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Le Parlement français vote mardi sur la prolongation de l'opération militaire en Centrafrique

23/02/2014 05:02 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

Le Parlement français débat mardi de la prolongation de son intervention militaire en Centrafrique, une discussion qui s'annonce animée en raison des difficultés sur le terrain mais devrait se solder par un vote favorable.

Le 5 décembre, le président français François Hollande, après avoir déclenché "l'opération Sangaris" en Centrafrique, avait promis une intervention "rapide" pour faire cesser les violences interreligieuses et ramener un minimum de stabilité dans l'infortuné pays.

Mais la situation s'est révélée plus complexe que prévu et les 1.600 soldats français sur le terrain ne sont pas parvenus à faire cessez les exactions, en particulier hors de la capitale Bangui.

Après l'annonce de l'envoi le 14 février, à la demande du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, de 400 militaires supplémentaires en Centrafrique, le gouvernement français opposera le bilan de près de trois mois d'intervention aux critiques de l'opposition, qui dénonce des erreurs d'appréciation.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doit s'exprimer mardi à l'Assemblée nationale et son texte sera lu à la même heure au Sénat.

Si l'opération Sangaris a permis de faire baisser le niveau de violence à Bangui, le cycle des représailles entre chrétiens et musulmans a provoqué la fuite de dizaines de milliers de musulmans vers le Nord et le risque d'une partition du pays. A cette situation dramatique s'ajoute l'explosion de la criminalité provoquée par les groupes armés.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a reconnu mi-février que l'opération serait plus longue que prévu. Le renfort des effectifs français était selon lui "indispensable", au moment "où on s'oriente vers une opération de maintien de la paix des Nations unies".

La présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza, plaide pour le maintien du contingent français jusqu'aux élections théoriquement prévues début 2015. "Ce n'est pas le moment d'abandonner la République centrafricaine" (RCA), a-t-elle dit vendredi dans un entretien accordé à l'AFP et la radio France Inter.

Présent ces derniers jours à Bangui dans le cadre d'une mission parlementaire, un député français de l'opposition, Pierre Lellouche, du parti UMP, a dénoncé "une lourde erreur" des services de renseignements de Paris, qui ont selon lui sous-estimé "le degré de violence auquel il fallait s'attendre", et une décision politique d'engager des troupes "très très improvisée".

"Nos soldats sont pris dans ce qu'il faut appeler une sorte de guerre civile larvée, ou à tout le moins une épuration ethnique qui ne dit pas son nom", a-t-il déclaré à l'AFP.

- "Nous y sommes pour longtemps" -

Loin d'être unanimes, les parlementaires de l'UMP pourraient se partager entre l'abstention, des votes opposés et d'autres favorables à la prolongation de l'intervention française.

"On nous avait promis une opération courte, nous avons la certitude que nous y sommes pour longtemps", constate le député centriste Philippe Folliot, qui était également à Bangui cette semaine.

"L'exécutif s'est trompé sur le format en envoyant 1.600 hommes. Nous savons que c'est nettement insuffisant", soutient-il, tout en plaidant pour un vote favorable de son groupe. "Beaucoup s'interrogent" avant le vote de mardi, "le spectre du bourbier est quelque chose qui inquiète", souligne le député.

A Bangui, le socialiste français Jean-Paul Bacquet a constaté une situation "dramatique, où tout peut exploser d'un jour à l'autre". "Les soldats français sont d'une qualité professionnelle fantastique, mais on est en train de les conduire à la limite de l'épuisement", souligne ce député de la majorité gouvernementale.

Les élus du Parti socialiste voteront en bloc la reconduction de l'opération Sangaris, estime-t-il, parce qu'"il serait irresponsable de voter le retrait". Plus à gauche, les élus communistes devraient quant à eux s'abstenir.

Au Sénat, où les débats qui relèvent de la défense sont moins politisés qu'à l'Assemblée nationale, la prolongation de l'intervention militaire devrait être également votée.

La consultation du Parlement est prévue par la Constitution française pour les opérations extérieures qui se prolongent au-delà de quatre mois. Celle de Centrafrique ayant débuté le 5 décembre, le vote aurait dû intervenir fin mars ou début avril, mais les travaux du Parlement seront suspendus à cette période en raison des élections municipales en France.

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