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France: un viticulteur bio au tribunal pour avoir refusé de traiter chimiquement ses ceps

24/02/2014 09:55 EST | Actualisé 26/04/2014 05:12 EDT

Un vigneron français, adepte du bio, s'est retrouvé lundi sur le banc des accusés pour avoir refusé de traiter chimiquement ses ceps contre une maladie contagieuse, la flavescence dorée, ce qui pourrait lui valoir jusqu'à six mois d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende.

Lors d'une audience lundi devant un tribunal de Dijon (centre-est), le parquet n'a cependant requis qu'une amende de 1.000 euros, dont la moitié à verser en cas de récidive. Le tribunal a mis en discussion sa décision qui sera annoncée le 7 avril.

Le vigneron, Emmanuel Giboulot, "a commis une infraction pénale. Il n'a pas respecté par choix idéologique" la décision des autorités qui imposait de traiter toutes les vignes du département, a estimé le représentant du parquet, Jeanne Delatronchette.

L'affaire débute au printemps dernier, quand la découverte de foyers de la maladie en Bourgogne, célèbre région viticole dans le centre-est de la France, conduit le préfet, représentant de l'Etat dans la région, à imposer de traiter tous les vignobles du département contre la cicadelle, l'insecte qui répand la flavescence dorée.

Viticulteur en biodynamie depuis les années 1970, Emmanuel Giboulot s'y refuse sur les dix hectares qu'il exploite en Côte-de-Beaune et Haute-Côte de Nuits. Même à la pyréthrine, pesticide naturel. Après un contrôle en juillet de la Direction régionale de l'agriculture, il est convoqué devant la justice.

"Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas traiter, mais il faut traiter là où c'est nécessaire", a déclaré M. Giboulot avant l'audience lundi, affirmant que la maladie ne sévissait pas dans la zone où il possède ses vignes.

"Est-ce qu'on va donner de la chimiothérapie à quelqu'un, en prévention d'un éventuel futur cancer ?", a-t-il ajouté.

Trois cents à 400 personnes, selon une journaliste de l'AFP, s'étaient rassemblées devant le tribunal en soutien au vigneron, à l'appel d'organisations écologistes. Des tables étaient dressées pour un pique-nique au soleil et au son d'un accordéon, des convives trinquant même au champagne.

"Emmanuel Giboulot est un honnête citoyen", "Pesticides veut dire tuer", "Logique préfectorale", "Pesticides aveugles", pouvait-on lire sur des pancartes.

- 'maladie mortelle' -

Selon le chef du Service régional de l'alimentation, Olivier Lapôtre, la flavescence dorée est "une maladie mortelle et très contagieuse", d'où la nécessité de traiter partout.

"Presque tout le vignoble français est touché, hormis le Jura, la Champagne et l'Alsace", précise Denis Thiéry, de l'Institut national de recherche agronomique de Bordeaux (sud-ouest), pour qui l'épidémie, apparue en France en 1949 en Armagnac (sud-ouest), "explose depuis une dizaine d'années".

Reste que selon la préfecture de Bourgogne, une seule parcelle de 0,20 hectare, fortement touchée par la flavescence dorée en 2013, a dû être arrachée, contre 11,3 ha en 2012. Pour l'avocat du vigneron, Me Benoist Busson, le préfet n'était en outre pas compétent à agir, "seul le ministre" l'étant, en l'absence d'urgence motivée dans son arrêté.

"La liberté de choix, en l'absence de menace sanitaire avérée, devrait être de mise", martèle Sandrine Bélier, députée européenne écologiste, qui voit dans l'assignation du vigneron une "absurdité".

Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) dénonce quant à lui des "contre-vérités" autour du cas de M. Giboulot, dont il refuse de faire un martyre du bio car "il n'est pas l'unique défenseur de la nature".

Dans le collimateur du BIVB, une vidéo lancée par l'Institut pour la protection de la santé naturelle, association basée à Bruxelles, promeut des "solutions alternatives" pour lutter contre la cicadelle.

"Dire qu'il suffit de mettre des pièges orange et un peu d'argile, ce n'est pas vrai (...) Si l'on constate, par une analyse fine comme nous l'avons fait, qu'il n'y pas d'autre choix, il faut traiter", insiste Pascal Lambert, du Service d'écodéveloppement agrobiologique et rural de Bourgogne.

"Non, la Bourgogne ne pollue pas" en traitant ses vignes, tonne Claude Chevalier, président du BIVB, pour qui ce procès ne fait pas une bonne publicité aux crus bourguignons, notamment à l'étranger.

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