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Le futur Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, technocrate devenu agitateur

26/02/2014 01:52 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Arseni Iatseniouk, pressenti pour devenir Premier ministre d'un gouvernement d'union nationale en Ukraine, est un juriste et économiste à l'ascension politique fulgurante, qui s'est imposé comme l'un des leaders du mouvement qui a provoqué la chute du président Viktor Ianoukovitch.

Il est parfaitement conscient des difficultés qui l'attendent, prévenant même mardi que les personnes qui accepteraient de rentrer au nouveau gouvernement "vont sauver le pays, mais aussi commettre un véritable suicide politique", puisqu'il va falloir prendre des décisions politiques "extrêmement impopulaires mais qui sont les seules possibles" dans un pays au bord de la faillite.

Sa nomination a été annoncée mercredi soir sur le Maïdan, l'emblématique place de l'Indépendance à Kiev, occupée depuis plus de trois mois par des milliers de manifestants, par le "Conseil du Maïdan", qui réunit partis politiques, mouvements de la société civile et groupes radicaux, en attendant une confirmation officielle au parlement, qui doit avoir lieu jeudi.

A 39 ans, Arseni Iatseniouk a déjà été ministre de l'Economie et des Affaires étrangères. Il a surtout adopté une posture très ferme dans la crise politique actuelle, tranchant avec une image que certains trouvent un peu lisse, refusant notamment l'offre de Viktor Ianoukovitch de devenir Premier ministre d'ouverture en janvier.

Fin janvier, il avait notamment promis de poursuivre la contestation exhortant les opposants à aller "tous ensemble de l'avant, même si le résultat est une balle en plein front".

Mardi, il a demandé au parlement de voter une résolution pour que le président déchu Viktor Ianoukovitch soit jugé par la Cour pénale internationale à la Haye, évoquant "un pouvoir basé sur la corruption et les tueurs".

Au parlement, Arseni Iatseniouk, avec ses petites lunettes fines, ses cravates et ses costumes impeccables tranche sur les autres leaders de la contestation, à la tenue beaucoup plus négligée.

- Image de "banquier intellectuel" -

Bien moins connu du grand public à l'étranger que l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, autre leader de l'opposition, Arseni Iatseniouk, à l'image de "banquier intellectuel", selon l'hebdomadaire Focus, est cependant un personnage familier des cercles diplomatiques.

Ministre de l'Economie entre 2005 et 2006 puis brièvement ministre des Affaires étrangères en 2007, il a notamment négocié l'entrée de l'Ukraine dans l'Organisation mondiale du Commerce et le développement des relations avec l'Union européenne.

Une expérience qui pourrait s'avérer précieuse alors que l'Ukraine est au bord de la banqueroute, sans une rapide perfusion financière. Selon le ministre ukrainien des Finances par intérim, Kiev a besoin de 35 milliards de dollars sur deux ans.

"Depuis son indépendance, l'Ukraine n'a jamais connu une telle catastrophe économique et politique. Nous avons besoin d'une aide financière urgente de la part de nos partenaires européens et il faut reprendre immédiatement le programme de coopération avec le FMI", a souligné lundi Arseni Iatseniouk.

Originaire de Tchernivtsi (sud-ouest), ce juriste et économiste de formation est devenu en 2001 ministre de l'Économie de Crimée, république autonome russophone au bord de la mer Noire.

Après un passage par la banque centrale, la Révolution orange le propulse en 2005 au poste de ministre de l'Économie. En 2007, Arseni Iatseniouk dirige la diplomatie du pays pendant quelques mois, affichant ses positions pro-occidentales et un certain souci de faire des économies: les médias avaient souligné alors qu'il utilisait souvent les avions de ligne pour ses missions officielles.

Elu ensuite à la tête du Parlement, il devient le deuxième personnage de l'État.

Candidat à la présidence, il obtient 7% des voix en 2010 et décline la proposition du vainqueur Viktor Ianoukovitch de rejoindre le gouvernement.

Deux ans après, son parti, le Front pour le changement, décide de se dissoudre pour rejoindre Batkivchtchina (Patrie), le parti de Ioulia Timochenko, dont il prend les rênes à partir de 2011, quand l'ex-égérie de la Révolution orange est incarcérée.

M. Iatseniouk est marié et père de deux enfants.

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