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Turquie: le gouvernement dénonce la mise sur écoute de milliers de personnes, dont Erdogan

24/02/2014 05:40 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Le gouvernement turc a accusé lundi des magistrats proches de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen d'avoir mis illégalement sur écoute des milliers de personnes, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le chef de ses services secrets, dans le cadre d'un complot visant à le déstabiliser.

Dans leurs éditions de lundi, deux quotidiens proches du pouvoir, Yeni Safak et Star, ont affirmé que les téléphones de nombreuses personnalités ont été espionnés depuis 2011 sur ordre de l'organisation de M. Gülen, à laquelle M. Erdogan a déclaré la guerre en l'accusant d'être à l'origine d'un scandale politico-financier sans précédent qui éclabousse son régime.

A l'issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Bülent Arinç a confirmé ces allégations devant la presse.

"Il s'agit malheureusement d'un événement très consternant", a déclaré M. Arinç, "ces procureurs doivent publiquement s'excuser auprès de toutes les personnes qu'ils ont mises sur écoute".

Un des deux procureurs mis en cause par Yeni Safak et Star dans cette affaire a catégoriquement nié avoir ordonné la moindre des écoutes.

"Ces allégations sont dénuées de tout fondement. Aucune opération illégale n'a été ordonnée", a affirmé ce magistrat, Adnan Cimen, au journal Milliyet, sans autre précision.

Dans une déclaration citée par des médias proches de la confrérie, un des avocats de M. Gülen, Nurullah Albayrak, a lui aussi démenti ces allégations "injustes". "Cette situation n'a d'autre but que d'inciter à la haine et à la division", a-t-il ajouté.

Selon les médias proches de M. Erdogan, l'existence de ces "bretelles" a été découverte par les procureurs récemment nommés par le gouvernement pour prendre en main la direction des enquêtes anticorruption à l'origine du scandale, après une vague de purges historiques dans la justice et la police.

Parmi les personnalités visées par ces écoutes figurent, outre M. Erdogan, le chef de l'agence de renseignement (MIT) Hakan Fidan, des ministres, nombre de leurs conseillers, des patrons, des élus de la majorité ou de l'opposition, des responsables d'ONG et des journalistes, selon les deux journaux.

- Manipulations -

Le quotidien Star a chiffré leur nombre à près de 7.000, tandis que M. Arinç a évoqué le chiffre de 2.280.

Ces écoutes ont été mises en place à partir de 2011 dans le cadre d'une enquête ouverte sur une prétendue "organisation terroriste", selon ces médias.

Cette nouvelle controverse intervient alors que le Parlement turc débat actuellement d'un projet de loi controversé du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, destiné à renforcer les pouvoirs du MIT, notamment en matière d'écoutes téléphoniques administratives.

M. Erdogan, qui réunissait lundi les cadres de l'AKP, a indiqué que ces révélations "montrent combien la loi sur le MIT est nécessaire", selon les chaînes de télévision.

Depuis la révélation mi-décembre d'enquêtes anticorruption visant des dizaines de proches du pouvoir, M. Erdogan accuse ses ex-alliés de la confrérie Gülen de manipuler ces dossiers pour le déstabiliser à la veille des élections municipales du 30 mars et présidentielle d'août 2014.

Outre des purges massives dans la police et la justice, le Premier ministre a fait adopter deux lois qui renforcent le contrôle d'internet et de l'institution judiciaire, dénoncées en Turquie et à l'étranger comme autoritaires et liberticides.

Comme en riposte aux accusations lancées par le gouvernement, des sites internet ont publié lundi soir un enregistrement présenté comme une conversation entre M. Erdogan et son fils aîné Bilal, dans laquelle les deux hommes évoquent les moyens de faire disparaître une forte somme d'argent au premier jour de l'enquête anticorruption.

Dans une déclaration, le cabinet du Premier ministre a vigoureusement réagi lundi soir en dénonçant le "produit immoral d'un montage (...) complètement faux" et en menaçant de poursuivre ses auteurs.

Cet enregistrement est le dernier en date d'une série de conversations téléphoniques publiées sur le net qui ont notamment révélé des pressions exercées directement par M. Erdogan sur les médias.

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