Commission Charbonneau: Bernard Gauthier admet avoir fait de l'intimidation

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BERNARD GAUTHIER
Agence QMI

Le syndicaliste Bernard « Rambo » Gauthier a finalement admis à la commission Charbonneau qu'il avait intimidé un contremaître de la firme Équipements Nordiques au début de 2009, dans le cadre des travaux pour la centrale hydroélectrique La Romaine.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Le représentant du local 791 des opérateurs de machinerie lourde pour la Côte-Nord, qui avait pourtant affirmé hier qu'il n'avait « jamais intimidé personne », a dû faire volte-face lorsqu'il a été confronté à une écoute électronique déjà diffusée par l'émission Enquête en mars 2010.

« Moi, si je serais toi, je mettrais une équipe à surveiller mes arrières en ostie », peut-on l'entendre dire au contremaître Sylvain Boissonneault.

« Jusqu'au moment que je te rencontre, t'es mieux de la fermer, ta câlisse de gueule, j'arrive dans le coin. Tu vas voir, ''Rambo'', mets qui t'en crisse une dans les dents, t'a trouveras pas drôle. » — Bernard Gauthier, extrait d'écoute électronique, Enquête

« C'est de l'intimidation. Pas besoin de le passer. C'est de l'intimidation », a admis Bernard Gauthier, avant même que le procureur Simon Tremblay ne lui présente l'écoute électronique.

Le syndicaliste a soutenu qu'un opérateur de pelle l'avait appelé au préalable pour lui dire que ce contremaître aurait menacé de le « tirer ». « Quand je l'ai appelé, j'ai argumenté un peu avec, mais ils ont passé le bout qui était attrayant pour les médias. Mais j'ai discuté avec avant », a dit Bernard Gauthier pour relativiser le tout.

« Je trouve ça bizarre », a-t-il ajouté. « Pourquoi m'enregistrer? [...] Si j'appelle quelqu'un, je pense pas qu'y va m'enregistrer. Ça ressemble à une arnaque, un frame-up ».

« C'est à peu près dans les mêmes temps que l'émission Enquête a débarqué au Havre-Saint-Pierre. Je veux pas insinuer rien... », a-t-il conclu à ce sujet.

Discussions viriles entre hommes...

Bernard Gauthier avait reconnu peu avant qu'il pouvait hausser le ton, voire « engueuler » des entrepreneurs de l'extérieur de la région ou leurs représentants, lorsqu'ils bafouaient la convention collective, mais s'était défendu qu'il s'agissait d'intimidation, parlant plutôt de « discussions viriles ».

« Dire à quelqu'un que c'est un plein de marde quand c'en est un, ça fait du bien! » — Bernard Gauthier

« L'intimidation elle débute où, elle arrête où? », a-t-il plaidé, faisant valoir qu'à ce chapitre, les employeurs et leurs surintendants ne cèdent pas leur place : « Ça va d'un bord autant que l'autre, c'est pas plus d'un bord que de l'autre ».

La commission a d'ailleurs fait ressortir qu'il a lui-même porté plainte pour menaces et intimidation à la sécurité industrielle d'Hydro-Québec contre un surintendant. M. Gauthier a expliqué qu'il voulait en fait répliquer aux plaintes déposées contre lui, et non parce qu'il y voyait, dans le fond, autre chose qu'une autre manifestation de virilité.

M. Gauthier a d'ailleurs admis que son supérieur immédiat, le directeur général du local 791, Bernard Girard, l'avait rencontré dans ses premières années pour discuter de son « agressivité ».

« Ça faisait peur, je comprends, c'est normal », a soutenu le syndicaliste.

M. Gauthier croit cependant que Bernard Girard ne savait pas qu'il organisait des arrêts de travail illégaux pour faire pression sur les employeurs, comme celui du 1er juin 2011 sur le chantier de La Romaine.

Par contre, il savait probablement qu'il jouait un rôle dans l'action des comités de chômeurs, connus pour tenir des manifestations sur des chantiers pour convaincre des employeurs des bienfaits de l'embauche locale, ou encore qu'il connaissait son approche « virile » des relations patronales-syndicales.

Mais jamais il n'a été sanctionné par la FTQ-Construction pour quoi que ce soit.

