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Ukraine: le président est affaibli mais l'opposition demeure divisée

21/02/2014 06:26 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Le président ukrainien et les chefs de file de l'opposition ont conclu un accord prévoyant la formation d'un nouveau gouvernement et la tenue d'élections anticipées, vendredi, lors d'une journée où les annonces politiques se sont succédées à un rythme effrené.

Le Parlement a ensuite retiré des pouvoirs au président Viktor Ianoukovitch et voté la libération de sa rivale, l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, emprisonnée à Kharkiv dans l'est de l'Ukraine.

L'entente annoncée vendredi constitue un tournant majeur dans le bras de fer qui oppose depuis plusieurs mois le président Ianoukovitch aux manifestants anti-gouvernement, qui lui reprochent notamment d'avoir rejeté un accord économique avec l'Union européenne au profit d'un plan de sauvetage financier de la Russie.

Si l'accord — négocié par des médiateurs européens —, est maintenu, il pourrait mettre fin aux hostilités qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés plus tôt cette semaine. Ces violences étaient les pires à survenir en Ukraine depuis son accession à l'indépendance, en 1991.

L'entente n'a toutefois pas été acceptée par toutes les parties, le négociateur russe, Vladimir Lukin, ayant refusé de la signer. Le parlementaire russe et président du comité responsable des relations avec les anciennes républiques soviétiques, Leonid Slutski, a de son côté déclaré que l'accord servait surtout l'Occident.

La colère était aussi palpable vendredi soir sur la place de l'Indépendace de Kiev, le Maïdan, où les plus radicaux des manifestants — outrés par la violente répression des forces policières —, ont soutenu qu'ils ne quitteraient pas les lieux tant et aussi longtemps que le président Ianoukovitch ne démissionnait pas.

Les militants ont hué des représentants de l'opposition lorsqu'ils sont montés sur une scène en soirée pour présenter les dispositions de l'accord. Un manifestant a menacé de passer à l'offensive armée si l'opposition n'exigeait pas la démission du président d'ici samedi matin. D'autres ont lancé «Mort au criminel!» en référence à M. Ianoukovitch.

L'accord conclu vendredi prévoit la tenue d'une élection présidentielle au plus tard en décembre, alors qu'elle devait avoir lieu en mars 2015. Plusieurs manifestants refusent ce délai et réclament le départ immédiat du président.

Quelques heures après la signature de l'entente, le parlement ukrainien a voté en faveur du rétablissement de la Constitution de 2004, qui limite les pouvoirs présidentiels. Cela retire au président Ianoukovitch certains des pouvoirs qu'il s'était appropriés après son élection en 2010.

Même si M. Ianoukovitch conserve la majorité au parlement, il perd le pouvoir de nommer le premier ministre et de congédier le cabinet. Les parlementaires ont aussi approuvé une amnistie pour les manifestants qui ont perpétré des actes de violence.

Les élus ont également voté le congédiement du ministre de l'Intérieur Vitali Zakharchenko, très impopulaire au sein des manifestants et blâmé pour les pires violences policières — y compris les dizaines de personnes qu'auraient abattues les tireurs d'élite du régime.

Ils ont ensuite adopté une motion pour décriminaliser l'accusation ayant mené à la condamnation et l'emprisonnement de Mme Timochenko, une mesure qui signifie que l'ancienne première ministre n'est plus considérée comme une criminelle.

«Libérez Ioulia! Libérez Ioulia!», ont scandé les parlementaires à l'issue du vote.

Sa libération ne sera toutefois pas immédiate puisque le président Ianoukovitch doit signer ce projet de loi pour qu'il soit promulgué et les avocats de Mme Timochenko doivent s'adresser à la cour pour demander sa sortie de prison.

Les responsables ukrainiens nommeront aussi, d'ici 10 jours, un gouvernement d'unité nationale qui fera une place aux principaux dirigeants de l'opposition.

L'entente a été négociée pendant deux jours et une nuit par les ministres des Affaires étrangères de la France, de l'Allemagne et de la Pologne, qui ont servi de médiateurs entre le président et les leaders de l'opposition.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a déclaré que l'accord reflétait ce que Washington avait demandé, ajoutant que les États-Unis surveilleraient de près sa mise en application et que d'autres sanctions pourraient être adoptées si les mesures prévues n'étaient pas respectées.

Mais aucun des deux camps n'a obtenu tout ce qu'il désirait et certaines conditions plus vagues risquent de remettre le feu aux poudres.

Le document prévoit entre autres que les militants de l'opposition rendent toutes les armes saisies, libèrent les édifices occupés et démantèlent leurs campements à travers le pays, ce qui est loin d'être acquis pour l'instant.

Les milliers de personnes installées sur le Maïdan pourraient refuser de rentrer chez elles, alors que plusieurs scandaient «Démissionne! Démissionne! Démissionne!» à l'intention du président Ianoukovitch.

La situation demeurait tendue à Kiev vendredi et des coups de feu ont été entendus. Le leader d'un groupe radical à l'origine de plusieurs affrontements avec la police, Pravy Sektor, a déclaré que «la révolution nationale va se poursuivre», selon l'agence Interfax.

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