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Cameron choie Merkel, dans l'espoir qu'elle soutiendra sa réforme de l'UE

26/02/2014 04:22 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Entretien au 10 Downing street, discours au Parlement, audience auprès de la reine : Angela Merkel sera reçue avec force honneurs jeudi à Londres par David Cameron, qui escompte en retour un soutien à ses projets de réformes de l'UE.

Le Premier ministre britannique va dérouler pour la chancelière allemande "un tapis plus rouge que rouge", s'est emballé un haut-fonctionnaire dont la formule a fait florès dans les médias.

De tels égards sont partiellement dus au fait que Mme Merkel s'est montrée a priori arrangeante, en tout cas davantage que le président français François Hollande, face aux velléités réformatrices de M. Cameron.

Ce dernier -- poussé par les eurosceptiques dans son camp et aiguillonné par la montée en puissance du parti populiste et europhobe UKIP à l'approche des élections européennes -- s'est engagé à rapatrier nombre de prérogatives abandonnées dans le passé à Bruxelles, et "à améliorer le fonctionnement de l'Union européenne".

Il entend ensuite demander par référendum aux Britanniques s'ils souhaitent -- ou non -- rester dans l'UE réformée, en 2017.

Face à un tel projet, Mme Merkel se déclarait, en janvier 2013, prudemment "prête à discuter des souhaits britanniques". Pour ajouter cependant aussitôt : "mais nous ne devons pas perdre de vue que d'autres pays ont aussi des souhaits et que nous devons in fine trouver un compromis équilibré".

Sept mois plus tard, en août, elle ravissait Londres avec cette remarque. "On discute de nouvelles compétences pour l'Europe, mais on peut aussi se demander : est-ce qu'on devrait en restituer certaines?" aux gouvernements nationaux. Résultat, le chef de la diplomatie britannique William Hague a assuré juste avant la visite : "Nos relations avec l'Allemagne sont très importantes, nos relations avec Angela Merkel sont très bonnes, et nous voulons ensemble nous assurer que l'Europe soit plus compétitive, plus flexible et plus respectueuse de la démocratie qu'elle ne l'est aujourd'hui".

- La place de Londres est dans l'UE -

"Nous souhaitons une Grande-Bretagne forte et active dans l'Union européenne", a pour sa part réaffirmé le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert.

"Berlin veut conserver la Grande-Bretagne dans l'UE mais pas à n'importe quel prix" précise Almut Möller, experte au Conseil allemand des relations internationales (DGAP), un centre de réflexion berlinois.

"Les Allemands n'ont naturellement aucun intérêt à perdre les Britanniques, un partenaire inconfortable mais important, car ouvert sur le monde, défenseur du libre échange, et engagé sur les questions de sécurité", selon elle. "Ce dont Cameron a besoin, ce sont des partenaires européens prêts à discuter avec lui d'une +appartenance light+" au club des 28.

Pour autant, quand on lui demande ce que Cameron peut obtenir de Merkel, Simon Hix, professeur à la London School of Economics répond à l'AFP: "Pas grand chose".

La priorité de Mme Merkel est "de réparer l'euro". Par ailleurs, elle "n'a pas les coudées franches au sein de la grande coalition à Berlin", avec les sociaux démocrates du SPD "qui tendent à considérer que Cameron s'exprime au nom des intérêts bancaires britanniques".

Toute concession, qu'il s'agisse d'un feu vert en vue de dérogations dans la sphère sociale ou de garanties pour les pays non-membres de la zone euro sont bonnes à prendre pour David Cameron, relèvent les experts.

Et jeudi, le 10 Downing street sera tenté de voir le verre à moitié plein, lorsque Angela Merkel s'exprimera au côté de David Cameron lors d'une conférence de presse conjointe. Et avant cela devant les députés et Lords réunis dans la Galerie royale du palais de Westminster.

Le président Richard von Weizsäcker s'était adressé en 1986 aux représentants des deux chambres parlementaires, mais c'est la première fois qu'un tel honneur est dévolu au chef du gouvernement.

Elle se rendra à l'heure du thé au palais de Buckingham.

Feignant d'ignorer la différence de format diplomatique entre cette visite et le récent sommet franco-britannique, les médias britanniques n'ont pas manqué de relever que le mois dernier, François Hollande avait dû se contenter d'une invitation au pub.

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