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France: un viticulteur bio poursuivi pour avoir refusé de traiter ses ceps

22/02/2014 04:14 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

Un vigneron français doit comparaître lundi devant la justice pour avoir refusé de traiter ses ceps contre une grave maladie sévissant en Bourgogne (est), une affaire qui divise militants écologistes et profession viticole.

Après la découverte de foyers de la maladie, la flavescence dorée, près de Beaune, le préfet (haut représentant de l'Etat) avaient imposé en juin 2013 de traiter tous les vignobles du département contre la cicadelle, l'insecte qui répand la maladie.

Viticulteur en biodynamie, Emmanuel Giboulot a refusé tout traitement sur les dix hectares qu'il exploite en Côte de Beaune et Haute-Côte de Nuits. Y compris à la pyréthrine, pesticide naturel: pour lui, tous les traitements vont à l'encontre des "équilibres biologiques", principe fondamental de la biodynamie qu'il applique depuis les années 1970.

Après un contrôle en juillet de la direction régionale de l'agriculture, M. Giboulot a été convoqué devant la justice. Il encourt six mois d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende.

S'appuyant sur la "réglementation européenne et nationale", le chef du Service régional de l'alimentation, Olivier Lapôtre, a expliqué que, "pour que le traitement soit efficace, il faut que les vignes aient été traitées par tous".

"C'est une maladie mortelle et très contagieuse, c'est pour cette raison que ces mesures sont obligatoires (...) Nos craintes étaient fondées, puisque des cas ont été trouvés à quelques kilomètres de Beaune", a-t-il souligné.

Selon la préfecture de Bourgogne, "une seule parcelle de 0,20 hectare a été fortement touchée" par la flavescence dorée en 2013 et devait être arrachée, contre 11,3 ha en 2012.

- Urgence à agir? -

Pour l'avocat du vigneron, Me Benoist Busson, le préfet n'était pas compétent à agir, estimant que "seul le ministre" l'était, en l'absence d'urgence motivée dans son arrêté.

Me Busson estime même que le préfet a fait du zèle, rappelant qu'en 2003, le ministère avait pris un arrêté contre la flavescence dorée limitant géographiquement l'action à mener en cas de maladie. Ce texte, revu récemment, précise que lorsqu'un cep est contaminé sur une parcelle, le périmètre de lutte inclut la commune où elle se trouve et éventuellement ses voisines, "mais pas tout le département", a relevé l'avocat.

Un important foyer de la maladie, qui touche tous les vignobles européens, avait été découvert fin 2011 dans le nord Mâconnais (est).

Selon Denis Thiéry, directeur de recherches à l'Institut national de recherche agronomique de Bordeaux (sud-ouest), l'épidémie de flavescence dorée, apparue en France en 1949 en Armagnac (sud-ouest), "explose depuis une dizaine d'années".

"Presque tout le vignoble français est touché, hormis le Jura, la Champagne et l'Alsace", trois régions dans l'est de la France, a précisé ce spécialiste, pour qui "les plans de lutte doivent être respectés", sinon, "c'est comme refuser de se vacciner quand c'est obligatoire".

- Pétitions et contre-vérités -

"La liberté de choix, en l'absence de menace sanitaire avérée, devrait être de mise", a rétorqué Sandrine Bélier, députée écologiste européenne de la région est, qui voit dans l'assignation du vigneron une "absurdité".

Le parti écologiste fait partie d'un comité de soutien - où figure aussi notamment l'association Greenpeace - qui réclame l'arrêt des poursuites judiciaires envers tous les viticulteurs "engagés dans une procédure alternative".

Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) a dénoncé de son côté vendredi des "contre-vérités" véhiculées autour du cas, isolé, de M. Giboulot, dont il refuse de faire un martyre du bio car "il n'est pas l'unique défenseur de la nature en Bourgogne".

En cause, notamment, une vidéo lancée par l'Institut pour la protection de la santé naturelle, association basée à Bruxelles, qui promeut des "solutions alternatives" pour lutter contre la flavescence dorée et la cicadelle.

"Dire qu'il suffit de mettre des pièges orange et un peu d'argile, ce n'est pas vrai (...) Si l'on constate, par une analyse fine comme nous l'avons fait, qu'il n'y pas d'autre choix, il faut traiter", a affirmé Pascal Lambert, directeur du Service d'écodéveloppement agrobiologique et rural de Bourgogne.

"Non, la Bourgogne ne pollue pas" en traitant ses vignes, a insisté Claude Chevalier, président du BIVB, estimant que le message véhiculé par l'affaire "n'est pas bon" pour la filière.

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