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Sébastopol, ville russophile d'Ukraine, se sent "trahie" par Ianoukovitch

23/02/2014 01:16 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

A Sébastopol, port d'attache de la flotte russe dans le sud de l'Ukraine, les habitants estiment que Kiev est en proie à un "coup d'Etat fasciste" mais ils se sentent aussi "trahis" par Viktor Ianoukovitch, président déchu et désormais introuvable.

Quelque 10.000 personnes se sont rassemblées dimanche sur la place centrale de Sébastopol, ville historique de la Crimée qui héberge la flotte russe de la mer Noire, a constaté un journaliste de l'AFP. Ils entendaient protester à l'appel de mouvements pro-russes contre "les fascistes au pouvoir à Kiev".

Ils brandissaient des drapeaux russes ou ceux de la flotte russe de la mer Noire et des affiches clamant "Mère Russie, sauve du fascisme tes enfants abandonnés".

"Les fascistes ont pris le pouvoir à Kiev !", proclamait un orateur s'exprimant à travers un haut-parleur dans une voiture parcourant cette ville de Crimée, vaste péninsule pro-russe tout au sud du pays.

Le Parlement ukrainien a destitué samedi le président Viktor Ianoukovitch, nommé un chef d'État par intérim et annoncé la formation d'un nouveau gouvernement d'union nationale d'ici mardi. Des décisions prises au terme d'une contestation de trois mois, émaillée de violents affrontements qui ont fait au moins 82 morts à Kiev cette semaine.

Ce mouvement de contestation était né fin novembre de la volte-face pro-russe du pouvoir, au détriment d'un rapprochement avec l'Union européenne.

"Le nouveau pouvoir veut priver les Russes de leurs droits et de leur citoyenneté", mettaient en garde les organisateurs, en référence aux Ukrainiens russophones.

"Les bandits ont pris le pouvoir à Kiev, je suis ici pour protéger ma ville", a témoigné Stanislav Bolotnikovski, un homme de 53 ans.

"Un coup d'Etat s'est produit à Kiev. Je ne veux pas que mes enfants vivent dans un pays dirigé par des fascistes", a renchéri Evguéni, un entrepreneur de 39 ans.

Ils faisaient référence à la présence de formations nationalistes et d'extrême-droite en première ligne dans la contestation à Kiev.

- Stabilité avec la Russie -

Malgré leur méfiance ouverte pour le nouveau pouvoir en place, les habitants de Sébastopol n'approuvent pas pour autant le comportement de Ianoukovitch dans la crise.

"Ianoukovitch n'est plus mon président, il a fait preuve de mollesse en envoyant des policiers non protégés contre des bandits armés", affirme M. Bolotnikovski.

"Ianoukovitch a abandonné son parti et son gouvernement. Je ne voterai plus pour lui", renchérit Evguéni.

Pour Tatiana Sergueïevna, une retraitée qui discute avec deux autres dames, "Ianoukovitch n'est plus le président".

"Hier encore, j'espérais qu'un règlement était possible. Il faut rattacher la Crimée à la Russie, comme ça la stabilité reviendra", estime-t-elle.

La Crimée a d'abord appartenu, au sein de l'Union soviétique, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954.

Elle jouit du statut de "république autonome", et ses autorités locales avaient suggéré début février d'amender la Constitution locale pour faire de la Russie la "garante" de cette autonomie par rapport au reste de l'Ukraine. Cette initiative avait relancé les inquiétudes sur des tendances séparatistes dans le pays.

Mais coupant court à ces spéculations, le Premier ministre de Crimée, Anatoli Moguilev, a déclaré dimanche que la péninsule allait "exécuter" les décisions prises par le Parlement devenu depuis samedi majoritairement anti-Ianoukovitch.

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