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L'Ukraine post-Ianoukovitch, un sérieux problème pour le Kremlin

24/02/2014 07:17 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

L'arrivée au pouvoir à Kiev de dirigeants soucieux de lier leur avenir en priorité à l'Europe et non plus à la Russie pose de sérieux problèmes à Vladimir Poutine qui rêve de maintenir l'Ukraine dans l'orbite de la Russie.

Pour influer sur la politique de l'Ukraine, la Russie dispose cependant de certains moyens, en raison des liens très forts entre les économies des deux pays.

Moscou est le premier partenaire commercial de l'Ukraine qui dépend presque totalement de la Russie pour ses ressources énergétiques (Kiev devait 2,7 milliards de dollars à la Russie le mois dernier pour des livraisons de gaz) et le commerce extérieur de l'Ukraine est tourné à près d'un quart vers la Russie.

"La Russie est désemparée car elle ne s'attendait pas à un départ aussi rapide de Ianoukovitch. Maintenant, Moscou est dans l'expectative, parce que ceux qu'elle qualifiait hier de +bandits+ font aujourd'hui partie du nouveau gouvernement", souligne Alexandre Konovalov, de l'Institut des études stratégiques.

C'est seulement lundi, deux jours après la destitution du président Viktor Ianoukovitch, que les autorités russes ont réagi, avec une déclaration sévère du Premier ministre, Dmitri Medvedev, qui a estimé que la légitimité des organes du pouvoir en Ukraine suscitait "de sérieux doutes".

"Strictement parlant, aujourd'hui nous n'avons personne avec qui parler (...) Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev en masque noir et avec des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement", a-t-il ajouté sur un ton inhabituellement peu diplomatique.

M. Medvedev est, par ailleurs, resté vague concernant la validité de l'accord sur le gaz signé en novembre qui prévoyait un tarif préférentiel accordé par la Russie à l'Ukraine.

Avant lui, le ministre russe de l'économie, Alexeï Oulioukaev, avait tenu des propos menaçants, avertissant que la Russie augmenterait les droits de douane sur les produits en provenance d'Ukraine si Kiev se rapprochait de l'Union européenne.

"Nous disons à l'Ukraine: bien sûr, vous avez le droit de choisir votre voie (...) Mais dans ce cas nous nous verrons dans l'obligation d'augmenter les droits de douane à l'importation", a déclaré M. Oulioukaev au quotidien allemand des affaires Handelsblatt, au sujet de l'accord d'association envisagé par Kiev avec l'Union européenne.

La première conséquence du changement de pouvoir à Kiev sera manifestement la signature d'un accord avec l'UE et l'abandon de l'accord de rapprochement avec Moscou signé par le président déchu Viktor Ianoukovitch.

- L'intégration européenne, une priorité -

Le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a déclaré que l'intégration européenne était "une priorité" pour l'Ukraine et appelé dimanche Moscou à respecter "le choix européen" de l'Ukraine. "Nous sommes prêts à un dialogue avec la Russie, en développant nos relations sur un pied d'égalité", a-t-il ajouté.

C'est justement l'annulation au dernier moment, en novembre dernier, de la signature de l'accord avec l'UE au profit d'un rapprochement avec la Russie qui a été à l'origine de la crise et finalement de la chute du président Ianoukovitch.

Lundi, le ministre ukrainien des Finances par intérim Iouri Kolobov a annoncé avoir demandé "aux partenaires occidentaux (de l'Ukraine, ndlr) d'organiser une grande conférence internationale de donateurs", alors que l'Ukraine a besoin, selon lui, d'une aide de 35 milliards de dollars pour 2014/2015.

M. Kolobov n'a a aucun moment évoqué l'aide promise par Moscou à Viktor Iakounovitch -- un crédit de 15 milliards de dollars et une forte baisse des prix du gaz -- laissant entendre qu'elle n'était plus d'actualité ou, pour le moins, remise en question.

Dans le domaine militaire aussi, la Russie peut s'inquiéter: d'une part de l'éventuelle volonté de l'Ukraine de demander à intégrer l'Otan, et d'autre part d'une éventuelle remise en cause du statut de la base de Sébastopol (Crimée), où se trouve la flotte russe de la mer Noire, qui donne à la Russie un accès direct à la Méditerranée.

"Il est possible que la Russie poursuive son aide économique à Kiev, mais cela dépendra du respect de l'accord sur la flotte de la mer Noire, de l'absence de négociations avec l'Otan et du respect des droits de la population russe en Ukraine", estime l'analyste Fiodor Loukianov, de la revue La Russie dans la politique mondiale.

Enfin, la nouvelle donne en Ukraine, "pays frère de la Russie", selon une formule employée par Vladimir Poutine, met a priori fin au rêve du président russe de constituer une union économique des pays de l'ex-URSS à même de rivaliser non seulement avec l'Union européenne mais aussi les Etats-Unis et la Chine.

Ce projet --l'un des objectifs principaux des 14 ans de pouvoir du président Poutine, selon de nombreux observateurs-- perdrait tout son sens en l'absence de l'Ukraine, pays de 46 millions d'habitants, doté d'un fort potentiel tant agricole qu'industriel.

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