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En Ukraine, l'Allemagne affirme son poids diplomatique

22/02/2014 05:05 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

Souvent accusée de ne pas assez s'engager sur la scène internationale, l'Allemagne a fait preuve cette semaine d'un activisme et d'une détermination inhabituels pour aider à résoudre la crise ukrainienne, affirmant son poids diplomatique.

L'Allemagne se fait de plus en plus le porte-parole de l'Union européenne dans ses relations avec l'Europe de l'Est et la Russie, profitant de sa proximité géographique et de réseaux d'influence actifs depuis des décennies, soulignent les analystes.

La chancelière Angela Merkel, qui a grandi dans l'ancienne Allemagne de l'Est, a orchestré une médiation décisive dans l'affrontement qui a opposé pendant trois mois le régime pro-russe du président Viktor Ianoukovitch et les manifestants pro-européens.

Alors que Londres et Paris semblaient en retrait, elle a reçu la semaine dernière les dirigeants de l'opposition, dont Vitali Klitschko qui vit depuis des années en Allemagne où il est très populaire.

Alors que les manifestations prenaient un tour sanglant, elle n'a pas hésité à appeler le président américain Barack Obama et le président russe Vladimir Poutine, tout en forgeant une alliance européenne.

Avec les ministres des Affaires étrangères français Laurent Fabius et polonais Radoslaw Sikorski, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a joué un rôle clé à Kiev pour arracher un accord qui pourrait sauver le pays du chaos.

Le quotidien conservateur Die Welt a salué ce coup de poker diplomatique. "Que personne ne dise que l'Europe est un tigre de papier sur le plan diplomatique", a clamé le journal.

Le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert, a affirmé que Mme Merkel avait préparé le terrain pour la mission décisive des ministres européens. Jeudi, elle avait appelé M. Ianoukovitch et elle "a réussi à le convaincre d'accepter les ministres présents à Kiev comme interlocuteurs, comme témoins et comme médiateurs", a souligné M. Seibert.

Toutefois, la situation est loin d'être stabilisée, avertit Jörg Forbig, expert du Fonds Marshall allemand. "Il faut être très prudent... Beaucoup de choses peuvent encore salement dérailler", a-t-il jugé.

Mais si tout se passe bien, cela prouvera que "l'Europe de l'Est est une zone où l'UE peut réussir avec une politique étrangère à elle, où l'UE peut faire la différence".

"Il y a beaucoup de sujets sur lesquels l'UE restera toujours un acteur de seconde zone, mais pour ses voisins orientaux, c'est une voix primordiale. Avec la Russie, évidemment", a-t-il ajouté.

L'initiative allemande en Ukraine vient à la suite d'une série d'actions pour soutenir des dissidents et des militants pro-démocratie en Russie et dans les anciennes Républiques soviétiques.

"L'Allemagne est devenue nettement plus active" dans la région, a relevé Jan Köhler, expert à l'Université libre de Berlin. Pour lui, convictions démocratiques et intérêts stratégiques se rejoignent ici.

En décembre, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher -- l'un des artisans de la Réunification allemande --, avait obtenu la libération de l'opposant à Poutine, Mikhail Khodorkovski.

Arrivé en jet privé grâce aux relations de M. Genscher, Khodorkovski avait donné une conférence de presse au musée situé devant le célèbre point de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest pendant la Guerre froide, Checkpoint Charlie. C'est à ce même endroit que Dmytro Boulatov, militant ukrainien, enlevé et torturé par des soutiens du gouvernement de Kiev, s'était exprimé publiquement il y a une semaine.

M. Steinmeier avait exercé une forte pression sur son homologue ukrainien pour qu'il laisse M. Boulatov quitter le pays.

Ces dernières années, les Allemands ont aussi beaucoup oeuvré en faveur de l'opposante Ioulia Timochenko, même s'ils n'ont jamais pu obtenir qu'elle soit soignée à Berlin.

L'implication allemande en Europe de l'Est ne date pas d'hier, a rappelé Christian Wipperfürth, expert des questions russes au Conseil allemand des Affaires étrangères.

Lors de la "révolution orange" de 2004 en Ukraine, Berlin avait déjà joué un rôle actif, de même que lors de la résolution du conflit russo-géorgien en 2008.

La très bonne connaissance de la zone par l'Allemagne "ne se limite pas à une vingtaine de diplomates", a-t-il souligné, évoquant aussi le rôle important joué par les liens économiques.

"Il y a tout simplement plus d'expertise sur la Russie en Allemagne que dans n'importe quel autre grand pays européen", explique-t-il.

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