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Guantanamo: deux ex-détenus réclament d'entendre à Paris un ancien commandant

26/02/2014 04:44 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Deux anciens détenus de Guantanamo ont demandé mercredi à une juge d'instruction française de faire témoigner un ancien commandant américain de la prison sur les actes de torture et les humiliations qu'ils disent avoir subi pendant leur détention, a-t-on appris auprès de leur défense.

Nizar Sassi et Mourad Benchellali, tous deux incarcérés à Kandahar, en Afghanistan, puis sur la base américaine de Guantanamo à Cuba, de fin 2001 à 2004 et 2005, vivent désormais en France, où ils ont porté plainte avec leur compatriote Khaled Ben Mustapha pour mauvais traitements dans la prison américaine.

Saisie de ces plaintes, la juge d'instruction Sophie Clément, qui a ouvert une enquête pour torture et actes de barbarie, avait demandé en janvier 2012 de pouvoir se rendre à Guantanamo, d'entendre toutes les personnes ayant été en contact avec les Français lorsqu'ils étaient prisonniers et d'avoir accès aux documents relatifs à leurs conditions d'arrestation et de détention.

Le Centre pour les droits constitutionnels (CCR), basé à New York, qui soutient les deux hommes, a annoncé, dans un communiqué, avoir soumis un rapport à la juge d'instruction sur le rôle de Geoffrey Miller, ancien commandant de Guantanamo aujourd'hui à la retraite, dans le programme de torture au sein de cette prison militaire.

Dans ce rapport, dont l'AFP a obtenu une copie, le CCR ainsi que le Centre européen pour les droits de l'homme et constitutionnels (ECCHR) détaillent les mauvais traitements commis sur les prisonniers de Guantanamo de 2002 à 2004 et la "responsabilité pénale individuelle de Geoffrey Miller dans les crimes de guerre et les actes de torture infligés aux détenus incarcérés par les Etats-Unis à Guantanamo et en Irak", dans la prison d'Abou Ghraib.

"Que de hauts responsables américains, responsables présumés de tortures, continuent de jouir d'une impunité aux Etats-Unis est une tache dans le système judiciaire américain", a déclaré Katherine Gallagher, avocate au CCR, espérant que Miller puisse en rendre compte en France, "un pays qui souhaite enquêter sur la torture" à Guantanamo.

William Bourdon, l'avocat français de MM. Benchellali et Sassi, déplore dans le même communiqué, que "malgré les promesses, Guantanamo n'a toujours pas fermé". "Considérant les relations étroites entre la France et les Etats-Unis, Washington ne doit pas empêcher le témoignage de Geoffrey Miller: il a beaucoup à dire".

chv/are

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