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Nigeria : le président, dans la tourmente, suspend le chef de la banque centrale

20/02/2014 07:51 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Le président nigérian tentait jeudi de reprendre la main après un scandale de corruption touchant le secteur clé du pétrole, avec la suspension du gouverneur de la banque centrale (CBN) qui avait accusé la société pétrolière nationale d'avoir détourné 20 milliards de dollars.

Lamido Sanusi, dont le mandat devait expirer en juin, s'est retrouvé impliqué au coeur d'une controverse depuis qu'il a demandé des comptes à la Société pétrolière nationale nigériane (NNPC) sur 20 milliards de dollars de fonds publics manquants.

Ce nouveau scandale est venu affaiblir un peu plus le président Goodluck Jonathan, confronté à une crise sans précédents eu sein de son propre parti, et sous pression face à son incapacité de mettre fin aux violences perpétrées par les islamistes de Boko Haram dans le Nord, à un an des élections générales.

Selon un communiqué publié par la présidence, "le mandat de Sanusi a été marqué par plusieurs imprudences et des manquements en matière de finance".

M. Sanusi, qui a remis de l'ordre dans un secteur bancaire au bord de l'implosion et stabilisé la monnaie du pays le plus peuplé d'Afrique et premier producteur de pétrole du continent, a souvent été applaudi par les économistes nigérians et étrangers.

Mais cela lui a valu, également, de puissants ennemis politiques.

Le communiqué de la présidence annonce "la suspension immédiate" de M. Sanusi, remplacé au poste de gouverneur de la Banque centrale du Nigeria par Sarah Alade, plus haute responsable après lui.

- les 20 milliards manquants -

M. Sanusi avait mis le débat sur la table en septembre en accusant publiquement le NNPC de devoir près de 50 milliards de dollars de revenus pétroliers à l'Etat.

Il avait ensuite revu ce chiffre à la baisse, annonçant qu'il ne manquait "que" 12 milliards de dollars, laissant planer des rumeurs de pressions politiques.

Il est revenu sur le sujet au début du mois, dénonçant une perte d'environ 20 milliards de dollars pour le Nigeria entre janvier 2012 et juillet 2013, en partie à cause du paiement douteux de subventions sur le kérozène par la NNPC.

La NNPC, critiquée depuis longtemps pour être un nid de corruption, a répondu aux accusations, rétorquant que M. Sanusi ne maîtrisait pas tous les rouages de l'industrie pétrolière.

Selon le Financial Times, qui cite des documents confidentiels de M. Sanusi, la NNPC continue à payer des subventions sur le kérozène à des distributeurs alors même que les consommateurs paient le carburant au prix fort.

Le défunt président Umara Musa Yar'Aduah était censé avoir mis fin à ces subventions en 2009. Leur paiement par le NNPC serait donc illégal.

De son côté, la NNPC dit continuer à appliquer ces subventions parce que leur annulation n'a jamais été entérinée par le parlement et accuse les distributeurs de ne pas les répercuter à la vente.

- Taire les critiques -

Pour Debo Adeniran, de la Coalition contre les dirigeants corrompus, le président Jonathan "ne peut pas tolérer" un gouverneur de la CBN qui dénonce "les dysfonctionnements du gouvernement" à un an de la présidentielle.

Le parti démocratique populaire (PDP) du président Jonathan, délaissé par des dizaines de députés qui ont rejoint le parti des congressistes (APC), principale formation d'opposition, pourrait essuyer aux élections générales de 2015 sa première défaite depuis la fin des régimes militaires en 1999.

La volonté de se représenter prêtée au président Jonathan attise les tensions, même s'il n'a pas encore dit publiquement s'il va ou non briguer un deuxième mandat de quatre ans.

Au même moment dans le Nord Est, les attaques des islamistes de Boko Haram ont déjà fait près de 300 morts depuis le début de l'année, malgré l'état d'urgence imposé depuis mai.

S'il ne parvient pas à mettre fin à ces violences, M. Jonathan risque de perdre le soutien de certains Etats du Nord qui lui avaient été précieux lors de l'élection de 2011.

Aussi, le groupe extrémiste menace désormais de s'en prendre au sud pétrolier à dominante chrétienne.

Dans une vidéo reçue mercredi par l'AFP, le chef présumé de Boko Haram, Abubakar Shekau, a lancé : "Vous, dirigeants du Delta du Niger, vous allez bientôt voir vos raffineries détruites".

Le groupe est surtout actif dans le nord musulman et il n'est pas certain qu'il puisse exécuter ses menaces.

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