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Cameroun: Atangana, libre après 17 ans de prison, en France dans "72 heures"

25/02/2014 08:41 EST | Actualisé 27/04/2014 05:12 EDT

Le Français Michel Thierry Atangana, libéré lundi soir après 17 ans de prison au Cameroun, "se porte bien" et sera en France dans "72 heures", a indiqué mardi son avocat à Yaoundé.

Il avait été interpellé en mai 1997 pour des détournements de fonds publics qu'il a toujours nié, une affaire apparemment liée à des rivalités politiques. Son arrestation s'était produite peu après celle de l'un des hommes les plus puissants du régime du président Paul Biya, Titus Edzoa - lui aussi libéré lundi soir - qui venait de rompre publiquement avec le pouvoir, et que l'on présente comme un proche de M. Atangana.

Michel Atangana, 49 ans, a passé a passé sa première nuit de liberté depuis 1997 à la résidence de l'ambassadrice de France au Cameroun où il avait été conduit après sa sortie de prison, a indiqué à l'AFP un de ses avocats camerounais, Charles Tchoungang.

Selon l'avocat, qui l'a rencontré mardi matin, il "se porte bien, il est en bonne forme".

"L'ambassadrice Christine Robichon (...) souhaite que Michel Thierry Atangana rejoigne la France le plus rapidement possible... On va dire dans 72 heures pour faire baisser un peu la tension qu'il y a autour de ce dossier", a ajouté Me Tchoungang.

"Pour l'instant, il a un programme simple: il se repose. Il va faire une visite sur la tombe de sa maman (à Yaoundé) décédée pendant sa détention", a indiqué l'avocat, selon qui il a décidé de ne pas "s'exprimer personnellement".

Cette remise en liberté, qui fait suite à un décret de remise collective de peine signé le 18 février par le président Biya, a mis fin à un long combat pour celui qui a toujours nié les détournements de fonds publics dont on l'accuse au Cameroun.

- "pas de logique de vengeance" -

M. Atangana avait été envoyé dans ce pays en 1994 par son employeur pour des projets routiers. La présidence camerounaise lui avait confié la direction d'une structure de travaux publics.

Mais en avril 1997, celui qu'on présente comme l'un de ses proches, Titus Edzoa est arrêté.

Ce dernier a longtemps été l'un des personnages les plus puissants du régime de M. Biya, à la tête du pays depuis 1982, mais il vient de rompre avec le pouvoir et a déclaré sa candidature à la présidentielle.

Michel Atangana sera arrêté dans la foulée. Le Français est condamné une première fois à 15 ans de prison en octobre 1997 pour le détournement de 1,1 milliard de francs CFA (1,6 million d'euros) et la tentative de détournement de 59,4 milliards de francs CFA (90 millions d'euros).

Dans des conditions jugées scandaleuses par la défense, il est de nouveau condamné à 20 ans en octobre 2012. Une situation ubuesque pour ses avocats, qui dénonçaient deux condamnations pour les mêmes faits.

Aujourd'hui, M. Atanganda "n'est pas dans une logique de vengeance. Il n'a aucun problème avec le Cameroun, avec le président camerounais qui a été induit en erreur", a affirmé son avocat.

En mai 2013, l'affaire avait pris une tournure diplomatique, le président français François Hollande dénonçant une durée de détention "inadmissible".

En novembre 2013, le Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU dénonçait "les conditions inhumaines" de détention de M. Atangana et réclamait une "indemnisation" pour le préjudice subi.

"Toutes les instances judiciaires intervenues dans (sa) très longue privation de liberté" ont "manqué d'impartialité" et "il a été jugé deux fois pour les mêmes faits", relevait l'agence de l'ONU.

Depuis, Paul Biya a reçu des remerciements appuyés de Paris pour son implication dans la libération le 31 décembre du prêtre français Georges Vandenbeusch, aux mains du groupe islamiste armé nigérian Boko Haram.

Ce fut déjà le cas en avril 2013, après la libération des sept otages, dont quatre enfants, de la famille Moulin-Fournier, eux aussi enlevés par Boko Haram.

rek-mc/de

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