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Syrie: le Conseil de sécurité vote à l'unanimité une résolution humanitaire

22/02/2014 11:21 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté samedi à l'unanimité une résolution non contraignante réclamant la levée du siège de plusieurs villes syriennes, dont l'efficacité est mise en doute par certains ambassadeurs en raison de l'absence de sanctions automatiques.

L'adoption de ce texte --auquel s'est finalement rallié la Russie, qui avait un temps fait peser la menace d'un veto-- a eu lieu alors que sur le terrain l'armée de l'air syrienne a mené de nouveaux raids dans la région de Yabroud, une importante ville rebelle au nord de Damas, et que d'importants combats faisaient rage à la périphérie de la capitale.

Le texte adopté samedi --présentée par l'Australie, le Luxembourg et la Jordanie, et soutenue par Londres, Washington et Paris-- appelle toutes les parties au conflit à lever immédiatement les sièges des zones peuplées.

"Affamer les civils est une tactique de guerre prohibée par les lois humanitaires internationales", stipule la résolution. Le texte demande également la fin des attaque contre les civils, "y compris les bombardements aériens, notamment l'utilisation de barils d'explosifs", une référence claire à la tactique employée par l'armée syrienne à Alep (nord).

- "Un texte équilibré" -

L'ambassadeur français Gérard Araud a estimé que le Conseil avait "évité le déshonneur du silence" mais qu'il devait s'assurer que cette résolution "se traduise en actions concrètes". L'ambassadrice américaine Samantha Power a quant à elle demandé "à tous les pays membres de faire pression sur Damas pour appliquer d'urgence" cette décision.

"Notre priorité est la mise en oeuvre totale et immédiate de la résolution", a renchéri dans un communiqué le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague: "Nous n'hésiterons pas à retourner devant le Conseil de sécurité si le régime Assad ne respecte pas ce qui est demandé dans cette résolution". Son homologue français Laurent Fabius a lui aussi dit espérer que les demandes du Conseil soient "suivies d'effets".

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a pour sa part estimé que les amendements que Moscou avait imposés avaient abouti à "un texte équilibré". Il a souligné qu'il "n'y avait pas de sanctions automatiques" en cas de non respect de la résolution et a suggéré que le Conseil adopte une autre résolution pour dénoncer la montée du terrorisme en Syrie, un leitmotiv de Moscou et de Damas.

"La souveraineté de la Syrie doit être respectée et l'avis de son gouvernement pris en compte" lors d'opérations humanitaires, a de son côté rappelé un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Loukachevitch.

La résolution --âprement négociée avec Moscou-- ne prévoit pas de sanctions automatiques mais laisse ouverte la possibilité d'agir ultérieurement contre les récalcitrants. Il faudra alors toutefois une nouvelle décision du Conseil, que la Russie bloquerait à coup sûr.

Depuis le début de la crise syrienne en mars 2011, la Russie et la Chine ont bloqué à trois reprises des résolutions occidentales visant à faire pression sur le régime syrien. Le Conseil avait déjà adopté le 2 octobre 2013 une déclaration réclament un meilleur accès humanitaire en Syrie mais elle était restée lettre morte.

- "Atténuer les souffrances" -

Entretemps la situation s'est détériorée, avec plus de 140.000 morts en trois ans, selon des ONG, et des millions de Syriens déplacés ou exilés.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a espéré que la résolution "puisse atténuer une partie des souffrances de la population syrienne", soulignant que des millions de Syriens étaient "hors de portée" des agences humanitaires: selon l'ONU, 200.000 personnes sont assiégées dans les zones contrôlées par le gouvernement et 45.000 dans celles contrôlées par l'opposition.

Sur le terrain, dans et autour de Yabroud, des bombardements ont à nouveau lieu, y compris par voie aérienne. Les troupes du régime de Bachar al-Assad ont lancé une offensive il y a deux semaines pour reprendre cette ville, située dans la région montagneuse du Qalamoun, près de la frontière libanaise.

Sur un autre front, des combattants kurdes ont pris la ville de Tal Barak (nord-est), jusqu'alors tenue par le groupe jihadiste de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

A Alep (nord) et Al-Naimeh, un village de la province de Daraa (sud) des hélicoptères de l'armée ont lancé des barils d'explosifs sur des quartiers tenus par les rebelles.

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