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Charbonneau: Rambo admet avoir intimidé avant d'être représentant syndical

25/02/2014 12:31 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le représentant syndical des opérateurs de machinerie lourde sur la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier, a admis avoir déjà fait de l'intimidation, mais uniquement avant d'être représentant syndical, lorsqu'il était ouvrier au chômage et qu'il voulait travailler.

«Si vous ne voulez plus d'intimidation, plus de cochonneries et plus de chicanes dans nos régions, et bien il va falloir encadrer la mobilité provinciale», a-t-il lancé à la Commission Charbonneau, mardi, plaidant une fois de plus pour l'embauche de travailleurs de la Côte-Nord lorsque des entreprises y décrochent des contrats.

Il a carrément apparenté la mobilité interrégionale à «des excréments», parce que c'est elle, selon lui, qui prive les ouvriers de la Côte-Nord d'emplois dans leur région. Les employeurs des autres régions y arrivent avec leur main-d'oeuvre, qui quitte dès que la semaine de travail est terminée, et les chômeurs de la Côte-Nord restent frustrés.

«Vous, vous allez devoir comprendre que vous devez cesser d'intimider!», lui a lancé la juge France Charbonneau.

«Je m'excuse, madame la présidente, mais je n'ai pas intimidé personne. On n'a pas intimidé personne. Quand je suis arrivé, ça intimidait, et pas à peu près. Même avant que j'arrive représentant, j'intimidais sur les chantiers. J'en étais un travailleur qui se défendait. J'étais un chômeur et un bien-être social qui allait se chercher de l'ouvrage. Puis oui, j'ai manqué de classe, puis oui j'ai intimidé. Mais quand on est arrivé, on a voulu changer les choses», a plaidé M. Gauthier.

Il a admis l'existence de ce que certains entrepreneurs ont appelé «le comité des chômeurs», c'est-à-dire un regroupement d'ouvriers de tous les métiers de la construction, en chômage, qui débarquaient en groupe pour insister auprès d'un employeur d'une autre région pour qu'il embauche des ouvriers locaux.

Ces comités existaient avant qu'il devienne représentant syndical en 2003. Il les a structurés, a-t-il affirmé, afin d'éviter les débordements. Il a ainsi soutenu leur avoir interdit tout contact physique et toute menace envers les employeurs et avoir veillé à ce que des hommes de confiance colosses retiennent les chômeurs en colère.

Mais il a admis que lorsque le comité des chômeurs était lancé, il ne pouvait plus le retenir.

Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé si ce n'est pas à cause de ces abus, justement, que le gouvernement avait retiré aux organisations syndicales le droit de faire du placement de main-d'oeuvre.

M. Gauthier a admis qu'il y a eu des abus. Il a cité le cas des délégués de chantier qui ont placé des amis, des membres de la famille pas toujours compétents. Il a aussi cité le cas de travailleurs en chômage qui sont allés jusqu'à payer pour obtenir d'être placés par un représentant ou un délégué.

Mais il n'a pas voulu admettre que parmi ces abus, il y avait des agissements de sa part, comme le lui suggérait le commissaire Lachance. Il a plutôt attribué sa mauvaise réputation à des plaintes de la CSN, qui perdait des membres au profit de la FTQ-Construction.

Il a admis par contre avoir reçu «quatre ou cinq» offres de pot-de-vin de la part d'ouvriers qui voulaient qu'il les place _ souvent des ouvriers très âgés _ et d'un employeur, entre 2003 et 2005. Il a tout refusé. «Je les ai revirés de bord», a-t-il noté, ajoutant que certains cas faisaient carrément pitié.

Il a acquiescé quand Me Simon Tremblay, procureur de la commission, lui a demandé s'il pensait que certains de ses prédécesseurs avaient probablement accepté de telles enveloppes.

Fait à noter, malgré l'influence attribuée à M. Gauthier par certains entrepreneurs, sa section locale sur la Côte-Nord n'a que 600 membres. La FTQ-Construction en compte 75 000 dans l'ensemble du Québec.

La juge Charbonneau lui a demandé pourquoi les entrepreneurs devaient passer par le syndicat pour obtenir de la main-d'oeuvre régionale plutôt que de choisir eux-mêmes leurs ouvriers.

«Je ne les obligeais pas!» s'est d'abord exclamé M. Gauthier, avant d'ajouter que «ceux qui disent qu'on les obligeait, c'est ceux qui ne cognaient pas à la porte de la Côte-Nord avant d'entrer».

La juge a insisté: pourquoi les entrepreneurs ne peuvent pas appeler eux-mêmes les travailleurs?

«Pour éviter les problèmes madame la commissaire! En général, ils ne font pas ça. Ils n'appellent pas les gars dans les maisons. Les entrepreneurs qui ne sont pas venus souvent chez nous, ils ne les connaissent pas les gars. Ça arrive tous azimuts de toute la Côte-Nord et ils veulent tous travailler. Et ça se peut qu'ils se ramassent avec un 'troublemaker' aussi. Nous autres, ce qu'on voulait, c'est se rendre indispensables ou incontournables», a expliqué M. Gauthier.

«Pour faire travailler notre monde et pour ne pas que ce soit toujours les mêmes qui travaillent», a-t-il encore ajouté comme motif.

Aujourd'hui, les syndicats ne peuvent plus placer des ouvriers, ce pouvoir leur a été retiré par une loi. M. Gauthier a soutenu que maintenant, acculés au pied du mur, des ouvriers qui ont besoin de travailler sollicitent les entrepreneurs en négociant à la baisse leurs conditions de travail, en proposant de ne pas leur payer leurs heures supplémentaires, par exemple.

«C'est pas de même qu'il faut que ça marche. Le gars qui va aller se vendre comme ça, j'appelle ça de la prostitution dans l'industrie», s'est exclamé M. Gauthier.

Il poursuit son témoignage mercredi.

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