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Lisbonne, la ville blanche vue à travers l'oeil de la caméra

26/02/2014 12:15 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Le belvédère de Sao Pedro de Alcântara domine les façades ocre et blanches baignées de lumière de Lisbonne, l'estuaire du Tage se dessine au loin. Une balade sur la vaste esplanade bercée par les vents plonge le visiteur dans l'univers cinématographique de Marcello Mastroianni.

Le premier plan du film "Pereira prétend" de Roberto Faenza a été tourné en 1995 autour de la fontaine érigée au milieu de la place. Le film met en scène un journaliste vieillissant, incarné par l'acteur italien, aux prises avec le régime salazariste, en août 1938.

Brandie par Liliana Navarra, fondatrice de l'agence Lisbon Movie Tour, une tablette tactile montrant des extraits du film permet aux cinéphiles de voyager dans le temps et vivre l'ambiance oppressante du fascisme, sur les lieux mêmes du tournage.

"Mastroianni, c'est exactement comme lui que j'imaginais le personnage de Pereira", s'exclame Marie-Christine Aubin, 74 ans, chercheuse française à la retraite venue vivre au Portugal il y a quatre ans.

Les yeux rivés sur l'écran, elle découvre l'adaptation au cinéma du roman éponyme d'Antonio Tabucchi qu'elle a pris soin d'étudier une nouvelle fois juste avant la visite guidée, fiches de lecture à l'appui.

"Ce n'est pas un marathon, on prend le temps d'apprécier le film", commente Liliana Navarra, une Italienne de 32 ans aux lunettes strictes, qui s'est prise de passion pour Lisbonne et le cinéma portugais, au point de décrocher un doctorat en la matière.

Toujours à la recherche de nouveaux projets, cette jeune femme énergique à la chevelure noire a eu l'idée de transposer au Portugal le concept du ciné-tourisme né dans les années 1990 et particulièrement répandu aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, mais aussi en Italie.

"Plus de 16.000 films ont été tournés à Lisbonne, ville très prisée par les réalisateurs américains dans les années 40 et 50", relève-t-elle.

Lancés en décembre, les "movie tours" attirent surtout des touristes italiens et anglais, mais aussi des Lisboètes qui veulent explorer leur ville.

- 'Coup de foudre' -

"Des cinéastes comme Wim Wenders, Alain Tanner ou John Malkovich ont eu le coup de foudre pour Lisbonne, sa lumière très spéciale, unique au monde, son charme mélancolique, la coexistence entre l'ancien et le moderne", explique à l'AFP Maria Joao Guardao, réalisatrice de films documentaires.

Au détour d'une ruelle pentue, le portail massif du Couvent des Cardaes s'ouvre sur la cour boisée du cloître, aux murs revêtus d'azulejos, ces carreaux de faïence bleu cobalt sur fond blanc. C'est ici que Pereira alias Mastroianni "se réfugiait dans des moments d'angoisse existentielle", raconte Liliana Navarra.

Les soeurs dominicaines qui occupent les lieux gardent un souvenir ému de l'acteur italien qui est décédé un an après le tournage. "Il était très sympathique, mais déjà affaibli par la maladie", témoigne Maria Natalia Teixeira, une octogénaire dynamique postée à l'accueil du couvent.

Décor de la dernière scène du film, la silhouette altière de l'Arc de Triomphe se dresse au bout de la rua Augusta. "Jeune journaliste sauvagement assassiné!" crie un garçon vendeur du quotidien Lisboa où Pereira a réussi à publier en Une un article dénonçant les atrocités du régime en déjouant la censure.

"Cette scène me donne toujours la chair de poule", confie la guide italienne. Après la dictature, elle prévoit comme thème des prochains tours la Révolution du 25 avril 1974, avec des extraits du film "Capitaines d'avril" (2000) de Maria De Medeiros.

Une révolution qui rappelle des souvenirs à Marie-Christine Aubin. En mission scientifique pour étudier les sols schisteux de la province de l'Alentejo (sud), elle avait atterri à Lisbonne la veille. "On a entendu une musique bizarre à la radio, et puis, tout le monde est descendu dans la rue avec son oeillet".

Les chars des militaires qui sont entrés dans Lisbonne ont renversé le régime après 48 ans de dictature. Et, assure Maria Joao Guardao, ils ont contribué à "attirer de nombreux cinéastes et intellectuels, curieux de voir comment on peut réussir une révolution pacifique".

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