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Turquie: une écoute téléphonique met Erdogan au coeur du scandale de corruption

25/02/2014 04:49 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'est retrouvé mardi au coeur du scandale de corruption qui éclabousse son régime après la diffusion d'un enregistrement téléphonique compromettant, dénoncé comme un faux, qui a suscité l'ire de l'opposition .

Largement diffusée lundi soir sur internet, cette conversation, dont l'authenticité n'a pas été confirmée de source indépendante, a pour la première fois directement et personnellement mis en cause M. Erdogan, dont seuls des dizaines de proches l'avaient été jusque-là.

Dans l'enregistrement daté du 17 décembre, un homme présenté comme le Premier ministre conseille à un autre, décrit comme son fils aîné Bilal, déjà entendu comme témoin par les procureurs en charge de l'enquête anticorruption, de se débarrasser d'environ 30 millions d'euros, quelques heures seulement après un coup de filet de la police visant des dizaines de proches du régime.

"Fils, ce que je veux te dire, c'est de faire sortir tout ce que tu as chez toi, d'accord ?", dit la voix présentée comme celle de M. Erdogan. "Qu'est-ce que je peux avoir chez moi ? Il n'y que l'argent qui t'appartient", lui répond son interlocuteur.

Sitôt diffusée, cette écoute téléphonique, énième d'une série qui décrivait jusque-là les pressions directes de M. Erdogan auprès des médias, a enflammé les réseaux sociaux et contraint le gouvernement à un démenti immédiat, pour la première fois.

"Ces enregistrements (...) sont le produit d'un montage immoral et totalement faux", a réagi le cabinet de chef du gouvernement dans un communiqué. "Ceux qui sont à l'origine de ce sale montage visant le Premier ministre de la république de Turquie en seront tenus pour responsables devant la justice", a-t-il ajouté.

Selon la presse turque, M. Erdogan s'est entretenu en urgence lundi soir avec le vice-Premier ministre Besir Atalay, son collègue de l'Intérieur Ekfan Ala et le chef de l'agence turque de renseignement (MIT), son homme de confiance Hakan Fidan.

L'opposition, qui dénonce depuis des semaines la corruption du régime islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, s'est elle aussi réunie au coeur de la nuit et a exigé le départ "immédiat" du Premier ministre.

- "La fin est toute proche" -

"Le gouvernement doit immédiatement démissionner, il a perdu toute légitimité", a lancé devant la presse Haluk Koç, vice-président de la principale force d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), "la Turquie ne peut pas continuer sur cette voie".

Le chef du Parti de l'action nationaliste (MHP) Devlet Bahçeli lui a emboîté le pas en annonçant que "la fin absolue et certaine pour M. Erdogan est toute proche". "La justice doit immédiatement lancer une enquête", a-t-il insisté.

M. Erdogan devait s'adresser à la mi-journée à ses députés lors de sa harangue hebdomadaire au Parlement.

Coïncidence ou pas, la publication de ces enregistrements est intervenue quelques heures après les révélations de deux journaux proches du régime accusant des magistrats proches de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen d'avoir mis sur écoute des milliers de personnes, dont M. Erdogan.

Depuis des semaines, le Premier ministre ne cesse d'accuser l'influente organisation de M. Gülen, qui fut longtemps son allié, d'instrumentaliser les enquêtes anticorruption en cours dans le cadre d'un complot visant à la déstabiliser avant les élections municipales de mars et présidentielle d'août.

Pour reprendre en main la situation, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan, fortement majoritaire à l'assemblée, a mené des purges sans précédent dans la police et la justice et fait voter des lois controversées qui durcissent le contrôle de l'internet et renforcent l'emprise du pouvoir sur la justice.

Un autre texte contesté a été déposé pour élargir les pouvoirs du MIT. Il doit être voté d'ici la fin de la semaine.

Ce nouvel épisode de la crise politique qui agite la Turquie a été immédiatement sanctionné par les marchés financiers. A 9h30 GMT, la livre turque (LT) chutait à 2,2125 LT pour un dollar et à 3,0441 LT pour un euro, alors que le principal indice de la bourse d'Istanbul cédait 2,75% à 62.420,18 points.

BA/pa/ros

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