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Grenade en plein coeur de Bangkok, deux morts dont un enfant

23/02/2014 08:53 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Deux personnes dont un enfant de 12 ans ont été tuées dimanche par une grenade qui a explosé dans un quartier commercial de Bangkok, alors que les craintes d'une escalade de la violence augmentent après près de quatre mois de crise politique.

L'explosion due à une grenade selon la police a eu lieu lors d'un rassemblement de manifestants antigouvernement, dans un quartier touristique qui accueille centres commerciaux géants et hôtels de luxe.

"Une femme de 40 ans et un garçon de 12 ans sont morts et 22 personnes ont été blessées", a précisé le centre de secours Erawan sur son site internet.

Du sang était visible sur le sol, et policiers et soldats ont été envoyés sur place, selon un photographe de l'AFP.

Depuis le début à l'automne du mouvement qui demande la tête de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, les rassemblements des manifestants ont été la cible de jets de grenade et de fusillades, de la part d'assaillants non identifiés.

La crise, qui a également donné lieu à des affrontements entre police et militants, a désormais fait 19 morts, dont une petite fille de 5 ans tuée par balle samedi soir par des tirs sur une manifestation antigouvernementale dans l'est du pays.

Trente personnes ont également été blessées lors de cette fusillade dans la province de Trat, à 300 km à l'est de Bangkok, selon la police.

Six d'entre elles, dont une autre fillette de cinq ans, sont dans un état critique, selon Supan Srithamma, un responsable du ministère de la Santé.

Les protestataires ont condamné cette attaque, reprochant aux forces de l'ordre de n'avoir pas protégé les manifestants.

"Des armes de guerre ont été utilisées pour perpétrer un acte terroriste planifié et organisé", a réagi dimanche le porte-parole du mouvement, Akanat Promphan. "Cette atrocité a aggravé la nature de la violence contre les manifestants pacifiques".

- Les "rouges" veulent se battre -

Outre la tête de Yingluck, les protestataires réclament la fin de l'influence de son frère Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006 et qui reste malgré son exil le personnage le plus aimé et le plus haï du royaume.

Les manifestants, alliance hétéroclite réunie par la haine de Thaksin, accusent Yingluck d'être une marionnette du milliardaire et veulent se débarrasser de ce qu'ils appellent le "système Thaksin", associé selon eux à une corruption généralisée.

Les législatives anticipées du 2 février n'ont pas permis d'apaiser la crise.

Les manifestants, qui veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple", ont perturbé le scrutin et aucun résultat n'a été annoncé en attendant de nouveaux votes partiels, prolongeant le mandat d'un gouvernement condamné à expédier les affaires courantes.

Avec des pouvoirs limités, le gouvernement est plus vulnérable, selon les analystes, à une intervention des militaires ou de la justice. Cette dernière a déjà chassé deux Premiers ministres pro-Thaksin, en 2008.

L'intervention pourrait venir cette fois de la commission anticorruption qui va prochainement inculper Yingluck pour négligence en lien avec un programme contesté d'aides aux riziculteurs. Une procédure qui pourrait conduire à sa destitution.

Autre coup dur pour la Première ministre, la justice a ordonné au gouvernement il y a quelques jours de ne pas utiliser la force contre les manifestants "pacifiques", limitant sa marge de manoeuvre face à des militants qui continuent à bloquer administrations et carrefours clé de Bangkok.

Depuis le putsch de 2006, la Thaïlande est engluée dans un cycle de crises politiques qui fait descendre tour à tour dans la rue partisans et opposants à Thaksin.

La précédente, en 2010, avait vu les "chemises rouges" fidèles au milliardaire occuper le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission du gouvernement de l'époque, avant un assaut de l'armée. La crise avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

Dimanche, les "rouges", plutôt discrets depuis le début de la crise actuelle, se sont réunis dans le nord-est du pays pour décider de leur stratégie.

"Maintenant, nous allons réellement nous battre", a déclaré l'un de leurs leaders, Nattawut Saikuar, sans dévoiler de plans précis.

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