DIVERTISSEMENT

Spectacle de Michel Rivard à Montréal en lumière: maître en son royaume

21/02/2014 05:40 EST | Actualisé 21/02/2014 05:54 EST
Huffington Post Quebec

Michel Rivard s’est autoproclamé «Roi de rien» sur son dernier album, paru en octobre. Sauf son respect, permettons-nous de le contredire. C’est en souverain digne et fier – mais bien humble, précisons-le néanmoins – que l’auteur-compositeur-interprète s’est approprié la scène du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, jeudi, en ouverture du Festival Montréal en lumière.

Accompagné de son toujours fidèle Flybin Band, le seigneur Rivard a revisité la presque totalité de son récent matériel, en plus de glisser ici et là quelques classiques, les siens, et ceux de Beau Dommage. Avec la prestance et l’élégance qui caractérisent tout pontife, il a prouvé, derrière son micro, guitare au cou, qu’un répertoire solide ne nécessite aucun artifice pour régner et faire vibrer.

Le roi des mots paraissait content d’être là. Serein, détendu. Il a dégainé avec une valeur sûre nostalgique, savamment sélectionnée, Motel mon repos, et la très belle Et on avance. Comme adresse de bienvenue, une description imagée de Montréal, dans laquelle se sont judicieusement entrecroisées des références à la viande fumée et aux signes ostentatoires. De l’humour, de l’esprit, mais pas de grandes effusions, pas de grandes émotions. Le public connaît son Michel Rivard, et n’attendait rien d’autre de lui pour lancer les festivités.

Des introductions pleines de blagues et de poésie ont précédé plusieurs des chansons. À juste titre, l’évocatrice Roi de rien a eu droit à sa mise en bouche, le récit d’une marche au petit matin devant la maison dudit roi de rien. On a craqué pour Mélodie, une ode à la musique, que Rivard raconte comme un flirt. Belle idée que ce pot-pourri hétéroclite, interprété par le Flybin Band en entier autour du micro, amalgamant En veillant su’l perron, Only The Lonely et California Dreamin’.

On a eu des frissons quand les voix des spectateurs se sont élevées sur La complainte du phoque en Alaska. Plus l’air avançait, moins on entendait Rivard. Un moment de communion comme seul un authentique rassembleur sait en créer. Et, puisqu’on l’aime aussi engagé, le roi de Montréal en lumière y est aussi allé d’un petit coup de coude dénonciateur. Un seul, mais clair et précis.

«De nos jours, les chanteurs d’opéra animent des émissions de bouffe, les clowns dirigent nos gouvernements… Tu peux bien jouer du piano!», a-t-il lancé au musicien campé derrière l’instrument, qui ne serait apparemment pas un «vrai» pianiste.

Royaume d’hier et d’aujourd’hui

La deuxième partie a paru un peu plus longue, mais le maître des lieux maîtrise l’art de garder son parterre captif. Celui-ci ne demandait de toute façon qu’à se laisser bercer. Il faut dire que le retour de l’entracte s’est amorcé dans une énergie communicative, avec Le blues de la métropole. Les toutes premières mesures ont aussitôt généré des claquements de mains et des murmures d’approbation dans la salle. Rivard s’est fait plaisir en intégrant les noms de ses amis Richard Séguin et Paul Piché aux couplets («Richard Séguin allait un jour me voler ma gang»; «Même Paul Piché a embarqué mon ancienne blonde dans son troupeau») et en insérant même, vers la fin du morceau, un extrait de Revolution, des Beatles. Jolie fantaisie. Et pourquoi pas? C’est lui, le roi.

Vertige, Ma sœur la lune (livrée dans une obscurité presque totale, transpercée par un unique faisceau de lumière), une longue anecdote d’une canicule de 1963 vécue par un garçon de 12 ans traçant la voie à Shangria, on a exploré le royaume du Rivard nouveau avec douceur et délectation. On s’est aussi immergés dans celui d’hier, avec une version acoustique, tranquille, de Ginette – le chanteur n’a pas manqué de remercier l’auteur de la pièce, Pierre Huet, présent au spectacle jeudi -, et d’autres, intactes, de Méfiez-vous du grand amour, de Je voudrais voir la mer fondue dans Rivière et de J’aimais l’hiver.

Le roi reste reconnaissant envers ses sujets. Il les a gratifiés d’une magnifique Merci pour tout en fin de piste. «Merci d’être là, le long du chemin, le long des jours…» La foule a apprécié ce sobre hommage, plein d’une affection sincère. L’ovation debout et les sifflements qui ont suivi ont rapidement convaincu le monarque de ne pas faire languir ses disciples avant de leur offrir une sentie Retour de Don Quichotte, assis au clavier. Bon prince, il a présenté un à un les membres du Flybin Band, dont certains le suivent depuis les années 1970. Après Un trou dans les nuages, l’artiste s’est remémoré l’époque chère à son cœur des disques vinyle, et a conclu sur cette note avec Cœur de vinyle.

Roi de rien, Michel Rivard? Au sens figuré, peut-être. À proprement parler, l’homme demeure roi des cœurs de ses admirateurs. Vive le roi!

Le Festival Montréal en lumière se poursuit jusqu’au 2 mars. Pour connaître toutes les dates de la tournée Roi de rien, consultez le site web de Michel Rivard.

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