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Centrafrique: la présidente ne veut pas que Paris l'abandonne, appel à désarmer les lieux de culte

21/02/2014 01:32 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT

La présidente centrafricaine Catherine Panza Samba a appelé vendredi la France à ne pas "abandonner" son pays à la dérive, dont les leaders catholique et musulman ont réclamé le désarmement des civils "inflitrés" dans les églises et les mosquées.

"Ce n'est pas le moment d'abandonner la République centrafricaine. J'ose espérer que les décisions qui vont être prises très prochainement à l'Assemblée nationale (française) vont aller dans le sens des attentes de la population, qui continue de compter beaucoup sur l'appui de la communauté internationale et notamment de la France", principal allié de Bangui, a déclaré la présidente de transition dans un entretien à l'AFP et à la radio France Inter.

Conformément à la Constitution française, l'Assemblée vote mardi sur la prolongation au-delà d'avril de l'intervention militaire française dans le pays.

Face à la persistance des violences, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait appelé jeudi à déployer très vite plus de soldats et de policiers en Centrafrique pour secourir les populations livrées aux crimes de bandes armées, particulièrement dans les zones où aucune force de l'ordre ni administration n'est présente.

Saluant les déclarations de M. Ban, Mme Samba Panza a également renouvelé sa demande "d'une opération de maintien de la paix" de l'ONU pour un temps "le plus long possible, au moins jusqu'aux élections" prévues au plus tard en mars 2015.

Favorables eux aussi à l'appel de M. Ban à dépêcher au plus vite 3.000 hommes en renfort de l'armée française et de la force africaine (Misca), l'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, et l'imam de la capitale centrafricaine, Oumar Kobine Layama, ont conjuré les Centrafricains de déposer les armes.

"Que tous nos frères qui ont des armes les remettent. Les militaires doivent désarmer tout le monde, dans les églises et les mosquées", a lancé l'archevêque.

"Beaucoup de Centrafricains ont des armes, musulmans et chrétiens. Les armes n'ont pas choisi un camp", a-t-il ajouté.

"Des gens s'infiltrent avec des armes dans les sites religieux, y compris les mosquées", a renchéri l'imam.

- La peur au ventre -

Les deux hommes appellent en vain depuis des mois à la fin des tueries entre chrétiens et musulmans, qui ont plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent, avec près d'un million de déplacés sur une population totale de 4,6 millions d'habitants et un exode de la minorité musulmane de régions entières.

Le cycle infernal des tueries a été déclenché par des mois d'exactions contre les chrétiens, perpétrées en toute impunité par les combattants majoritairement musulmans de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013.

En réaction, des milices d'autodéfense majoritairement chrétiennes, les anti-balaka, se sont formées. Très rapidement, elles ont attaqué des civils musulmans, à Bangui notamment, entraînant un exode depuis décembre de dizaines de milliers d'entre eux, sur fonds de lynchages et de pillages que les soldats français et africains ne parviennent pas à faire cesser.

Ces crimes ont conduit Mme Samba Panza à annoncer une "guerre" contre les anti-balaka.

Face à cette situation, M. Ban veut que de nouvelles troupes arrivent "dès que possible, dans les jours et les semaines à venir".

Evoquant les effectifs militaires déjà sur place ou prévus - 2.000 Français, près de 6.000 Africains et entre 500 et 1.000 mille Européens -, il a ajouté: "Il nous en faut davantage, et vite".

"Les besoins de sécurité dépassent de loin les capacités des troupes internationales déployées actuellement", a-t-il estimé. "Et là où il n'y a pas de forces internationales, les civils n'ont trop souvent le choix qu'entre la mort et la fuite".

A l'issue d'une visite à Bangui, la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valérie Amos, avait elle aussi jugé jeudi qu'il n'y avait "pas assez de troupes sur le terrain" et souligné que la Centrafrique "a connu une destruction totale de ses institutions".

Dans la ville de Bossangoa (nord-ouest) où elle s'est rendue, elle a pu constater que les quelques centaines de musulmans qui y vivent encore manquent de tout, craignent tout le monde et n'attendent qu'une chose, la peur au ventre: fuir la Centrafrique.

bur-mc/mba

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