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Ukraine: 70 personnes ont été tuées et 500 autres blessés, selon un médecin

20/02/2014 06:38 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

KYIV, Ukraine - Alors que les manifestants lançaient des bombes incendiaires et chargeaient le cordon policier au coeur de la capitale ukrainienne, jeudi, des tireurs d'élite du gouvernement auraient fait au moins 70 victimes et des centaines de blessés, selon un médecin soignant les protestataires.

Des images diffusées à la télévision ukrainienne ont montré des manifestants qui tombaient après avoir été fauchés par des tirs, leurs camarades se précipitant à leur aide en se protégeant derrière des boucliers improvisés. Les victimes étaient ensuite emportées sur des planches de bois ou des bâches de plastique.

Des manifestants ont été vus en train de parader des policiers, les mains dans les airs, dans un campement au centre de Kiev. Selon le ministère ukrainien de l'Intérieur, 67 policiers ont été capturés par des militants. Un parlementaire de l'opposition a indiqué que les policiers sont détenus à l'hôtel de ville de Kiev occupé par les manifestants.

L'opposition continue à réclamer l'organisation d'élections anticipées et la démission du président Viktor Ianoukovitch, qui semble quant à lui déterminé à lutter jusqu'au bout.

Les 46 millions d'Ukrainiens sont divisés entre pro-européens, à l'ouest, et partisans du régime Ianoukovitch, qui favorisent plutôt un rapprochement du pays, une ancienne république soviétique, avec le Kremlin. Les manifestants dénoncent également la corruption endémique, la violation des droits de la personne et l'économie chancelante du pays, qui a évité de justesse la banqueroute financière avec un plan de sauvetage de la Russie de 15 milliards $.

Au moins 101 personnes ont été tuées dans les affrontements à Kiev depuis le début de la semaine, selon des manifestants et des représentants ukrainiens.

Le Dr Oleh Musiy, responsable des soins accordés aux militants, a indiqué à l'Associated Press que le bilan des victimes s'élevait à au moins 70 morts pour la journée de jeudi seulement, ajoutant que 500 autres personnes avaient été blessées.

Après une courte trêve annoncée tard mercredi et le bain de sang qui a suivi, il semblait plus improbable que jamais que les deux camps parviennent à se réconcilier à court terme. La journée de jeudi a été la plus meurtrière depuis le début des hostilités sur la place de l'Indépendance de l'Ukraine, le Maidan, au coeur de Kiev.

Au moins un des tireurs embusqués tirant sur les protestataires portait l'uniforme de la police Kiev, selon ce qu'ont vu un caméraman et un photographe de l'Associated Press.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Serhiy Burlakov, a indiqué que trois policiers ont été tués jeudi et 28 autres blessés.

Il était toutefois impossible de vérifier le bilan des victimes de façon indépendante. Plus tôt en journée, un journaliste de l'Associated Press avait compté au moins 21 corps allongés dans le campement des manifestants.

Réactions à l'international

À Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont décidé d'imposer des sanctions aux dirigeants ukrainiens responsables de la violence lors d'une réunion d'urgence.

Les sanctions approuvées à l'unanimité incluent un interdit de voyage dans les 28 pays du bloc et un gel des avoirs de ces dirigeants sur le territoire de l'UE.

Les ministres des Affaires étrangères de la France, l'Allemagne et la Pologne avaient rencontré plus tôt en journée M. Ianoukovitch et les leaders de l'opposition alors que la violence faisait rage à l'extérieur.

Affirmant que les États-Unis étaient outrés par la situation en Ukraine, le président Barack Obama a publié un communiqué exhortant le président Ianoukovitch à retirer immédiatement ses forces du centre-ville de Kiev. Il a également souligné qu'il fallait respecter le droit des citoyens à manifester et que ces démonstrations devaient se dérouler pacifiquement.

De son côté, le Canada a annoncé jeudi qu'il élargit l'interdiction de voyager au Canada déjà imposée «à des hauts représentants du gouvernement ukrainien ainsi qu'à d'autres personnes qui ont une responsabilité politique dans le recours à la violence».

Le gouvernement canadien a aussi indiqué qu'il «imposera des sanctions économiques au régime Ianoukovitch et à ses partisans», sans plus de précisions.

Ottawa avait imposé le 28 janvier dernier une interdiction de voyager au Canada à certains hauts représentants du gouvernement ukrainien, et promis de l'assistance médicale pour les manifestants blessés.

«Nous continuerons à suivre l’évolution de la situation en Ukraine et de concert avec nos alliés étrangers, nous envisagerons d’autres options», écrit le premier ministre Stephen Harper dans un communiqué.

Le ministère ukrainien de l'Intérieur a demandé aux résidants de Kiev de minimiser leurs déplacements ou de carrément rester chez eux en raison de la situation. Il a ajouté que la police a essuyé des tirs depuis le conservatoire national de musique à Kiev, tout près de la place centrale où les manifestants ont installé leur campement.

M. Ianoukovitch a de son côté affirmé, dans un communiqué diffusé jeudi, que les policiers n'étaient pas armés et que toutes les mesures possibles sont prises pour mettre fin aux violences. Il a plus tard été contredit par le ministère de l'Intérieur, qui a révélé que les forces de l'ordre recevraient des armes pour participer à des «opérations antiterroristes».

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