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Lviv, bastion nationaliste ukrainien, se méfie de Ianoukovitch

21/02/2014 11:01 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

"Je ne crois pas un seul mot de Ianoukovitch", dit Ivan, 42 ans. Lviv, bastion nationaliste dans l'ouest de l'Ukraine, où règne encore une odeur de brûlé, exprime sa défiance malgré l'annonce par le président d'une élection anticipée.

"Il faut aider nos camarades à Kiev", dit encore cet homme, avant de monter dans un bus à destination de la capitale. Il s'exprimait avant la signature de l'accord de sortie de crise par le président Ianoukovitch et l'opposition qui prévoit d'importantes concesssions du pouvoir.

Plusieurs centaines de manifestants de Lviv, comme Ivan, sont partis ces derniers jours pour Kiev à 550 km de là. Le Maïdan, la place de l'Indépendance, y est toujours occupée par les manifestants, au lendemain d'un bain de sang qui a fait 80 morts et malgré les concessions finalement annoncées par le pouvoir.

Mais quand les violences ont éclaté à Kiev mardi, et quand les forces anti-émeute ont donné l'assaut contre le "Maïdan", les manifestants de Lviv sont partis à l'attaque en représailles en criant qu'ils allaient "écraser les flics".

Jeudi soir, deux corps de membres de la police anti-émeute Berkout, particulièrement haïe et redoutée par les manifestants, ont été retrouvés dans une caserne qui a entièrement brûlée.

- 'C'est un dictateur' -

La veille, les manifestants avaient pris d'assaut au cocktail molotov les sièges de la police, du parquet et des services spéciaux, jetant des meubles par la fenêtre, cassant des voitures, brûlant des uniformes, mais surtout les portraits du président Viktor Ianoukovitch accrochés dans chaque bureau.

"Ianoukovitch a franchi toutes les limites. C'est un dictateur. Bravo les gars!", lance Olena Ioukhimets, 48 ans en se faisant prendre en photo devant une administration brûlée à Lviv.

Pour Andriï Sokolov, l'un des leaders de la contestation locale, ces actes de vengeance étaient "une réponse du peuple à l'inaction du pouvoir et de l'opposition".

"Il faut faire quelque chose. On ne peut pas rester les bras croisés", souligne-t-il.

Volodymyr, 24 ans qui a participé à l'assaut contre le siège local des services spéciaux, espère que la résidence du président Ianoukovitch près de Kiev connaîtra bientôt le même sort.

"Ce que nous avons fait au siège du KGB, les autres vont le faire à Mejiguiria, et ils vont pendre Ianoukovitch par les couilles", lance-t-il.

Serguï Marouniak, numéro deux de la police régionale, a été hospitalisé après avoir été passé à tabac par les manifestants.

Quelque 5.000 personnes se sont emparés d'armes dans une unité de police.

Le chef de la police régionale, Olexandre Roudak, a fait état de près de 2.000 fusils emportés. Les manifestants affirment avoir pris seulement des boucliers pour "protéger les gars du Maïdan".

- 'Les flics mentent' -

"Nous n'avons pas pris d'armes à feu, les flics mentent. Nous avons juste saccagé. Nous sommes venus ici quand ils ont commencé à tuer des gens sur le Maïdan" mardi, explique Andriï, 28 ans, qui a participé à l'assaut.

Les manifestants dorment dans le bâtiment de l'administration régionale, occupée depuis lundi, et 2.000 habitants locaux ont patrouillé la ville dans la nuit de jeudi à vendredi.

"J'ai l'impression que 80% des policiers ont coupé leurs téléphones mobiles et se cachent", a indiqué jeudi le maire de la ville Andriï Sadovy.

L'ex-ministre de l'Intérieur et l'un des leaders de la contestation, Iouri Loutsenko, a même demandé jeudi soir aux policiers de Lviv de venir avec lui à Kiev pour "protéger" le Maïdan.

"Prenez vos armes et allons à Kiev pour nous battre pour l'Ukraine et les Ukrainiens", leur a-t-il dit avant de partir pour Kiev avec des dizaines de policiers.

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