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Le Première guerre mondiale, creuset de la révolution bolchévique de 1917

21/02/2014 10:08 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

La guerre est "le plus beau cadeau que le Tsar pouvait faire à la révolution": ce commentaire de Lénine au début du conflit se révèlera prémonitoire, car le premier conflit mondial va précipiter l'effondrement d'un empire russe déjà mal en point.

Défaites à répétition, dépenses militaires ruineuses, envolée de l'inflation, famines, colère populaire face au bain sang: tout va s'additionner pour former le terreau de la révolution bolchevique de 1917.

"Bien sûr, la guerre a aidé les bolcheviks", estime l'historien russe Vitali Dymarski. "Le gouvernement tsariste était très occupé par la guerre et ne pensait à rien d'autre. Il ne s'est pas rendu compte du danger qui le menaçait", explique M. Dymarski à l'AFP.

Paradoxalement, le régime de Nicolas II, en proie à une contestation croissante en raison de la pauvreté de l'immense paysannerie russe et des conditions de travail inhumaines des ouvriers, s'est engagé dans cette guerre avec l'espoir de calmer les esprits révolutionnaires, et de détourner la colère populaire sur l'ennemi extérieur.

"Le gouvernement misait sur une montée du sentiment patriotique en Russie", selon M. Dymarski.

- Incapable de gérer la guerre-

De fait, après l'annonce de la mobilisation, en juillet 1914, les grèves ouvrières ont pratiquement cessé, alors que le parlement appelait les citoyens à s'unir "autour du tsar qui mène la Russie dans un combat sacré contre l'ennemi".

"Mais le régime tsariste s'est montré incapable de gérer la guerre d'un point de vue financier et politique", analyse l'historien russe Alexandre Choubine.

Entre 1914 et 1917, la Russie a perdu au combat plus de 2 millions de soldats et d'officiers, en raison notamment d'un armement insuffisant.

En 1914, les usines russes fabriquaient 550 millions de cartouches par an, alors que le pays en avait besoin de 4 fois plus pour son armée - la plus grande du monde à l'époque. L'armée manquait aussi de fusils, de canons et même d'uniformes.

Comme chez tous les autres belligérants, l'industrie russe va donc se mobiliser pour satisfaire les demandes de l'armée, au détriment des besoins civils.

Conséquence, "les villes russes sont frappées par des pénuries alimentaires, et les prix s'envolent", souligne M. Choubine dans un entretien avec l'AFP.

C'est à ce moment que les bolcheviks -hostiles à la guerre - vont appeler la population à transformer la "guerre impérialiste en guerre civile" contre le tsar.

- 'A bas la guerre' -

Cette propagande à l'appel de Lénine sous le slogan "A bas la guerre!" trouve un terrain propice auprès des millions de soldats, mal équipés, mal nourris et qui risquent la mort chaque jour.

En mars 1917, une première révolution provoque l'abdication de Nicolas II et la formation d'un gouvernement provisoire, mais ce dernier ne contrôle presque rien et n'envisage pas de se retirer du conflit, devenu très impopulaire dans le pays.

En novembre, les bolcheviks prennent le pouvoir et leur première décision est de proposer aux pays en guerre avec la Russie de mettre fin aux hostilités.

Le 3 mars 1918, Lénine conclut la paix avec l'Allemagne et ses alliés à Brest-Litovsk, mais les Russes n'en ont pas pour autant terminé avec la violence: les quatre ans qui suivent seront marqués par une guerre civile sanglante qui fera dix millions de morts parmi les combattants des deux camps et la population civile, victime de famine et d'épidémies.

- Des émules en Europe -

"La révolution en Russie aurait éclaté de toute façon. Mais la Première guerre mondiale l'a rendue encore plus cruelle et destructrice", estime M. Choubine.

Cette première révolution communiste, dont les leaders appellent à une "révolution mondiale", va faire des émules dans l'Europe bouleversée et traumatisée par la guerre, notamment parmi les puissances centrales dont les populations sont soumises à de terribles privations.

Peu après l'éclatement de l'empire austro-hongrois provoqué par sa défaite, les communistes menés par Bela Kun prennent le pouvoir à Budapest en mars 1919. Ils instaurent une éphémère République des soviets de Hongrie sur le modèle russe, avant d'être balayés en août par une contre-révolution appuyée par les démocraties occidentales.

En Allemagne, où l'écho de la révolution bolchévique agite une population à bout de souffrances et une armée disloquée par la défaite, les situations insurrectionnelles se multiplient, précipitant l'abdication de l'empereur Guillaume le 9 novembre, à la veille de l'armistice. Les Spartakistes communistes de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg vont tenter de mettre en place un régime socialiste soutenu par Moscou, contre la république sociale-démocrate instaurée après le départ du Kaiser.

L'écrasement dans le sang de la révolte spartakiste début 1919 mettra fin au rêve d'une révolution de type bolchevique en Allemagne, et au-delà dans toute l'Europe où la jeune révolution russe espérait renverser l'ordre ancien pour établir une "dictature du prolétariat".

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