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Mexique : « El Chapo » accusé de trafic de drogue

24/02/2014 04:38 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Le narcotrafiquant Joaquin « El Chapo » Guzman a été formellement accusé d'avoir contrevenu aux lois mexicaines contre le trafic de drogue, ce qui rend son extradition prochaine vers les États-Unis peu probable.

Guzman a été accusé, dimanche, de trafic de cocaïne à l'intérieur des murs d'une prison à sécurité maximum, a annoncé le Conseil fédéral judiciaire du Mexique.

Un juge devra maintenant décider, d'ici mardi, si Guzman sera libéré ou traduit en procès. Les autorités mexicaines se disent toutefois sûres de voir le juge ordonner la tenue d'un procès. Guzman pourra porter la décision du juge en appel, un processus qui s'étire typiquement sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Les responsables mexicains étudient aussi la possibilité de réactiver d'anciennes accusations contre Guzman au Mexique.

Ces procédures juridiques retarderont considérablement toute décision relative à son extradition, a indiqué un responsable à l'Associated Press sous le couvert de l'anonymat. Les autorités américaines souhaitent mettre la main sur Guzman, qui fait l'objet d'accusations dans au moins sept juridictions des États-Unis.

Guzman s'était évadé d'une prison mexicaine en 2001 et est resté au large pendant 13 ans avant d'être finalement épinglé samedi à Mazatlan, sur la côte du Pacifique, par des soldats mexicains renseignés par des agents américains.

Guzman et ses alliés du cartel de Sinaloa disposent de centaines de millions, voire de milliards de dollars, en plus d'un réseau de responsables corrompus, de tueurs à gages et autres à travers le Mexique. Le cartel écoulerait de la cocaïne, de la marijuana, de l'héroïne et de la méthamphétamine dans une cinquantaine de pays.

Des analystes croient que l'administration du président mexicain Enrique Pena Nieto est déchirée entre son réflexe d'envoyer Guzman vers un pénitencier américain pratiquement invulnérable et son désir de démontrer que le Mexique est capable de traduire en procès et de renvoyer en prison un homme qui se moque des autorités depuis 13 ans.

« La seule option pour démanteler ce réseau criminel est l'extradition, et c'est malheureux, a dit l'expert du crime organisé Edgardo Buscaglia, de l'Université de Colombie. Parce que, en bout de compte, les extraditions sont des valves de sécurité pour le Mexique », qui a été lent à améliorer ses forces policières, ses procureurs et son système judiciaire.

Extradition incertaine vers les États-Unis

« Il y a des arguments pour et contre son extradition, a dit l'expert en sécurité Jorge Chabat. S'il reste au Mexique, on risque qu'il puisse s'échapper ou continuer à contrôler son organisation criminelle derrière les barreaux. [Mais le parti de M. Nieto] hésite à extrader des criminels pour des raisons nationalistes. [...] Je pense que c'est une décision que le gouvernement mexicain étudie actuellement. »

Au moment de son évasion, Guzman purgeait une peine pour association criminelle et corruption, et il attendait son procès pour meurtre et trafic de drogue. Certaines de ces accusations pourraient maintenant être de nouveau déposées.

Guzman était en possession d'un fusil d'assaut militaire quand les soldats ont fait irruption dans son condominium de Mazatlan, mais aucun coup de feu n'a été tiré. Sa femme, l'ancienne reine de beauté Emma Coronel, était avec lui lors de son arrestation.

Les autorités ont retrouvé la piste de Guzman le 16 février, quand des policiers mexicains et américains ont retracé un téléphone cellulaire jusqu'à une résidence de Culiacan qu'il utilisait pour échapper à la capture. Le téléphone était celui de Carlos Manuel Ramirez, le responsable de ses communications. Le lendemain, les autorités mexicaines ont épinglé un messager de Guzman, qui leur a promptement fourni des informations concernant les maisons utilisées par Guzman et ses collaborateurs.

Les enquêteurs ont trouvé, dans chaque maison, des portes renforcées d'acier et une trappe secrète sous la baignoire pour permettre à Guzman de disparaître dans les égouts de la ville. Des tonnes de drogue (probablement de la cocaïne et de méthamphétamines) ont été découvertes dans une maison.

Quelques jours après que la police soit passée à un cheveu de pincer Guzman à Culiacan, elle a capturé un de ses principaux lieutenants, Manuel Lopez Ozorio. Celui-ci aurait alors indiqué aux autorités avoir aidé Guzman, Ramirez et une femme à fuir vers Mazatlan.

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