Un acte illégal, mais légitime, soutient Gauthier

Bernard Gauthier admet avoir été derrière la manifestation du 25 novembre 2009 aux bureaux de l'entreprise FGL à La Romaine. L'épisode avait été décrit devant la commission par son directeur des opérations Pierre Laprise, qui expliquait avoir été encerclé par quelque 150 travailleurs, menaçants, à son arrivée au chantier.

Le représentant du local 791, qui a d'ailleurs plaidé coupable pour son rôle dans ce ralentissement de travail, défend cependant la légitimité de son geste. Il estime en fait que son action a permis de désamorcer une situation explosive.

M. Gauthier a expliqué que dans la foulée du congédiement d'un opérateur par M. Laprise, de nombreux travailleurs, qui s'estimaient peu respectés par ce dernier, étaient alors prêts à faire éclater leur colère.

« On sentait que ça allait mal finir », a fait valoir M. Gauthier, qui a estimé plus judicieux de canaliser leur colère en organisant cette fameuse manifestation. Les travailleurs mécontents pourraient alors « le rencontrer et lui dire ses quatre vérités ».

« J'aimais mieux essayer de structurer le coup que de les laisser aller, pis mettre du monde dans la marde, peut-être se ramasser en prison », s'est défendu M. Gauthier devant la commission : « J'ai peut être sauvé une couple de coups ».

« On a pris 15 minutes pour régler un problème qui était appelé à exploser. Je trouvais que c'était pertinent et utile. » — Bernard Gauthier

Savard contre Gauthier

Bernard Gauthier reconnaît être débarqué sur le chantier de Rock Savard, un entrepreneur du Saguenay, à l'automne 2005, pour placer des travailleurs de la Côte-Nord, mais estime que si la situation a quelque peu dégénéré, la faute lui revient. M. Savard, lui, estime avoir été contraint d'acheter la paix.

M. Gauthier n'a en fait pas accepté que ce dernier, selon lui, ait refusé net d'embaucher des travailleurs locaux, sous prétexte qu'il avait « tout son monde ». Devant la commission cependant, ce dernier avait soutenu qu'avant même sont arrivée sur la Côte-Nord, c'était son intention d'embaucher localement, une fois le chantier démarré.

Mais pour l'essentiel, la version de M. Gauthier corrobore celle de M. Savard, soit qu'une cinquantaine de travailleurs d'un de ces fameux comités de chômeurs ont alors déboulé sur le chantier et agi de façon intimidante pour le convaincre d'embaucher des personnes de la région.

M. Gauthier, au courant de la manoeuvre, s'est par la suite interposé entre les manifestants et M. Savard à la suite d'un appel à l'aide de ce dernier.

Il se félicite de l'avoir alors convaincu, en compagnie du représentant du local AMI Michel Bezeau, d'embaucher 17 travailleurs de Forestville.

Il admet que les manifestants étaient « en feu » et que plusieurs avaient un physique plutôt impressionnant. Mais il soutient qui leur avait bien dit, avant qu'il ne se rendent sur le chantier : « attention, je veux pas de menaces ni de coups ».

Il relègue par ailleurs au niveau de mythe l'existence ''d'équipes de baseball'' qui serviraient de gros bras pour le local 791 sur la Cote-Nord.

Retour sur un événement dramatique

Bernard Gauthier a aussi été interrogé en après-midi sur l'intimidation qu'auraient subie deux frères de l'entrepreneur Normand Pedneault, entendu la semaine dernière par la commission.

Il n'a pu en dire grand-chose cependant, puisqu'il assure qu'il n'était pas présent lors de l'événement, qui a eu lieu sur un chantier de l'enteprise à Longue-Rive.

Le syndicaliste s'est borné à dire qu'il avait compris que les frères de l'entrepreneur, lors d'une manifestation, se sont faits « payer la traite » par des manoeuvres qui les ont notamment « ramassés dans le mur ».

Depuis deux semaines, plusieurs témoins ont décrié sa propension à recourir à l'intimidation ou au harcèlement. Hier, il a imputé les tensions actuelles aux règles de mobilité provinciale de la main-d'œuvre.

« Si vous ne voulez plus d'intimidation, plus de cochonneries, plus de chicanes dans nos régions, va falloir encadrer, définir la mobilité provinciale », a-t-il dit. « Si la mobilité provinciale est définie par un ratio, t'as plus besoin d'aller te chicaner », a-t-il ajouté.

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