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La Première guerre mondiale enseignée ou pas chez les anciens belligérants

26/02/2014 02:49 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Cent ans après, la Grande Guerre est présentée et expliquée de façons très diverses aux enfants des anciens pays belligérants, avec un clivage entre les vainqueurs et les vaincus et une tendance à insister sur l'horreur du conflit plus que sur sa dimension militaire ou geostratégique.

FRANCE: L'étude de la période se fait en trois étapes. En primaire, les élèves doivent mémoriser la bataille emblématique de Verdun en 1916, le rôle de Clémenceau et l'Armistice du 11 novembre 1918. Au collège, ils étudient ensuite l'extrême violence de la guerre et la nouvelle carte de l'Europe qu'elle dessine. Enfin, au lycée, les programmes se concentrent essentiellement sur l'expérience des combattants dans les tranchées. "On regrette que les causes du conflit ne soient pas plus abordées à ce moment-là", souligne Hubert Tison, secrétaire général de l'association des professeurs d'histoire-géographie (APHG).

GRANDE-BRETAGNE: Le conflit est étudié de manière globale, et plutôt présenté comme un désastre humain. Les Britanniques mettent notamment l'accent sur la bataille de la Somme en 1916, la plus meutrière du conflit, dans laquelle ils ont perdu plus de 200.000 hommes pour un gain territorial et stratégique insignifiant. Comme en France, une importance particulière est accordée aux conditions de vie dans les tranchées. "Certains historiens estiment qu'on s'attarde un peu trop là-dessus et qu'on en oublie la victoire militaire", raconte Matthew Tomlinson, professeur d'histoire au lycée international de Saint-Germain-en-Laye près de Paris.

ALLEMAGNE: L'enseignement diffère selon les régions, chaque Land déterminant lui-même son programme d'histoire. Mais l'étude de la Première guerre mondiale est la plupart du temps trés limitée, notamment parce que les Allemands ont été beaucoup plus marqués par le second conflit mondial. En outre, ils gardent une certaine distance avec l'Empire allemand de 1914, auquel ils ne s'identifient pas, explique Rainer Bendick, enseignant à Osnabrück (Basse-Saxe). Selon lui, la Grande Guerre est le plus souvent présentée comme "l'aboutissement de l'impérialisme du 19e siècle, sans que la guerre en tant que telle, les combats et les destructions, soient thématisés".

RUSSIE: Le président Vladimir Poutine a récemment affirmé son intention de redonner toute sa place au souvenir d'un conflit "injustement oublié" selon lui durant 70 ans par le régime soviétique, qui avait accepté le désastreux traité de Brest-Litovsk et préférait mettre l'accent sur la révolution de 1917 et la victoire de 1945 contre l'Allemagne nazie. Du coup, elle reprend de l'importance dans les manuels scolaires d'aujourd'hui, avec une tonalité nationaliste. "L'idée générale est que nous nous sommes battus de toutes nos forces, tandis que les alliés ont profité de la Russie" sans la soutenir, explique l'historien Alexandre Choubine. La guerre est ainsi présentée comme une des causes principales de la Révolution russe "car elle avait épuisé les forces de l'Empire et a prouvé l'inconsistance du régime tsariste".

ITALIE: La Grande Guerre n'occupe pas une place centrale dans les programmes, indique Pierre Kerleroux, ancien professeur d'histoire et membre de l'APHG. A l'instar de la France et de la Grande-Bretagne, "la tendance, depuis quelques années, est d'insister sur la vie au front et les souffrances des soldats plus que sur les aspects stratégiques et politiques", explique-t-il. L'enseignement fait aussi le lien entre ce conflit et la naissance du fascisme et la Deuxième Guerre mondiale, qui a davantage ébranlé le pays.

ETATS-UNIS: En l'absence de programme national d'histoire, la place de ce conflit dans l'enseignement -lorsqu'il est étudié- dépend du professeur. "S'il est patriote, explique Johan Seeman, professeur d'histoire à l'American School of Paris, il ne s'intéressera qu'à la manière dont la Première Guerre mondiale a affecté les Etats-Unis", qui sont entrés tardivement en guerre en 1917 et ont subi peu de pertes en comparaison des autres belligérants. "Mais certains enseignants sont plus ouverts", et offrent une vision plus large, ajoute-t-il.

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