sierra Leone a longtemps été marginalisée par les investisseurs étrangers.

Mais d'importantes réformes économiques et une amélioration très nette de la "gouvernance" ont, depuis, changé la donne et attiré des investissements sans précédents qui ont créé des milliers d'emplois.

- "Population désespérément pauvre" -

African Minerals, dont le siège est à Londres, est le plus important investisseur dans le secteur du minerai de fer dont le sous-sol sierra-léonais regorge, mais d'autres entreprises ont commencé à exploiter d'autres immenses richesses de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest: diamant, or, bauxite, titanium. Des réserves de pétrole - non encore exploitées - ont en outre été découvertes en 2009 au large des côtes.

Le secteur des mines a représenté en 2010 près de 60% des exportations et emploie 135.000 personnes.

"Le gouvernement a l'occasion d'oeuvrer au développement de sa population désespérément pauvre", note Rona Peligal, une des responsables Afrique de HRW, "mais le cas de African Minerals Ltd montre que ceux qui ont le plus besoin de bénéficier du développement en seront exclus si le gouvernement ne met pas un terme aux abus" dans le secteur des mines.

Le président Ernest Koroma, élu en 2007 et réélu en 2012 pour cinq ans, a mis en place un programme "pour la prospérité" soutenu par la Banque mondial et le Fonds monétaire international (FMI).

Cette stratégie a permis à la Sierra Leone d'atteindre un taux de croissance de 21% en 2012, selon le FMI, le plus fort de toute l'Afrique subsaharienne. Mais ce boom ne profite guère à ses six millions d'habitants: le pays est 177e sur 187 dans le classement du développement humain établi par le Programme de l'ONU pour le développement.

Les dirigeants d'African Minerals soulignent avoir investi deux milliards de dollars (près de 1,5 milliard d'euros) dans ce pays et réfutent la plupart des conclusions de HRW. "Nous avons maintenu un dialogue actif avec HRW pendant quinze mois et avons redit inlassablement notre engagement à être une force positive pour le changement économique et social en Sierra Leone", a indiqué l'entreprise dans un communiqué transmis à l'AFP.

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