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L'Ukraine menacée de faillite sans rapide perfusion financière

21/02/2014 06:55 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

Ruée vers les distributeurs de billets, panique des marchés: l'inquiétude grandit concernant les conséquences des violences à Kiev sur la fragile économie de l'Ukraine, qui risque la faillite faute de rapide perfusion financière.

Cela fait des mois que la situation financière du pays inquiète les investisseurs et Kiev n'a pas caché que la récession, dont elle a amorcé une timide sortie fin 2013, était sa première motivation pour renoncer brusquement fin novembre à un accord d'association avec l'Union européenne.

A la place, le pays a obtenu un plan de sauvetage de la Russie, dont son économie reste très dépendante, comprenant un crédit de 15 milliards de dollars et une baisse du prix du gaz importé représentant plusieurs milliards de dollars, ce qui a été dénoncé comme une trahison par l'opposition.

Mais l'escalade observée depuis la fin janvier et le bain de sang des derniers jours ont replongé le pays dans l'incertitude. La Russie, après avoir versé trois milliards de dollars fin décembre, a annulé cette semaine un nouveau versement de deux milliards, expliquant qu'un retour au calme était la priorité.

La population montre une angoisse de plus en plus visible, les médias locaux ayant fait état de ruée vers les produits alimentaires par crainte de pénurie.

Les banques ont fermé certaines agences ou réduit les heures d'ouverture. Après l'introduction de limites sur les retraits bancaires qui a entraîné des files d'attentes devant les distributeurs de billets, la fédération interbancaire EMA a dû monter au front pour assurer qu'il ne s'agissait que de mesures de sécurité et non de problèmes de liquidités dans le système bancaire.

Vendredi, la première banque russe, Sberbank, a indiqué que sa filiale ukrainienne avait cessé de délivrer des crédits aux particuliers et petites entreprises.

La société de conseil agricole Agritel a indiqué constater le retrait de certains agriculteurs du marché des céréales, dont l'Ukraine est un acteur majeur, entraînant une hausse des prix localement.

La monnaie nationale, la hryvnia, a plongé depuis le début de l'année d'environ 10% face au dollar malgré de drastiques restrictions sur les mouvements de capitaux, destinées à empêcher une dévaluation échappant à tout contrôle.

- Défaut sans soutien russe -

Sur les marchés, le ton est nettement à la panique. Les taux d'intérêt des titres de dette à court terme se sont envolés dans la semaine jusqu'à 34%, contre 5% il y a un mois. Ceux à échéance dix ans à 11,3%, contre 8,5% en janvier.

Si la tendance était à la légère détente vendredi après les concessions annoncées par le pouvoir en présence d'émissaires européens et russes, de tels taux sont bien au delà de ceux des pays les plus en difficultés comme la Grèce.

"L'accord laisse en suspens la question de qui fournira l'aide dont l'Ukraine a un besoin vital et quels en seront les termes", a estimé l'économiste Chris Weafer, de Macro Advisory.

L'UE et les Etats-Unis ont laissé miroiter une possible aide ces dernières semaines, sans en dévoiler le montant.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's a abaissé vendredi la note du pays à "CCC", ce qui correspond à un pays proche du défaut de paiement, et a prévenu: si la Russie revenait sur son soutien, l'Ukraine, qui doit rembourser 13 milliards de dollars de dette cette année, ferait défaut.

Elle a souligné en outre que l'opposition actuelle est "moins soudée" que lors de la Révolution orange de 2004 qui avait porté des pro-occidentaux au pouvoir et "ne dispose pas de chef de file évident".

Les autorités ukrainiennes ont dépensé des milliards de dollars pour soutenir leur monnaie tout au long de l'an dernier, alors que le pays était en récession, et les réserves de devises ont atteint un niveau dangereusement faible.

"Les seuls scénarios qui permettraient d'éviter un défaut de paiement signifieraient une dégradation de la situation économique", ont estimé les économistes de la Société Générale.

Un ancrage à Moscou pourrait en effet signifier un coup de frein sur les investissements occidentaux et à l'inverse un rapprochement ferme en direction de l'UE risque d'entraîner une nouvelle dégradation du commerce entre l'Ukraine et la Russie, qui représente un quart de ses échanges.

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