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Colère ou résignation sur l'île du Giglio au retour du capitaine Schettino

26/02/2014 08:23 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Excédés ou résignés, les habitants du Giglio ont accueilli mercredi le retour de Francesco Schettino, commandant du Costa Concordia, plus de deux ans après le naufrage qui a fait 32 morts et défiguré la petite île toscane.

Arrivé mardi soir par le dernier ferry qui relie le port de Santo Stefano à l'île, afin d'assister jeudi à une visite d'inspection du navire, le capitaine a été capté par la chaîne de télévision publique Rai 2, le regard perdu sur l'épave.

"J'ai toujours dit que je ne me déroberais pas.... pour donner dignité aux vivants, honorer les morts, pour l'établissement de la vérité et pour l'honneur de tous les capitaines italiens", a déclaré celui que certains médias ont surnommé le "capitaine poltron".

Francesco Schettino est poursuivi pour homicides multiples par imprudence, abandon de navire et dégâts causés à l'environnement.

"Le bateau, je ne l'ai pas abandonné, laissez-moi cinq minutes en paix", a lancé le commandant au journaliste qui le pressait de questions.

"Il doit ressentir quelque chose à l'intérieur de lui, avec tous les morts qu'il y a eu, c'est très triste", commente pour l'AFP Franco Caverno, 68 ans, employé d'une compagnie de ferry. "J'espère qu'il va bientôt partir. Lui et le navire".

La vie de l'île, joyau de l'archipel toscan qui attirait de nombreux touristes l'été, a été bouleversée cette nuit du 13 janvier 2012. La population s'était mobilisée pour secourir les 4.229 touristes et membres d'équipages après le naufrage. Le paquebot avait heurté un rocher en s'approchant trop près des côtes pour respecter la tradition de l'inchino (la révérence) où le bateau passe tout illuminé.

"Il y a eu des erreurs, ce n'est pas seulement lui (le commandant), il y a d'autres responsabilités", estime Franco Caverno.

Depuis, des milliers de techniciens se sont succédé sur l'île, notamment pour l'extraordinaire opération de redressement du mastodonte de 114.000 tonnes en septembre dernier, une première mondiale, prélude à son départ définitif, aujourd'hui prévu en juin.

"Maintenant les gens de l'île se sont fait une raison, ils se sont résignés après deux ans", affirme un pêcheur de 70 ans, Giuseppe De Politi, à qui la visite du commandant ne fait plus "ni chaud ni froid".

Le pêcheur exprime presque de la compassion: "J'ai entendu à la télévision qu'il s'était ému et j'imagine bien. Voir cette épave ici, cette énorme coquille vide réduite à si peu de chose, ça fait un drôle d'effet, pour un commandant de navire, c'est sûr... ça doit être très triste".

Depuis son arrivée sur l'île, Schettino reste caché des regards des habitants. "On ne l'a pas vu dans le coin", témoigne l'un d'entre eux.

Jeudi toutefois, il remontera sur le bateau afin d'assister à une visite d'inspection d'experts. Autorisé à monter "comme accusé et non comme consultant", il pourra "être présent mais pas intervenir", a décidé le juge, Giovanni Puliatti.

Pour l'avocat de passagers italiens, Michelina Suriano, "c'est le 13 janvier 2012 que Schettino aurait dû remonter à bord, quand des personnes devaient être sauvées, et non abandonnées". "Aujourd'hui, pour revoir un générateur diesel et un ascenseur, ça n'a aucun sens".

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