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Turquie: mis à mal par une écoute téléphonique, Erdogan dénonce à nouveau un complot

25/02/2014 12:37 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a vigoureusement riposté mardi à la diffusion d'une conversation téléphonique compromettante le plaçant au coeur du scandale de corruption qui agite le pays en dénonçant une "attaque haineuse".

Diffusé lundi soir sur internet, cet enregistrement, dont l'authenticité n'a pas été confirmée de source indépendante, a pour la première fois personnellement mis en cause M. Erdogan, précipitant les appels de l'opposition à sa démission.

Lors de sa harangue hebdomadaire devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP), le chef du gouvernement a qualifié la conversation publiée sur YouTube de "montage indécent" et d'"attaque haineuse".

"Jamais nous ne cèderons (...) seul le peuple peut décider de nous renvoyer et personne d'autre", a-t-il martelé en renvoyant tous ses critiques aux élections municipales du 30 mars prochain.

Sans surprise, M. Erdogan a une nouvelle fois accusé la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, longtemps son allié, d'avoir orchestré cette nouvelle attaque en "mettant en scène une pièce (de théâtre) immorale".

Depuis des semaines, le Premier ministre reproche à l'organisation de M. Gülen, très influente dans la police et la justice, d'avoir mis en place un "Etat parallèle" et de manipuler les enquêtes anticorruption qui menacent son gouvernement pour le déstabiliser avant les municipales et la présidentielle prévue en août 2014.

Dans l'enregistrement publié lundi soir, un homme, présenté comme M. Erdogan, conseille à un autre, qui serait son fils Bilal, de se débarrasser rapidement de 30 millions d'euros. Ce coup de fil aurait eu lieu quelques heures après l'arrestation, le 17 décembre, de dizaines de proches du régime soupçonnés de corruption.

"Fils, ce que je veux te dire, c'est de faire sortir tout ce que tu as chez toi, d'accord ?", dit la voix présentée comme celle de M. Erdogan. "Qu'est-ce que je peux avoir chez moi ? Il n'y que l'argent qui t'appartient", lui répond son interlocuteur.

Sitôt diffusée, cette écoute a enflammé les réseaux sociaux et l'opposition, qui pourfend la corruption du régime islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002.

- "Fuyez à l'étranger !" -

"Nous avons vérifié auprès de trois ou quatre sources différentes. Ces bandes sont aussi réelles que le mont Ararat", a lancé le chef du principal parti d'opposition, Kemal Kiliçdaroglu (Parti républicain du peuple, CHP). "Prenez un hélicoptère, fuyez à l'étranger ou démissionnez", a-t-il lancé à M. Erdogan.

Selon l'agence de presse Dogan, le parquet d'Ankara a immédiatement confié à la police une enquête sur l'origine de ces bandes.

Des bancs du Parlement, la contestation s'est propagée dans la rue où un millier d'étudiants de l'université technique du Moyen-Orient d'Ankara a perturbé l'inauguration, par le chef du gouvernement, d'un boulevard tracé au milieu des arbres de leur campus.

Des heurts les ont opposé aux forces de l'ordre, qui ont usé de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour les disperser, a constaté un photographe de l'AFP.

Coïncidence ou pas, la publication de ces enregistrements est intervenue quelques heures après les révélations de deux journaux proches du régime accusant des magistrats proches de M. Gülen d'avoir illégalement mis sur écoute des milliers de personnes, dont M. Erdogan et le chef de ses services secrets (MIT) Hakan Fidal.

Mis à mal par les accusations de corruption, le gouvernement a tenté de reprendre la main en engageant des purges sans précédent dans la police et la justice pour en exclure les proches de la confrérie. Il a aussi fait voter des lois controversées qui durcissent le contrôle de l'internet et renforcent l'emprise du pouvoir sur la justice.

Le quotidien Hürriyet a, par ailleurs, révélé mardi que la justice avait entendu cette semaine le sulfureux homme d'affaires saoudien Yasin al-Qadi, qui a figuré un temps sur la liste dressée par l'ONU des financiers du mouvement al-Qaïda.

Le mois dernier, la presse turque a publié des photos de M. al-Qadi avec Bilal Erdogan, lui aussi entendu par les procureurs chargés des investigations.

La publication des écoutes d'une conversation attribuée à M. Erdogan a été immédiatement sanctionnée par les marchés financiers. La bourse d'Istanbul a perdu 3,21% à 62.123,84 points et la livre turque a rechuté face à l'euro et au dollar.

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