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Ukraine: Timochenko est libérée et s'adresse aux manifestants à Kiev

22/02/2014 09:00 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Quelques heures après avoir été libérée de prison, l'ancienne première ministre et figure symbolique de l'opposition, Ioula Timochenko est apparue devant une foule en liesse, samedi, au campement des manifestants dans le centre de la capitale ukrainienne.

Dans son discours livré devant quelque 50 000 manifestants, Timochenko a fait l'éloge des dizaines de manifestants tués dans les violences des derniers jours et a prié les protestataires de continuer à occuper le centre de Kiev.

Timochenko s'est adressée à ses partisans assise dans une chaise roulante en raison des importantes douleurs au dos qu'elle a développées au cours de ses deux années et demi de captivité.

Ce plus récent développement dans la crise politique ukrainienne survient au lendemain de la signature par le président Viktor Ianoukovitch d'un accord avec les chefs de l'opposition qui restreint ses pouvoirs et précipite la tenue d'élection.

L'Histoire s'est ensuite accélérée dans les heures qui ont suivi, le Parlement votant pour renverser la condamnation d'abus de pouvoir pour laquelle Timochenko a été incarcérée et le président Ianoukovitch quittant la capitale pour Kharkov, un de ses fiefs dans l'est du pays.

Samedi, les manifestants ont pris le contrôle de la capitale, en occupant les bureaux présidentiels. Forts de leurs nouveaux pouvoirs, les parlementaires ont voté pour la destitution de Viktor Ianoukovitch.

Qualifiant les événements de coup d'État, le président a déclaré qu'il ne démissionnerait pas. «Ils tentent de me faire peur. Je n'ai aucune intention de quitter le pays. Je ne démissionnerai pas, je suis le président élu», a-t-il affirmé dans une déclaration diffusée à la télévision, samedi.

Le président Ianoukovitch a également comparé la crise qui secoue le pays à la montée du nazisme dans les années 1930. «Tout ce qui se produit aujourd'hui est, à un degré plus élevé, du vandalisme, du banditisme et un coup d'État», a soutenu Ianoukovitch lors de son discours télévisé, visiblement ébranlé et observant de longues pauses pendant sa déclaration.

«Je vais tout faire pour empêcher la division de mon pays et faire cesser le bain de sang», a-t-il déclaré alors que les craintes d'une scission du pays entre l'ouest pro-européen et l'est russophone se font de plus en plus sentir.

Le président Ianoukovitch a ajouté qu'il ne signerait aucune des mesures adoptées par le parlement au cours des deux derniers jours. Celles-ci concernent notamment sa propre destitution, la tenue d'élections le 25 mai plutôt que l'an prochain, la réduction des pouvoirs présidentiels, la nomination d'un nouveau ministre de l'Intérieur et la libération de Timochenko.

Toutes ces décisions ont été adoptées avec une large majorité, incluant l'approbation par certains membres du parti d'Ianoukovitch.

Dans son allocution livrée samedi, Timochenko est apparue épuisée et sa voix a cassé à plusieurs reprises, mais sa capacité à trouver les mots les plus percutants était intacte.

«Vous êtes des héros, vous êtes ce que l'Ukraine a de mieux à offrir!», a-t-elle dit à tous ceux et celles qui sont décédés au cours des derniers jours. Le ministère de la Santé a d'ailleurs dévoilé, samedi, que 82 personnes avaient perdu la vie lors des affrontements entre protestataires et forces de l'ordre.

Timochenko a également imploré les manifestants à maintenir leur campement sur la place de l'Indépendance. «En aucun cas vous ne pouvez quitter la place Maïdan sans que vous soyez parvenus à obtenir tout ce que vous souhaitez», a-t-elle lancé.

Après les manifestations de la Révolution orange de 2004 qui ont permis à Viktor Iouchtchenko d'accéder à la présidence, Timochenko était devenue première ministre. Mais lorsque Viktor Ianoukovitch a remporté les élections en 2010, Timochenko a été arrêtée puis inculpée d'abus de pouvoir, un épisode qui a été perçu comme une revanche politique.

L'avenir du pays de 46 millions d'âmes qui revêt une importance stratégique pour la Russie, l'Europe et les États-Unis est encore une fois des plus incertain.

Les régions situées à l'ouest du pays, choquées par les scandales de corruption qui ont entaché le gouvernement Ianoukovitch, souhaitent se rapprocher de l'Union européenne, alors que l'est de l'Ukraine espère renforcer ses liens avec la Russie voisine comme le souhaite le président Ianoukovitch.

La crise qui déchire le pays depuis trois mois a d'ailleurs été déclenchée par le rejet par le président Ianoukovitch d'un accord avec l'Union européenne au profit d'une entente avec Moscou.

Quant à la Russie, elle a vertement dénoncé l'accord signé entre le président Ianoukovitch et l'opposition, samedi, en soutenant que l'opposition n'a pas respecté son engagement d'abandonner le campement et de rendre les armes.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a demandé à ses homologues français, allemand et polonais — qui ont contribué à élaborer l'entente conclue entre la présidence et l'opposition —, d'intervenir une fois de plus.

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