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Justin Trudeau s'attend à ce que la prochaine campagne électorale soit négative

22/02/2014 03:49 EST | Actualisé 24/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Justin Trudeau a mis la table en prévision des élections générales de 2015 en courtisant les conservateurs d'allégeance centriste, en tirant à boulets rouges sur Stephen Harper et en dénonçant la «politique de la division» du gouvernement Marois.

Le chef du Parti libéral du Canada (PLC) et son équipe ont semblé prendre bonne note des plus récents sondages qui placent leur formation coude à coude avec le Parti conservateur.

Même si le congrès biennal du PLC se déroule au Québec, où plusieurs sièges libéraux ont été emportés par la vague orange néo-démocrate au dernier scrutin, M. Trudeau n'a jamais vraiment semblé se préoccuper du Nouveau Parti démocratique (NPD), sauf pour dire que Thomas Mulcair avait une «bien plus belle barbe» que lui et que son projet de réforme du Sénat ne tenait pas la route.

Selon le néo-démocrate Alexandre Boulerice, le leader libéral a tort de faire peu de cas des troupes de M. Mulcair, qui détiennent actuellement 100 sièges aux Communes comparativement à 36 pour le PLC.

«Si sa stratégie est d'ignorer le NPD, il se trompe. C'est une course à trois qui se dessine», a fait valoir le député de la circonscription Rosemont—La Petite-Patrie en entrevue téléphonique.

Reste que la cible principale de Justin Trudeau aura été Stephen Harper, au grand plaisir des quelque 3000 militants réunis dans une salle pleine à craquer du Palais des congrès, à Montréal.

Il a donné le coup d'envoi des hostilités en rappelant le scandale des dépenses au Sénat, qui a fait mal aux conservateurs.

«De son côté, alors qu'il était candidat, M. Harper avait promis que jamais il ne nommerait un sénateur. Pas un seul! Puis, une fois élu, il a nommé 57 sénateurs», a-t-il ironisé au cours de son allocution de près de 40 minutes, qu'il a principalement livrée en anglais.

«Soit dit en passant, toute personne ayant nommé au Sénat Pamela Wallin, Mike Duffy et Patrick Brazeau ne devrait pas s'empresser de faire du jugement une question de campagne», a lancé le député de Papineau en faisant référence aux attaques conservatrices sur son propre jugement.

Tel le pugiliste qu'il est à temps perdu, Justin Trudeau a modulé ses attaques, passant de la flatterie aux «jabs» tout en saupoudrant quelques railleries au passage.

Dans l'une de ses tentatives de rallier certains de ses adversaires, il a tendu une perche à la «base conservatrice», que les gens à Ottawa présentent comme «une foule en colère qu'il faut craindre».

«Comme vous le savez tous, les 5,8 millions de Canadiennes et Canadiens qui ont voté conservateur ne sont pas nos ennemis. Ce sont nos voisins», a-t-il plaidé.

«Voici ce que je dis à la base conservatrice (…) Nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout (…) mais je sais que nous pouvons nous entendre sur ceci: la négativité ne peut pas être la force motrice de ce pays.»

Il a prévenu ses troupes que la route vers le 24 Sussex serait parsemée d'embûches. Stephen Harper et son équipe, a-t-il suggéré, vont faire en sorte que la prochaine campagne soit «la plus négative que le pays ait connu».

Sur le plan économique, Justin Trudeau, a promis samedi qu'un gouvernement libéral ne hausserait pas les impôts.

Il a également énoncé quelques généralités entourant l'exploitation «responsable» des ressources naturelles et l'investissement dans les infrastructures.

Pour Alexandre Boulerice, le discours économique du chef du PLC a été «très décevant», et il se résume à une succession de «clichés» et de «phrases creuses».

«Où va-t-il aller chercher tout cet argent? Il veut dépenser plus, mais sans hausser l'impôt des particuliers et des entreprises. Au fond, le plan fiscal de Justin Trudeau est le même que celui de Stephen Harper», a-t-il lâché.

Marois et Harper, même combat

Justin Trudeau s'est par ailleurs de nouveau permis une incursion sur la scène politique provinciale en établissant un parallèle entre le style de leadership à Ottawa et à Québec.

Stephen Harper, a-t-il réitéré samedi, pratique la même politique de division, la même «politique du pire» que Pauline Marois,

Comme il l'avait fait jeudi, il ne s'est pas privé de décocher des flèches en direction de la première ministre et de son projet de charte des valeurs.

Le bureau de Pauline Marois n'a pas souhaité réagir à ces assauts, mais le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, l'a fait dans une déclaration écrite transmise à La Presse Canadienne.

«Le débat sur la laïcité qui se déroule au Québec se fait en toute ouverture et il suit le cadre parlementaire normal. Notre gouvernement est à l'écoute de l'ensemble des citoyens», a soutenu le ministre Cloutier.

«Pour ce qui est de la division, un des pires gestes de l'histoire du Canada a été posé par un gouvernement dont M. Trudeau est l'héritier et il s'agit de l'imposition de la Constitution en 1982 qui s'est fait sans le consentement du Québec», a-t-il conclu dans son courriel.

Le congrès biennal du PLC se poursuit jusqu'à dimanche à Montréal.

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