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L'Ouganda adopte une loi contre les homosexuels

24/02/2014 02:22 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

ENTEBBE, Ouganda - Le président de l'Ouganda a signé lundi un controversé projet de loi anti-gai qui prévoit des sanctions sévères pour des infractions homosexuelles.

L'Ouganda dit devoir lutter contre «l'impérialisme social» de l'Occident qui fait la promotion de l'homosexualité en Afrique.

Le président Yoweri Museveni a signé la loi à sa résidence, en présence de représentants du gouvernement, de journalistes et de scientifiques ougandais — selon qui il n'y a aucune justification génétique à l'homosexualité.

«Nous, les Africains, ne cherchons jamais à imposer notre opinion aux autres. S'ils pouvaient simplement nous laisser tranquilles, a-t-il déclaré en référence aux pressions occidentales contre la signature de la loi. Le comportement de l'Occident nous déçoit depuis longtemps. Et maintenant, il y a cette tentative d'impérialisme social.»

M. Museveni a ensuite accusé, sans les nommer, des groupes occidentaux «arrogants et sans coeur» de chercher à recruter des enfants ougandais pour en faire des homosexuels, un phénomène qui serait à l'origine de la nouvelle législation.

Cette loi punit les premières infractions de 14 ans de prison. Elle rend également passibles de prison à vie les infractions qualifiées d'«homosexualité aggravée», à savoir de multiples relations homosexuelles entre adultes consentants, ou une relation homosexuelle avec un mineur, une personne handicapée ou un partenaire séropositif.

Le projet de loi proposait, à l'origine, la peine de mort pour certains actes homosexuels, mais cette partie a été retirée à la suite de condamnations internationales.

Le projet de loi est populaire en Ouganda mais des groupes de défense des droits de la personne ont demandé à M. Museveni, à plusieurs reprises, de ne pas le signer, affirmant qu'il est inutile dans un pays où l'homosexualité est déjà illégale en vertu d'une loi datant de l'époque coloniale et qui criminalise les actes sexuels «contre l'ordre de la nature».

Des pays européens comme la Suède ont menacé de rompre leur aide à l'Ouganda si la loi était adoptée, et le président américain Barack Obama a prévenu que la loi «compliquerait» les relations entre Kampala et Washington.

Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a fermement condamné la nouvelle loi. «Le Canada est extrêmement déçu que le président Museveni ait apposé sa signature à cette loi qui rendra l’homosexualité passible de l’emprisonnement à vie. Nous encourageons fortement le président à protéger les droits fondamentaux de tous les Ougandais, quelle que soit leur orientation sexuelle, conformément à la Constitution ougandaise», a déclaré M. Baird par communiqué.

Le ministre a ajouté que le projet de loi devait être «largement dénoncé».

«Malheureusement, cette loi discriminatoire fera obstacle à nos relations avec le gouvernement de l’Ouganda», a-t-il prévenu.

Un représentant du gouvernement a toutefois indiqué que cela ne signifiait pas pour autant l'imposition de sanctions au pays d'Afrique subsaharienne, ni le retrait de l'aide étrangère offerte par le Canada. L'offensive contre cette loi se fera sur le front diplomatique, a-t-il spécifié.

L'an dernier, La Presse Canadienne avait révélé qu'Ottawa finançait un organisme canadien oeuvrant en Ouganda, Crossroads, qui décrivait sur son site web l'homosexualité comme un «péché» et une «perversion», et invitait au «repentir» pour éviter la punition de Dieu.

Le ministre Baird avait publiquement condamné cette position. Le groupe a finalement retiré ces propos de son site, et conservé sa subvention de 544 813 $ de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) pour des projets en Ouganda devant se terminer en 2014.

Lundi, la loi promulguée par M. Museveni a fait bondir les organismes de défense des droits de la personne.

«En signant cette loi, Museveni ne laisse pas seulement tomber les Ougandais: il a aussi fait défaut à ceux qu'il prétend défendre, notamment les enfants, a déclaré Maria Burnett, une spécialiste de l'Ouganda pour Human Rights Watch. Des lois protégeant les enfants contre des agresseurs du même sexe ou du sexe opposé existent déjà, mais elles sont mal appliquées en Ouganda: réglementer des activités sexuelles entre adultes consentants et criminaliser la discussion des droits sexuels (...) détournera des ressources de la protection des enfants.»

M. Museveni avait précédemment qualifié l'homosexualité de comportement «anormal» inné, ce qui explique pourquoi il s'opposait jadis à des punitions sévères pour les homosexuels. Il dit maintenant croire qu'il s'agit d'un choix volontaire fait par des individus qui pourront chercher à en influencer d'autres.

Les Africains sont «estomaqués» par l'homosexualité, a-t-il dit, et la perçoivent comme une «attaque fondamentale contre leur mode de vie».

Le parti de M. Museveni, le Mouvement de la résistance nationale, faisait pression pour l'inciter à adopter cette loi. Le parti devrait désigner M. Museveni comme candidat pour la prochaine élection présidentielle, en 2016, quand il aura été au pouvoir pendant 30 ans.

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