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Centrafrique: la France en voie de prolonger sa mission, l'ONU craint pour la vie de 15.000 personnes

25/02/2014 08:48 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Le Parlement français devait prolonger mardi lors d'un vote l'opération des 2.000 soldats français en Centrafrique, où 15.000 personnes, essentiellement des musulmans, sont en grand danger sous la menace de groupes armés, selon l'ONU.

Alors que de fortes interrogations demeurent en France sur les risques d'enlisement en Centrafrique et sur un sous-dimensionnement de la force française, les débats devraient se solder par un vote favorable des deux chambres. Tous les groupes parlementaires ont en effet décidé mardi de soutenir la poursuite de l'opération en dépit de vives critiques de l'opposition.

"Rien n'a été réglé, le pays est toujours à feu et à sang", a résumé un député de l'opposition de droite UMP, Eric Woerth. "On a évité un massacre", mais "il n'y a pas d'Etat : pas de justice, pas de police, pas d'école, plus rien".

Le chef de file des députés UMP Christian Jacob a critiqué "l'incapacité" de l'exécutif "à convaincre nos alliés européens de se joindre à l'opération". "Mais l'action de nos militaires a permis d'arrêter les massacres à Bangui et leur départ les ferait redémarrer", a-t-il jugé.

Début décembre, 1.600 militaires français avaient été déployés en Centrafrique. Auréolé du succès quelques mois plus tôt au Mali, le président François Hollande avait alors prédit une mission rapide en assignant aux militaires la mission de désarmer les belligérants.

Mais le déroulement de cette opération ne s'est pas passé comme prévu : le désarmement est resté très limité et les violences, attisées par les vengeances, ont redoublé entre chrétiens et musulmans, provoquant la fuite de dizaines de milliers de ces derniers vers le nord.

Le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) a alerté mardi sur le sort de 15.000 personnes au moins, essentiellement des musulmans, encerclées par des groupes armés en 18 lieux différents dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays.

"Il y a un grand risque d'attaques et ils ont besoin d'urgence d'une meilleure sécurité", a déclaré à Genève Adrian Edwards, porte-parole du HCR. "Les atrocités sont devenues fréquentes", a-t-il souligné, mentionnant le cas de trois musulmans stoppés samedi dans un taxi par une foule près de Bangui et massacrés.

"Le nombre des troupes est largement insuffisant en considérant la taille du pays et la gravité de la crise", a ajouté le porte-parole du HCR.

- Excès de confiance -

A la demande pressante de l'ONU, Paris, longtemps réticent à tout effort supplémentaire, s'est résolu à envoyer récemment 400 soldats de plus. L'Union européenne a promis un millier d'hommes mais qui ne sont toujours pas déployés sur le terrain.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a rejeté les arguments selon lesquels la France serait trop seule en Centrafrique. Quelque 6.000 militaires africains ont aussi été déployés dans ce pays, a-t-il fait valoir.

"Il faut que l'ONU prenne rapidement le relais", a toutefois déclaré mardi le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. "La France ne peut pas, seule, dans la durée, intervenir en Centrafrique, sa vocation n'est pas de rester", a-t-il réaffirmé.

Pour l'opposition, la France a pêché par excès de confiance sur un théâtre d'opérations, une ancienne colonie, qu'elle croyait bien connaître.

Plusieurs députés qui se sont rendus la semaine dernière à Bangui pointent des "erreurs d'appréciation" dans la préparation de l'opération et une "sous-estimation" du degré de violence. Ils s'interrogent également sur le nombre de soldats français déployés, jugé globalement insuffisant, et le montant de la facture, dont la France doit pour l'instant s'acquitter seule.

L'ancien ministre UMP Bruno Le Maire, qui votera contre la prolongation de l'opération, estime aussi que les moyens déployés sur le terrain sont "inappropriés". "Seule une force multinationale de plus de 10.000 hommes présents pour plusieurs mois serait à même de ramener la paix en Centrafrique", a-t-il écrit dans une tribune publiée mardi par le journal Le Monde.

Le vote du Parlement français est attendu dans la soirée. La consultation du Parlement est prévue par la Constitution pour les opérations extérieures qui se prolongent au-delà de quatre mois.

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