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Commission Charbonneau:Rambo admet des discussions «viriles» mais pas de menaces

26/02/2014 10:57 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Bernard «Rambo» Gauthier admet hausser le ton envers les employeurs qui ne veulent pas adopter ses façons de faire sur la Côte-Nord, mais assure qu'il s'est assagi, au fil des ans, et qu'il a même déjà calmé des manifestants enflammés, et ce, à la demande même d'une municipalité.

«Moi, là, dire à quelqu'un que c'est un plein de marde quand c'en est un, ça me fait du bien. Ça m'enlève le goût d'y allonger ma main sur la gueule. Je vous l'ai dit: j'avais comme pas d'allure avant, j'étais agressif et impulsif. Mais il y en a qui sont vraiment... qui ne veulent rien savoir, et on dirait qu'il fait l'imbécile devant toi. Lui aussi parle fort des fois, il crie. Le ton monte. Il me semble que d'avoir le privilège d'y dire le fond de ta pensée, ça enlève un peu d'adrénaline», a expliqué M. Gauthier, mercredi, devant la Commission Charbonneau.

Encore une fois, le représentant de la section locale des opérateurs de machinerie lourde, affiliée à la FTQ-Construction, a nié avoir souvent fait de l'intimidation depuis qu'il est représentant syndical. Tout dépend de comment on définit l'intimidation. «L'intimidation, elle débute où et s'arrête où?»

Il n'a admis qu'un seul épisode d'intimidation, lorsque la commission lui a fait écouter une conversation téléphonique enregistrée par le représentant d'un employeur, à son insu. Il y disait à son interlocuteur: «jusqu'au moment que je te rencontre, t'es mieux de fermer ta calisse de gueule. Parce que tu vas voir que Rambo, dès qu'il te crisse ça dans les dents, là, tu ne la trouveras pas drôle.»

Dès que le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, a annoncé qu'il allait faire entendre cet enregistrement, M. Gauthier l'a interrompu: «pas obligé de le passer, c'est de l'intimidation», a-t-il admis.

Il a ainsi fait valoir que dans la construction, «c'est viril», le ton monte parfois, et les entrepreneurs aussi montent le ton. Donc quand un entrepreneur refuse de respecter sa définition très stricte des juridictions de métiers, où chacun ne doit faire que sa tâche, et pas celle des autres métiers, il se rebiffe pour défendre ses opérateurs de machinerie.

«Ça brasse. Ça ne brasse pas physiquement, là, mais je hausse le ton, et je me fais entendre. J'argumente mes arguments et s'il ne veut rien savoir, un moment donné ça peut arriver que je lève le ton. C'est arrivé souvent, surtout dans mes débuts», a-t-il admis.

La juge France Charbonneau lui a lancé qu'il était un peu l'artisan de sa réputation de brute.

«C'est ironique, parce qu'avant, je n'étais pas du monde; j'étais agressif, j'étais impulsif. Et je n'avais pas de classe. Et j'avais la paix dans ce temps-là. Puis à partir du moment où j'ai décidé de faire un homme de moi et de faire de quoi avec ma peau, de m'améliorer, et bien là, on dirait que tout me tombe dessus», a-t-il protesté.

Il a admis que son «patron» syndical, Bernard Girard, directeur pour tout le Québec de la section locale des opérateurs de machinerie lourde, l'a même averti à quelques reprises de se calmer, lui reprochant son agressivité.

Mais il n'a jamais été sanctionné ou suspendu, par exemple.

Me Tremblay a eu beau énumérer les exemples de menaces ou d'intimidation que d'autres ouvriers ont attribuées à Bernard Rambo Gauthier, il a toujours atténué son rôle dans ces incidents.

Par exemple, dans le cas de Normand Pedneault, qui s'était mis à pleurer devant la commission en racontant que ses frères avaient été molestés et qu'un groupe d'une quarantaine d'hommes avaient assiégé son chantier, il a rappelé qu'il n'était même pas là _ ce que M. Pedneault avait confirmé.

Il a assuré avoir aussi joué un rôle de pacificateur à l'occasion.

Ainsi, il a relaté une manifestation survenue à Havre-Saint-Pierre, au chantier CRT Hamel Construction, où même des conseillers de la municipalité lui auraient demandé d'intervenir pour calmer des gens, à lui et à son pendant à la section locale des manoeuvres, Michel Bezeau, aussi de la FTQ-Construction.

Des «Cayens» _ le surnom des gens de Havre-Saint-Pierre _ étaient «en feu», comme des «guerriers», a décrit M. Gauthier, parce qu'ils voulaient travailler à ce chantier fédéral sur un quai.

M. Gauthier affirme qu'il a réussi à calmer les gens en leur montrant qu'ils n'avaient pas les compétences pour effectuer les tâches prescrites. Il a convaincu l'employeur de laisser tomber sa plainte en lui demandant si ça lui tenterait de «se faire traiter de plein de marde» pendant des années dans la communauté.

Drogue

Il a confirmé la présence de drogue aux chantiers de La Romaine, mais pas plus que dans d'autres chantiers hydroélectriques auxquels il a travaillé.

Spontanément, sans que la question lui soit posée, il a relaté avoir reçu au début du présent hiver la visite d'un homme qui lui aurait adressé un message venant du crime organisé concernant la vente de drogue sur les chantiers. Il n'a pas nommé l'homme, qu'il connaît par ailleurs. «Il m'a dit en haut là-bas, tu sais qu'il y a des règles à suivre», a rapporté M. Gauthier.

«Des règles de quoi?» lui a demandé M. Gauthier.

«Tu ne le sais pas?», lui a lancé l'homme.

«Non, je ne le sais pas», lui a-t-il répondu, en ajoutant: «prends mon numéro et dis à la personne qui t'a envoyé ici _ avec une couple de sacres _ qu'il m'appelle. Je veux savoir ce qui se passe.» Mais il n'en a pas eu d'autres nouvelles.

Le commissaire Renaud Lachance lui a souligné que ce message voulait dire que le crime organisé devait penser qu'il avait quelque chose à voir dans la vente de drogue aux chantiers. M. Gauthier a répondu que l'image que les médias avaient donnée de lui n'était guère reluisante.

Il poursuit son témoignage jeudi.

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