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Manouvres militaires russes : l'OTAN derrière l'Ukraine

26/02/2014 08:10 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Sur fond de tension diplomatique entre l'Ukraine et la Russie, le président russe Vladimir Poutine a ordonné la tenue d'un exercice d'urgence, mercredi, dans l'ouest du pays.

Le président Poutine soutient vouloir s'assurer que ses troupes sont prêtes au combat.

« Le commandant en chef a été chargé de vérifier l'aptitude des troupes à agir pour faire face à des situations de crise menaçant la sécurité militaire du pays », a dit le ministre russe de la Défense, Serguei Shoigou, à l'agence Interfax..

La Russie a mis les troupes du district militaire de l'Ouest et la deuxième armée du district militaire du Centre en état d'alerte. Le district militaire occidental couvre un vaste territoire qui s'étend des frontières de l'Ukraine, du Bélarus, des États baltes, de la Finlande, et jusqu'à l'Arctique.

Le ministre Choïgou a précisé que l'exercice militaire durerait jusqu'au 3 mars prochain. « Nous sommes très attentifs à ce qui se passe en Crimée, à ce qui se passe autour de la flotte de la mer Noire », a-t-il souligné. « Nous prenons des mesures pour garantir la sécurité des installations, des infrastructures et des arsenaux de la flotte », a-t-il ajouté, référant à la base navale que détient la Russie à Sébastopol, en Crimée, une province ukrainienne.

Par ailleurs, le président Poutine a dirigé une réunion du Conseil de sécurité russe, mardi, consacrée à la situation en Ukraine. Ce n'est toutefois pas la première fois que le président russe ordonne des exercices militaires surprises depuis son retour au Kremlin en 2012. Il a ordonné de telles inspections à plusieurs reprises, notamment en Extrême-Orient en juillet dernier.

Sur la scène diplomatique, Moscou a mis en garde contre les tendances « néofascistes » apparues en Ukraine au cours du processus qui a mené à la destitution de l'ancien président Ianoukovitch que la Russie considère comme un coup de force contre le pouvoir légitime.

Le chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, a d'ailleurs demandé à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) de « condamner résolument » l'apparition d'une tendance « nationaliste et néofasciste » dans l'ouest de l'Ukraine.

Les tensions entre l'Ukraine et la Russie, qui partagent une frontière de plus de 1200 km, sont alimentées par la destitution du président ukrainien Victor Ianoukovitch. L'ancien président avait refusé de signer un accord d'associations avec l'Union européenne (UE), en novembre dernier, pour se tourner vers la Russie, qui lui avait consenti des rabais sur le gaz naturel et une aide financière.

La volte-face de M. Ianoukovitch a toutefois entraîné des manifestations constantes depuis près de quatre mois. Les manifestations ont dégénéré en bain de sang la semaine dernière lorsque quelque 80 personnes ont péri dans des affrontements avec les forces de l'ordre à Kiev. Le bain de sang a toutefois provoqué la destitution du président Ianoukovitch par le Parlement, samedi dernier.

Viktor Ianoukovitch est désormais recherché pour « meurtres de masse ». Introuvable depuis sa destitution, l'ancien président Ianoukovicth fait maintenant l'objet d'un mandat d'arrêt international, a révélé le procureur général ukrainien par intérim, Oleh Makhnytsky.

Tout juste arrivé en poste, le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourchinov, a fait de l'intégration avec l'Europe sa priorité. S'adressant à la nation, il s'est dit prêt à « développer des relations d'égalité, de respect et de bon voisinage avec la Russie », tout en appelant Moscou à « respecter le choix pro-européen de l'Ukraine ».

L'OTAN prête à soutenir l'Ukraine

Dans la foulée des exercices militaires russes aux abords de l'Ukraine, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) a indiqué qu'elle était prête à soutenir l'Ukraine dans la poursuite de ses réformes démocratiques.

« L'Ukraine est un allié proche et de longue date de l'OTAN », a déclaré le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen. « Et l'OTAN est un ami sincère de l'Ukraine », a-t-il poursuivi à son arrivée à une réunion des ministres de la Défense des 28 États membres de l'alliance, à Bruxelles.

M. Rasmussen a indiqué que la question de l'Ukraine serait discutée au cours de la réunion ministérielle de deux jours de l'OTAN.

Ancienne république soviétique, l'Ukraine a tissé des liens avec l'Europe et l'OTAN au cours des dernières années. Elle s'est notamment liée à l'OTAN dans le cadre d'une commission commune OTAN-Ukraine en 1997 L'alliance militaire avait aussi reconnu l'État comme une candidate à l'adhésion à son organisation. Cette situation n'est pas sans chatouiller Moscou puisque la Crimée, une province ukrainienne, est considérée comme stratégique par la Russie en raison de la présence d'une base navale russe sur son territoire.

M. Rasmussen a refusé de préciser s'il avait eu des contacts avec les autorités russes depuis la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Il a plutôt effectué un plaidoyer pour le respect de la souveraineté des États. « Nous considérons comme acquis que tous les pays respectent la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, a-t-il indiqué. C'est un message que nous avons également transmis à toutes les parties qui pourraient être concernées. »

Le secrétaire général de l'OTAN a également rappelé qu'il appartenait au peuple ukrainien de déterminer l'avenir de leur pays.

Le Royaume-Uni s'oppose également à toute forme d'ingérence étrangère en Ukraine, a déclaré le secrétaire britannique de la Défense, Philip Hammond en réaction aux manœuvres militaires d'urgence dans l'ouest de la Russie. « Nous allons [...] évidemment prendre connaissance des activités des forces russes », a-t-il poursuivi. « Nous exhortons toutes les parties à laisser le peuple ukrainien régler ses divergences internes et décider de son avenir sans ingérence étrangère. »

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, s'inquiète aussi de la situation. « Nous devons faire le nécessaire pour restaurer la stabilité de l'Ukraine, a-t-elle souligné. Le pays ne doit pas se désagréger. »

Menace de partition en Crimée

La tension est particulièrement palpable en Crimée, une région russophone de l'Ukraine. Quelque 2000 manifestants ont exprimé leur appui aux manifestants anti-Ianoukovicth devant le parlement de Crimée où se déroulait une session d'urgence à la demande des élus favorables à la Russie.

Quelques centaines de manifestants favorables à un rapprochement avec la Russie ont rejoint leurs opposants devant le parlement, où les deux camps n'étaient séparés que par un cordon de policiers.

La Crimée a été cédée à l'Ukraine en 1954 par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev. Moscou y dispose toujours d'une flotte dans le port de Sébastopol.

La Crimée est également la seule région ukrainienne où l'ethnie russe est majoritaire. « La Crimée est russe », ont d'ailleurs crié des manifestants du camp prorusse. De l'autre côté, les manifestants scandaient : « Ukraine! Ukraine! ».

Le président par intérim Oleksander Tourchinov a d'ailleurs évoqué des « signes dangereux de séparatisme », notamment en Crimée. Un risque également constaté par Moscou et l'Occident, qui mettent en garde contre une partition du pays entre l'Est russophone et l'Ouest nationaliste et pro-européen.

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