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Ukraine: Ianoukovitch, sous la menace de sanctions, reçoit trois ministres européens

20/02/2014 02:19 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Les chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise rencontrent jeudi à Kiev le président Viktor Ianoukovitch qui, sous la menace de sanctions, a annoncé la conclusion d'une "trêve" après les violences qui ont fait 28 morts.

Ces sanctions, visant notamment des responsables de la répression en cours contre les manifestants hostiles au régime, pourraient être adoptées dès jeudi lors d'une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles.

Mercredi, au lendemain de ces violences inédites depuis 20 ans aux portes de l'UE, le pouvoir ukrainien a annoncé des mesures "antiterroristes" qui accordent notamment des pouvoirs accrus à l'armée pour le maintien de l'ordre.

Le président Viktor Ianoukovitch a de son côté annoncé une "trêve" avec l'opposition avant l'arrivée à Kiev des diplomates européens et, un peu plus tard, d'un haut responsable russe.

Sur le terrain, cette trêve était relative: toute la nuit, des manifestants ont harcelé de cocktails molotov et de fusées de détresse les policiers anti-émeute sur le Maïdan, la place de l'Indépendance de Kiev, haut lieu de la contestation et occupée depuis près de trois mois.

Les forces de l'ordre répliquaient régulièrement par des tirs de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène.

Les manifestations, qui ont commencé après la volte-face pro-russe du pouvoir fin novembre, se sont transformées en un rejet total du régime.

"La trêve signifie qu'il n'y aura pas d'assaut sur le Maïdan, mais les policiers continuent à jeter des grenades, ils n'ont peut-être pas eu le message", a ironisé l'un des responsables de l'opposition, Oleg Tyagnibok (nationaliste).

L'aube s'est levée sur une place envahie de fumée noire: les manifestants continuaient à brûler des pneus pour se protéger derrière une ligne de feu.

Et l'imposante Maison des Syndicats, transformée en QG des manifestants, ravagée par le feu lors des affrontements, n'en finissait pas de se consumer, menaçant même de s'effondrer selon les services de secours.

Dans une adresse à la nation dans la nuit de mardi à mercredi alors que les policiers lançaient un premier assaut contre les manifestants dans le centre de Kiev, le président Ianoukovitch s'était montré sévère envers l'opposition qu'il avait accusée d'avoir appelé à la "lutte armée" pour prendre le pouvoir.

- Sanctions américaines -

Lui emboîtant le pas, la Russie a dénoncé une "tentative de coup d'Etat".

Le président américain Barack Obama a mis en garde contre les "conséquences" de la violence en Ukraine et souligné que le pouvoir devait garantir aux "manifestants pacifiques" le droit de s'exprimer "sans peur de la répression".

Mercredi soir, les Etats-Unis ont annoncé avoir interdit de visas quelque 20 hauts responsables ukrainiens qu'ils accusent d'être responsables de la répression meurtrière à Kiev.

L'Otan a de son côté averti l'Ukraine d'une remise en cause possible de sa coopération avec ce pays si l'armée intervenait contre les manifestants de l'opposition.

Le président Ianoukovitch a remplacé mercredi soir le chef d'Etat-major des armées, hostile à l'utilisation de l'armée contre les opposants.

"Il faut rétablir le dialogue politique entre opposition et pouvoir", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, attendu à Kiev avec ses homologues Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) et Radoslaw Sikorski (Pologne).

Les trois ministres doivent notamment rencontrer les trois principaux responsables de l'opposition et M. Ianoukovitch avant de partir pour Bruxelles rendre compte à leurs homologues européens lors d'une réunion extraordinaire.

Face à la crise, l'une des pires que traverse cette ex-république soviétique depuis son indépendance en 1991, plusieurs pays de l'UE ont appelé à des sanctions.

Une attitude "déplacée et inopportune", a dénoncé l'ambassadeur russe auprès de l'UE Vladimir Tchijov.

- Spectre de guerre civile -

Le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, réputé nationaliste, sera également à Kiev jeudi, alors que Moscou a appelé l'UE à convaincre l'opposition ukrainienne de "coopérer avec les autorités".

Les services spéciaux ukrainiens (SBU) ont annoncé mercredi une vaste opération antiterroriste dans toute l'Ukraine, arguant que "les groupes extrémistes menacent par leurs actions la vie de millions d'Ukrainiens".

"S'ils lancent une opération antiterroriste contre nous, cela veut dire que l'ensemble de la nation ukrainienne est terroriste", a jugé un jeune manifestant sur le Maïdan.

Le pouvoir a déjà imposé à Kiev un état d'urgence qui ne dit pas son nom : le métro de Kiev a été fermé et les entrées de la ville sont désormais filtrées.

Le ministère de la Santé a fait état d'un nouveau bilan de 28 morts depuis le regain de violences à Kiev mardi et de 287 personnes toujours hospitalisées. Au moins dix policiers figurent parmi les tués, selon le ministère de l'Intérieur. Un journaliste ukrainien a aussi été tué.

L'un des chefs de l'opposition, l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, a estimé que seule la démission du président pouvait apaiser les tensions.

Les violences menacent de s'étendre au reste de l'Ukraine: à Lviv, un bastion de la contestation dans l'ouest, 5.000 manifestants ont pris d'assaut des bâtiments de la police et de l'armée, s'emparant de dépôts d'armes.

"La prochaine d'étape, c'est la guerre civile", jugeait Igor, en faction sur une barricade près du Maïdan.

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