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A tous âges, la classe moyenne dans la rue à Caracas contre l'insécurité et les pénuries

26/02/2014 05:37 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Adriana, avocate, frappe sur une casserole. Andres, étudiant, bloque une rue de Caracas avec des poubelles, des pneus, des ferrailles. A l'instar de milliers de Vénézuéliens de tous âges, ils protestent contre les pénuries, la violence et l'inflation.

Adriana Diaz, 48 ans, est sortie de chez elle dès 06H00 mardi matin, avec ses deux enfants, pour rejoindre une barricade de fortune érigée dans un quartier de la classe moyenne de la capitale.

"Je manifeste mon mécontentement parce que nous n'avons pas de produits de base, nous faisons des heures de queue pour acheter et surtout, mes enfants ne sont pas en sécurité", énumère-t-elle interrogée par l'AFP, tout en invitant ses voisins à la rejoindre en frappant sur sa casserole.

Depuis le 4 février, après la tentative de viol d'une étudiante sur le campus de San Cristobal (ouest), des milliers d'étudiants ont commencé à se mobiliser contre une insécurité endémique dans ce riche pays pétrolier qui affiche le plus fort taux d'homicide de la région (39 pour 100.000 habitants en 2013, selon les chiffres du gouvernement, 79 selon une ONG locale spécialiste de la question).

A mesure que la mobilisation, soutenue par l'opposition au gouvernement du président socialiste Nicolas Maduro, s'étendait à tout le pays, le champ des revendications s'est élargi, pour porter également sur la mauvaise situation économique.

- "Mécontentement général" -

Véhémente, Adriana, qui fait partie des radicaux de l'opposition exigeant le départ du président Maduro, assure que ce mouvement social et étudiant reflète "la frustration et le mécontentement général".

Avec 29 millions d'habitants, le Venezuela dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde, mais pâtit d'une inflation de plus de 56% et de pénuries récurrentes, notamment de produits alimentaires ou d'hygiène corporelle, provoquant de longues files d'attente dans les supermarchés.

Dans une scène quasiment similaire, à Los Naranjos, un quartier un peu plus huppé de Caracas, Andrés Contreras et ses voisins sont mobilisés depuis 05H00, bloquant une avenue avec des détritus. Il brandit une pancarte : "Parce que ta lutte est aussi la mienne".

"Nous voulons que tous nos voisins se rendent compte de ce qui se passe (...) Il y a beaucoup de problèmes dont nous souffrons tous les jours, pas seulement pour trouver de la nourriture, (mais aussi) l'insécurité dans les rues et la répression brutale contre les étudiants" dans les manifestations, dénonce ce jeune homme de 23 ans.

Bien que les mobilisations à Caracas se concentrent dans les zones aisées tenues par l'opposition, Adriana et Andrés affirment que "les pauvres aussi souffrent", eux qui forment la base électorale du système chaviste en place depuis 1999.

L'idée qu'il s'agisse d'un mouvement d'enfants riches est aussi contestée par Sofia Romero, 19 ans, qui manifeste dans un troisième point de la ville.

"Il ne s'agit pas seulement d'une classe sociale, c'est un problème pour tout le Venezuela, parce que l'insécurité et les pénuries nous affectent tous", explique la jeune femme, ceinte du drapeau vénézuélien.

- "Un pays incroyable" -

La principale figure de l'opposition, le gouverneur Henrique Capriles, qui a réuni plus de 50.000 personnes samedi dans les rues de la capitale, en plus de défilés en province, a insisté cette semaine sur le fait qu'il était "absolument nécessaire pour (obtenir) un changement au Venezuela d'intégrer le peuple des quartiers" populaires aux protestations.

A côté d'une automobile calcinée, d'un vieux fauteuil et de déchets amoncelés en barricade, dans le luxueux quartier de Los Samanes, le retraité Marcos Martinez considère que l'appel de M. Capriles est un voeu pieux car même si "ce gouvernement n'a aucun soutien dans les zones résidentielles, dans la classe moyenne, le peuple en général le soutient".

"Les pénuries sont une calamité, à cause du gouvernement, parce qu'il a étouffé l'industrie, il ne donne pas de dollars, depuis des années, ici, il y des tas de choses qu'on ne produit plus", peste pour sa part Beatriz Nuñez, 75 ans.

Depuis 2003, l'économie vénézuélienne, quasiment exclusivement importatrice, est sous le coup d'un contrôle des changes limitant fortement l'accès aux devises étrangères pour les entreprises, ce qui selon de nombreux observateurs alimente les pénuries.

"C'est difficile, ce que nous vivons, et ça rend triste, parce que le Venezuela est un pays incroyable", lâche les yeux pleins de larmes Blanca Simon, en franchissant au volant de sa voiture la barricade bricolée par Andrés.

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