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L'Ukraine appelle à l'aide, la Russie "doute" de la légitimité du pouvoir

24/02/2014 01:29 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

La Russie a contesté la légitimité et les "méthodes dictatoriales" des nouvelles autorités ukrainiennes, au moment où celles-ci se tournaient vers l'Occident pour une aide financière d'urgence et lançaient un mandat d'arrêt pour meurtre contre l'ex-président Viktor Ianoukovitch.

Le Parlement devrait nommer mardi un Premier ministre et un gouvernement de transition, sur fond d'échanges diplomatiques avec les Occidentaux à Kiev.

"Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev avec des masques et des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement", a lancé lundi le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, réagissant à l'arrivée au pouvoir de l'opposition ukrainienne ce week-end.

"Il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte", a-t-il ajouté à l'intention des Européens, qui, eux, ont décidé de soutenir le nouveau pouvoir et ont dépêché à Kiev la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Celle-ci a rencontré dans l'après-midi le président par intérim Olexandre Tourtchinov et s'est rendue sur le Maïdan, la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation, déposer des fleurs à la mémoire des 82 tués lors des violences de la semaine dernière. Le numéro deux de la diplomatie américaine, William Burns, est également attendu à Kiev mardi.

Peu auparavant, le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov avait annoncé que l'Ukraine aurait besoin de "35 milliards de dollars en 2014-2015".

"Nous avons demandé à nos partenaires occidentaux l'octroi d'un crédit d'ici une semaine ou deux" et suggéré l'organisation d'une "grande conférence internationale de donateurs avec l'Union européenne, les Etats-Unis, le FMI et d'autres organisations financières internationales", a-t-il ajouté.

- Eviter la faillite de l'Ukraine -

Cette requête a reçu un accueil favorable auprès du ministre grec des Affaires étrangères Evangelos Venizelos, dont le pays préside actuellement l'Union européenne.

"Il faut éviter une guerre civile, il faut éviter l'effondrement financier et économique du pays, et il faut organiser une conférence internationale pour éviter la faillite de l'Ukraine", a-t-il déclaré.

Les Occidentaux ne cachent pas non plus leurs craintes depuis plusieurs jours pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Ils redoutent que la crise des derniers mois n'ait creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone. Sur le terrain cependant, les régions plus proches de Moscou ne donnent pas signe de vouloir faire sécession.

L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a nommé un envoyé spécial pour l'Ukraine et proposé de créer un Groupe de contact international pour gérer cette "période de transition".

"Il n'y a pas de temps à perdre" pour aider l'Ukraine, a noté le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. A cet égard, "il y a ce qu'a promis la Russie --et il est souhaitable que nos partenaires et amis russes puissent continuer à apporter leur soutien" économique, a-t-il insisté.

La Russie avait annoncé en décembre un crédit de 15 milliards de dollars, dont elle n'a versé que 3 milliards. Mais le versement du solde paraît désormais compromis au vu du regain de tensions entre les capitales.

Moscou a rappelé dimanche son ambassadeur et menacé d'augmenter les droits de douane sur les importations en provenance d'Ukraine si Kiev se rapproche de l'UE, ce que le président Tourtchinov avait laissé entendre dimanche.

Moscou a encore haussé le ton lundi après-midi, dénonçant "la répression de ceux qui ne sont pas d'accord dans diverses régions d'Ukraine, via des méthodes dictatoriales et parfois terroristes", et des atteintes aux droits de la communauté russe en Ukraine.

- Massacre de civils -

Les autorités ont par ailleurs annoncé avoir lancé un mandat d'arrêt pour "meurtres de masse" contre le président déchu Ianoukovitch, qui était soutenu par Moscou.

"Une enquête criminelle a été ouverte pour meurtres de masse de civils à l'encontre de Ianoukovitch et de plusieurs autres fonctionnaires. Un mandat d'arrêt a été lancé contre eux", a annoncé le ministre de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov.

Une cinquantaine de personnes, dont de hauts responsables des forces de l'ordre, ont ainsi été inculpées et des mesures prises pour les empêcher de quitter le territoire, a indiqué le procureur général.

Destitué par le Parlement et lâché par son propre parti, M. Ianoukovitch n'a pas donné signe de vie depuis samedi et pourrait se cacher dans l'est du pays.

L'ex-opposition, désormais aux manettes, s'est rapidement mise au travail pour remettre le pays en marche. Une élection présidentielle anticipée a été fixée au 25 mai.

Les difficultés sont abyssales, a admis Olexandre Tourtchinov: "Ces trois dernières années, l'Ukraine a fonctionné grâce à des emprunts. Aucun gouvernement en Ukraine n'a jamais travaillé dans des conditions aussi extrêmes".

"Depuis son indépendance, l'Ukraine n'a jamais connu une telle catastrophe économique et politique", a estimé l'un des dirigeants de la contestation, Arseni Iatseniouk.

Le banquier Stepan Koubiv a été nommé à la tête de la banque centrale. "Nous avons invité des représentants du FMI pour poursuivre les négociations et ouvrir le nouveau programme dont l'Ukraine a besoin aujourd'hui", a-t-il déclaré.

Pour Lubomir Mitov, économiste en chef du lobby bancaire international (IIF), "la situation budgétaire est tellement désespérée que la seule option pour le gouvernement pour payer les retraites et les salaires est de faire tourner la planche à billets", au risque d'accentuer l'inflation et la dépréciation de la monnaie ukrainienne.

L'opposante Ioulia Timochenko, libérée de prison samedi, a de son côté fait savoir qu'elle entendait se rendre prochainement en Allemagne pour y recevoir des soins.

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