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Ukraine: les contours d'une aide internationale sont encore loin de se dessiner

24/02/2014 12:59 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Les donateurs potentiels, UE et FMI en tête, s'abstenaient lundi de se prononcer sur les modalités d'un programme d'aide à l'Ukraine, dans une situation politique encore incertaine, que risque de déstabiliser plus encore la perspective de réformes économiques douloureuses.

Le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov a évalué lundi à 35 milliards de dollars dans les deux années à venir les besoins d'aide financière de l'Ukraine et a réclamé l'organisation d'une conférence internationale de donateurs.

"Nous discutons avec toutes les parties concernées", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Fonds monétaire international Gerry Rice, sans donner davantage de précision. Aucune demande n'a pour l'heure formellement été adressée au FMI, qui attend la formation d'un gouvernement, même intérimaire, en Ukraine.

"Il y a trois donateurs potentiels: l'Union européenne, le FMI et bien sûr la Fédération de Russie, et jusqu'à maintenant le problème principal est qu'il faut négocier des conditions, mais avec qui? Personne ne va signer un chèque en blanc", a déclaré pour sa part lundi le chargé des relations avec l'Europe de l'Est du gouvernement allemand, Gernot Erler.

"Les manifestants du Maïdan ne s'attendent bien sûr pas à devoir se serrer la ceinture, mais j'ai bien peur qu'à terme (les Ukrainiens) ne puissent pas y couper", prévient-il.

A Bruxelles comme à Washington, les échanges vont déjà bon train.

La diplomate en chef de l'Union européenne "Catherine Ashton et (le commissaire européen aux Affaires économiques) Olli Rehn se sont entretenus avec le FMI, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et la Banque européenne d'investissement, et bien sûr avec d'autres partenaires clés de l'Ukraine", a indiqué le porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, estimant qu'il est "trop tôt pour préciser une option".

Lundi, le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde "se sont accordés sur le fait que l'Ukraine avait besoin d'une assistance multilatérale et bilatérale pour mener un programme de réformes et que, si un gouvernement pleinement constitué en Ukraine en faisait la demande, le FMI apporterait toutes les bases d'un financement et de conseils économiques", a indiqué un responsable du Trésor américain.

l'Institut de la finance internationale (IIF), qui représente quelque 450 banques à travers le monde, a souligné la gravité de la situation.

"Afin d'éviter un effondrement total non pas dans les prochains mois mais dans les prochaines semaines, l'Ukraine a besoin d'argent maintenant", a déclaré un cadre de ce lobby bancaire.

"Les caisses de l'Etat sont vides", a souligné Lubomir Mitov, économiste en chef à l'IIF pour les pays émergents en Europe. Les défis économiques en Ukraine sont "gigantesques", a-t-il dit.

- De lourdes contreparties à prévoir -

L'Ukraine est habituée à vivre sous perfusion de son grand voisin russe. En proie à une récession massive en 2009, elle a signé au printemps 2010 un accord prévoyant le maintien d'une base navale russe en Crimée, sur la mer Noire, jusqu'en 2042, en échange d'une substantielle ristourne sur le prix du gaz facturé par Moscou.

"Tout part de là. Au fond, le seul modèle de développement économique mis en place par (le président déchu) Viktor Ianoukovitch pendant sa présidence, c'est du refinancement consistant à injecter de la liquidité, mais pas du tout de travailler sur l'appareil de production ukrainien", rappelle Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l'Institut français des relations internationales.

"Les réponses apportées par la Russie sont sonnantes et trébuchantes, elles sont rapides", alors que les propositions de l'Union européenne dans le cadre de l'accord d'association impliquaient des réformes structurelles et des conditions politiques "pour des montants très inférieurs", observe-t-il.

Lors des négociations sur l'accord d'association, l'UE avait proposé 610 millions d'euros d'aide financière à l'Ukraine. En décembre, après l'échec de l'accord, Kiev avait chiffré à 20 milliards d'euros l'aide financière dont le pays avait besoin.

La Russie a finalement remporté la mise en proposant à Kiev 15 milliards de dollars de crédits assortis d'une baisse de 30% du prix du gaz russe.

"On n'est pas du tout dans les mêmes ordres de grandeur", note M. Gomart.

Un montage avec le FMI "ne se fera pas sans l'acceptation de réformes extrêmement profondes avec un coût social extrêmement élevé", dit-il, alors que les nouvelles autorités sont "issues de la Rada (le Parlement), le lieu par excellence de la corruption ukrainienne".

Cette "hypothèse est assez peu probable en réalité", conclut-il au sujet d'une aide du FMI et de l'UE: "Les désillusions risquent d'être rapides et la situation reste très inflammable en Ukraine".

De son côté, "Moscou est très silencieux et attend son heure pour le retour" et ne manquera pas de rappeler que la Russie "reste le principal partenaire commercial de l'Ukraine".

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