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Nigeria: passeport confisqué pour l'ex-patron de la Banque centrale qui dénonce la corruption

21/02/2014 11:08 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

Les autorités nigérianes ont confisqué le passeport de l'ex-gouverneur de la Banque centrale, déchu par le président Goodluck Jonathan après avoir dénoncé un scandale de corruption, faisant craindre une déstabilisation de l'économie du pays dont la monnaie vacille.

Le limogeage de Lamido Sanusi, officiellement pour "plusieurs imprudences et des manquements en matière de finance" alors que son mandat expirait en juin, est lié à sa dénonciation d'un énorme scandale de corruption, estiment les observateurs - ce qu'affirme également l'intéressé.

Ce scandale tombe au pire moment pour le président Jonathan, confronté à une crise sans précédent dansson propre parti et critiqué pour son incapacité à mettre fin aux violences des islamistes de Boko Haram dans le nord, à un an des élections générales.

Nasir El Rufai, ex-ministre passé à l'opposition, a révélé vendredi à l'AFP qu'il était à l'aéroport de Lagos pour accueillir M. Sanusi à son retour du Niger, jeudi après-midi, quand les services de renseignement nigérians ont saisi le passeport de l'ex-gouverneur de la Banque centrale, quelques heures après l'annonce de son renvoi.

Selon lui, M. Sanusi n'avait pas récupéré son passeport vendredi.

L'ex-gouverneur avait déclenché un scandale politico-financier en demandant des comptes à la Société pétrolière nationale nigériane (NNPC), considérée par les observateurs comme un épicentre de la corruption, sur des milliards de dollars de fonds publics manquants.

Son action - il a dénoncé les méfaits de la corruption, remis de l'ordre dans un secteur bancaire au bord de l'implosion et stabilisé la monnaie du pays le plus peuplé d'Afrique, premier producteur de pétrole du continent - a été saluée par de nombreux économistes nigérians et étrangers.

Mais cela lui a également valu de puissants ennemis politiques.

En septembre, il avait accusé publiquement la NNPC de devoir à l'Etat près de 50 milliards de dollars de revenus pétroliers.

Il avait ensuite revu ce chiffre à la baisse, annonçant qu'il ne manquait "que" 12 milliards, laissant planer des rumeurs de pressions politiques.

Il était revenu sur le sujet début février, dénonçant une perte d'environ 20 milliards pour le Nigeria entre janvier 2012 et juillet 2013, en partie à cause du paiement douteux de subventions sur le kérozène par la NNPC. Celle-ci a nié.

- Craintes sur la devise nationale -

Son renvoi a suscité des inquiétudes sur la santé du naira, la monnaie nationale, et les perspectives économiques du pays.

Pour Razia Kahn, responsable de recherches à la banque Standard Chartered, la confiance des investisseurs a déjà été affectée.

Le naira est tombé à 168,90 pour un dollar après l'annonce du limogeage, son plus bas depuis deux décennies, avant de se reprendre vendredi matin à 166,37 pour un dollar.

"On s'attend à un nouvel accès de faiblesse du naira", a ajouté Razia Kahn.

"Le naira nigérian, qui a été une des devises africaines les plus stables ces cinq dernières années, devrait chuter en raison de cette nouvelle instabilité politique", a renchéri le centre d'études Damina Advisors.

Sarah Alade, qui remplace temporairement M. Sanusi, a assuré vendredi qu'elle appliquerait la politique de son prédécesseur et qu'elle défendrait agressivement le naira.

Mais l'avenir est plus incertain avec le nouveau gouverneur de la Banque centrale nommé par le président, Godwin Emefiele, actuel patron de la banque nigériane Zenith, car il avait critiqué la politique de M. Sanusi.

Pour l'analyste politique Bamidele Aturo, le renvoi de l'ex-gouverneur "en dit long sur le désespoir qui a atteint la présidence et ses alliés".

Des dizaines de députés ont quitté récemment le Parti démocratique populaire (PDP) du président Jonathan pour rejoindre le Parti des congressistes, principale formation d'opposition.

Le PDP pourrait également essuyer aux élections générales de 2015 sa première défaite depuis la fin des régimes militaires en 1999. La volonté de se représenter prêtée à M. Jonathan attise encore les tensions internes, même s'il n'a pas annoncé publiquement ses intentions.

Pour Nasir El Rufai, le président et ses proches "n'ont pas pu attendre quatre mois" jusqu'à la fin du mandat de M. Sanusi, car "ils voulaient commencer à dévaliser le trésor" de l'argent du pétrole, "tout ça à cause de l'élection de 2015. Pas besoin d'être membre de l'opposition pour savoir ça".

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