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Centrafrique: la France prolonge son opération militaire en admettant des "difficultés considérables"

25/02/2014 02:11 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Les députés français ont massivement approuvé mardi une prolongation de l'intervention de leur armée en Centrafrique, en dépit d'un aveu du Premier ministre français Jean-Marc Ayrault de "difficultés considérables" sur le terrain.

Les parlementaires se sont prononcés lors d'un vote par 428 voix pour, 14 contre et 21 abstentions. L'ensemble des groupes politiques avait décidé de voter la prolongation de l'intervention, baptisée "opération Sangaris", au-delà des quatre mois initialement prévus, malgré des interrogations croissantes en France sur les risques d'enlisement et l'insuffisance, selon l'opposition, du dispositif français.

"Les difficultés sont considérables" en Centrafrique et la France "ne les sous-estime pas et ne cherche pas à les minimiser", avait affirmé avant le vote le chef du gouvernement français. "Nos efforts ont commencé à porter leurs fruits. L'embrasement généralisé qui menaçait a été évité", a-t-il assuré, citant notamment pour preuve l'organisation d'élections prévues en février 2015.

Le vote des députés français a été salué par la présidente de transition centrafricaine Catherine Samba Panza, qui s'est réjouie "que le peuple français accepte de voler au secours du peuple centrafricain",selon son porte-parole.

En dépit de la mobilisation de 2.000 soldats par la France, épaulés sur le terrain par quelque 6.000 militaires de la force de l'Union africaine en Centrafrique (Misca), le pays reste secoué par des violences quotidiennes.

"Rien n'a été réglé, le pays est toujours à feu et à sang", avait résumé dans la journée un député de l'opposition de droite UMP, Eric Woerth. "On a évité un massacre" mais "il n'y a pas d'Etat: pas de justice, pas de police, pas d'école, plus rien".

L'opposition a notamment critiqué la solitude diplomatique et militaire de la France dans l'opération.

Le vote des députés UMP n'est "pas un blanc-seing" et "pas un oui à une opération où la France est isolée", ni "à une opération non financée dans la durée", a souligné le patron des députés UMP, Christian Jacob.

La consultation du Parlement français est prévue par la Constitution pour les opérations extérieures qui se prolongent au-delà de quatre mois. Selon un sondage de l'institut Ifop, rendu public mardi, l'opération militaire française en Centrafrique reste approuvée par 42% des Français.

En déployant le 5 décembre 1.600 militaires dans son ancienne colonie, auréolé de son succès quelques mois plus tôt au Mali, le président français François Hollande avait prédit une mission rapide et demandé à ses troupes de désarmer les belligérants.

Trois mois plus tard, le désarmement reste un vaste chantier et les violences, attisées par les vengeances, perdurent entre chrétiens et musulmans.

- Menace grave pour 15.000 personnes -

Des dizaines de milliers de musulmans ont fui vers le Nord et mardi, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) a lancé un cri d'alarme à propos de 15.000 personnes au moins, essentiellement des musulmans, encerclées par des groupes armés en 18 lieux différents dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays.

"Il y a un grand risque d'attaques et ils ont besoin d'urgence d'une meilleure sécurité", a déclaré à Genève Adrian Edwards, porte-parole du HCR. "Les atrocités sont devenues fréquentes", a-t-il souligné, et "le nombre des troupes est largement insuffisant en considérant la taille du pays et la gravité de la crise".

A la demande pressante de l'ONU, Paris, longtemps réticent à tout effort supplémentaire, s'est résolu à envoyer récemment 400 soldats de plus. L'Union européenne a promis un millier d'hommes dont 150 gendarmes, toujours pas déployés sur le terrain.

La France appelle de manière de plus en plus insistante l'ONU à "prendre le relais" en Centrafrique mais, selon des experts, une opération de Casques bleus ne pourrait pas débuter avant l'été au mieux.

Après leur prise de pouvoir en mars 2013, les rebelles Séléka, à dominante musulmane, avaient multiplié les exactions contre les chrétiens, largement majoritaires dans le pays. Ces derniers ont alors formé des milices d'autodéfense, les anti-balaka, qui s'en prennent désormais aux civils musulmans.

Selon des sources diplomatiques, la France a soumis à ses partenaires au Conseil de sécurité de l'ONU une liste de responsables susceptibles d'être sanctionnés pour leur rôle dans la crise centrafricaine, dont l'ancien président François Bozizé, renversé l'an dernier.

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