POLITIQUE

Budget Marceau: les factures obligatoires dans les bars ne font pas l'unanimité

21/02/2014 01:11 EST | Actualisé 23/04/2014 05:12 EDT
Pat LaCroix via Getty Images

La volonté de Québec d'obliger les bars à remettre une facture à leurs clients, une mesure contenue dans le budget du ministre Nicolas Marceau, n'enchante pas le fondateur de l'Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis.

Un texte de Myriam Fimbry Twitter Courriel

« Les fonctionnaires, et probablement le ministre, ne connaissent pas le fonctionnement des bars », selon ce propriétaire de quatre bars situés à Montréal et en banlieue, ainsi que de quelques restaurants.

Peter Sergakis est d'accord avec la mesure indiquée dans le budget, mais réclame des assouplissements et une aide accrue pour l'achat des appareils nécessaires à l'application de cette mesure.

Ce ne sera pas facile à mettre en place, selon lui. « Dans une discothèque ou [lors d'] un 5 à 7, le serveur se promène avec un cabaret, il prend trois ou quatre commandes à la fois, les gens sont debout, il fait noir, comment voulez-vous qu'il remette une facture dans la main du client? »

Luana Farias, serveuse depuis huit ans à Montréal, abonde dans le même sens et voit mal comment on peut distribuer une facture à chaque bière vendue.

M. Sergakis accuse les inspecteurs du ministère québécois du Revenu de harcèlement. À l'heure actuelle, la loi oblige les restaurateurs non seulement à enregistrer la transaction et à imprimer la facture, mais aussi à mettre cette facture dans la main du client. « Des inspecteurs ont déjà donné des amendes dans l'un de mes restaurants parce que la facture était restée sur le comptoir! »

Il s'inquiète aussi du coût des modules d'enregistrement des ventes. Pour un bar qu'il faudra équiper de plusieurs caisses, il estime la dépense à au moins 2000 $. « Les bars ne font plus d'argent au Québec présentement, dit-il. Beaucoup de tenanciers sont sur le bord de la faillite. »

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Sam Tadros, gérant d'un établissement de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, a déjà équipé ses salles de restaurant de modules d'enregistrement des ventes. Il ne voit pas d'inconvénient à le faire aussi dans sa discothèque.

Il y voit même une façon de mieux gérer ses affaires. « C'est un avantage, parce que je ne peux pas être partout sur mes caisses », ajoute-t-il.

Pour soutenir les propriétaires de bars, le gouvernement prévoit un programme de subventions qui couvrirait un tiers du coût d'achat des nouvelles machines enregistreuses. Ce n'est pas assez, selon Peter Sergakis. « Moi, je veux qu'il donne 100 % ».

M. Sergakis est bien d'accord pour que tous les bars remettent au gouvernement les taxes prélevées auprès des consommateurs. « Tout le monde doit payer, c'est la loi et c'est correct. » Revenu Québec estime que des dizaines de millions de dollars lui échappent chaque année dans cette forme d'évasion fiscale.

Mais les bars malhonnêtes, obligés de se plier à la nouvelle réglementation l'automne prochain (si le budget de Nicolas Marceau est approuvé), pourraient devoir fermer leurs portes. « Tout le monde va être égal. Mais je vous le dis : il va y avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup de fermetures. »

Revenu Québec compte récupérer pas moins de 25 millions de dollars dès la première année, et 42 millions lors des suivantes.

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