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Au PK-12 à Bangui, un check-point français pour séparer musulmans et chrétiens

24/02/2014 05:10 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Dans le quartier PK-12, à la sortie nord de Bangui, une unité de soldats français est positionnée jour et nuit pour éviter tout affrontement entre des musulmans traumatisés et des chrétiens qui veulent les "bouter" hors de Centrafrique.

Sur la route menant au nord, au sommet d'une petite colline, le check-point français. Des chars Sagaie et leur canon de 90 mm, une barrière, des sacs de terre pour fortifier la position, des soldats en armes.

Au delà du check-point, un no man's land: deux cents mètres d'une route noircie par des pneus brûlés et bordée d'échoppes abandonnées. Un peu plus loin, un petit millier de musulmans attendent devant leur maison de fuir Bangui. Au sud du check-point, des milliers de chrétiens, en position de force, veulent les chasser.

Quelques 80 soldats français se relaient pour faire tampon entre les deux communautés 24 heures sur 24. Fusil d'assaut Famas en main, le capitaine Fabien parle "d'enclave musulmane" qu'il faut protéger, "comme c'est le cas dans plusieurs quartiers de Bangui".

"Actuellement, aucun musulman ne se risque à passer et aucun chrétien non plus", dit-il : "ici, on garde les gens pour qu'ils soient protégés, chacun de leur côté".

Côté musulmans, aux abords de la mosquée Begoua, une dizaine d'hommes fument le narguilé, installés dans de larges fauteuils décatis posés dehors, devant le restaurant "Africa".

"Ca se passe mal, on peut même plus sortir du quartier", commente Gambo Liman, un père de famille de 41 ans qui dit avoir perdu trois de ses quatre enfants dans les violences qui secouent Bangui depuis décembre.

Les milices majoritairement chrétiennes anti-balaka traquent les civils musulmans, accusés de soutenir les combattants de la Séléka qui avaient pris le pouvoir en mars 2013 en renversant le président François Bozizé.

- Chape de plomb -

"Nous, nous ne voulons pas de Sangaris", la force française déployée en Centrafrique depuis le 5 décembre, "parce que nous savons que les Français donnent des armes aux anti-balaka", prétend-il.

A côté de Gambo, un homme tient en main un arc en bois et des flèches "empoisonnées": "c'est tout ce qu'on a comme arme ici", assure-t-il. Mais d'autres tiennent une machette près d'eux.

Jeudi dernier, dans la soirée, plusieurs tirs en provenance d'une colline voisine ont visé les musulmans. Les soldats français ont dû "intervenir" pour y mettre fin. Régulièrement, ces musulmans se disent la cible d'attaques d'anti-balaka, à la grenade, à l'arme automatique.

"Ici il y a des attaques plusieurs fois par semaine", confirme un travailleur humanitaire. Samedi, aux abords d'une autre enclave musulmane de Bangui, trois musulmans ont été lynchés par la foule et abattus par balles, en pleine rue et en plein jour.

Vendredi, une équipe d'Action contre la faim qui venait sur place à la mosquée Begoua, comme elle en a l'habitude, pour traiter des enfants atteints de malnutrition aigüe, a été empêchée d'entrer par les musulmans. "Autant nous laisser crever, au moins cela fera bouger les politiques" leur a dit un responsable du quartier.

- "Ici, ce n'est pas leur pays" -

De l'autre côté du check-point, côté chrétiens, Hermann Labé attend devant sa moto-taxi près des chars français. "Ici ce n'est pas leur pays, il faut qu'ils partent", dit-il quand on lui parle des musulmans qu'on peut apercevoir au loin derrière les Français.

"On ne veut plus entendre d'+Allah Ouakbar+ en Centrafrique", tranche-t-il. Autour de lui, ses copains acquiescent.

L'effervescence qui règne côté chrétien tranche avec la chape de plomb, le silence, qui recouvre le quartier musulman.

Ici, une boutique de téléphonie crache de la pop américaine à tue-tête, les taxis se klaxonnent pour ne pas se rentrer dedans. Des hommes rigolent devant un présentoir où l'on recharge les mobiles. Sur un bord de la route, une banderole a été installée: "Merci aux anti-balaka qui ont bouté la Séléka hors de RCA".

Devant la banderole, Serge Cossi, un militaire sans affectation de 41 ans, se lamente: "Ma maison est là-bas avec les musulmans mais je ne peux pas y retourner, elle a été saccagée, il faut vraiment que les musulmans partent".

sj/xbs/de

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