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Ouverture au Caire du procès de journalistes d'Al-Jazeera

20/02/2014 03:49 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Le procès de journalistes du réseau satellitaire du Qatar Al-Jazeera, dont quatre étrangers, accusés de fausses informations et de soutenir les islamistes, s'ouvre jeudi au Caire au milieu d'accusations de musellement des médias par le pouvoir.

Les journalistes, dont l'Australien Peter Greste et l'Egypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy, sont accusés d'avoir manipulé des images et de soutenir le mouvement des Frères musulmans banni par les autorités installées par l'armée après la destitution et l'arrestation en juillet du président islamiste Mohamed Morsi.

Depuis cette destitution, les relations entre l'Egypte et le Qatar se sont plus que tendues: Le Caire accuse Doha de soutenir les Frères musulmans et l'émirat gazier du Golfe reproche aux nouvelles autorités égyptiennes leur violente répression des partisans de M. Morsi qui a fait plus d'un millier de morts en sept mois.

Le procès doit s'ouvrir devant la cour criminelle du Caire, à une heure non précisée.

Le Parquet a fait état de 20 "journalistes d'Al-Jazeera" jugés. Huit d'entre eux sont détenus et les autres recherchés par les autorités.

- Appartenance à une 'organisation terroriste' -

Parmi eux, 16 Egyptiens sont accusés d'appartenance à une "organisation terroriste" et quatre étrangers -deux Britanniques, un Australien et une Néerlandaise- de leur avoir fourni "argent, équipements et informations" afin de "diffuser de fausses nouvelles" faisant croire à une "guerre civile dans le pays".

Al-Jazeera a toutefois affirmé que seuls neuf des accusés travaillaient pour elle et dénoncé des accusations "infondées". Les autorités ont affirmé que les reporters travaillaient sans accréditation.

Parmi les personnes détenues, MM. Greste, Fahmy et le journaliste égyptien Baher Mohamed ont été arrêtés le 29 décembre dans un hôtel du Caire où ils avaient installé un bureau improvisé.

Les autres journalistes étrangers poursuivis ne sont pas en Egypte et seront jugés par contumace. Il s'agit des Britanniques Sue Turton et Dominic Kane et de la Néerlandaise Rena Netjes.

Sue Turton, une ancienne collaboratrice des chaînes britanniques Sky News et Channel 4, a indiqué à l'AFP qu'elle espérait que le tribunal rejetterait les charges.

"En gros, on me reproche d'avoir aidé et encouragé une organisation terroriste en fournissant des fonds et des équipements", a-t-elle indiqué à l'AFP par téléphone.

"J'ai été très en colère quand les collègues ont été emprisonnés", a-t-elle poursuivi. "Nous pensions tous que les autorités allaient se rendre compte de l'énorme erreur qu'elles commettaient", a-t-elle ajouté.

Elle a précisé avoir quitté l'Egypte après une courte mission dans le pays en novembre 2013, plus d'un mois avant que les autorités ne déclarent les Frères musulmans "organisation terroriste".

- 'Message effrayant' -

Accusée par les autorités égyptiennes de prendre fait et cause pour les Frères musulmans après la destitution de M. Morsi, la justice a fermé l'antenne égyptienne d'Al-Jazeera, Al-Jazeera Mubasher Misr, et plusieurs journalistes de la chaîne ont été arrêtés.

Alors que le pays est divisé entre partisans de l'armée et des Frères musulmans et en proie à des attentats meurtriers, des organisations de défense des droits de l'Homme ainsi que l'ONU ont dénoncé une campagne de répression contre les médias.

Human Rights Watch a estimé jeudi que ce procès faisait partie de la campagne de répression engagée par les autorités contre toute forme de contestation et a dénoncé "une tolérance quasi zéro".

Amnesty International a elle déploré un "revers majeur pour la liberté de la presse" qui "envoie le message effrayant qu'aujourd'hui, une seule version des faits est acceptable en Egypte: celle autorisée par les autorités".

Selon les conclusions d'une visite de l'Institut international de la presse (IPI) en Egypte fin janvier, les forces de sécurité ont "systématiquement" accusé les journalistes d'aide au terrorisme et de diffusion de fausses nouvelles, "dans le but d'effrayer tous les journalistes et d'entraver une couverture indépendante".

Reporters sans frontières a dénoncé un "harcèlement à l'encontre d'Al-Jazeera".

Outre la menace d'un procès, de nombreux journalistes rapportent avoir été pris à partie par des foules les accusant d'être pro-Frères musulmans. Trois reporters de la chaîne publique allemande ARD avaient ainsi été attaqués aux cris de "suppôt des Frères musulmans".

A Londres, une cinquantaine de personnes ont manifesté mercredi devant l'ambassade d'Egypte pour réclamer la libération immédiate des journalistes.

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